‹ Napoléon et LarreyChapitre 15 sur 319 · ORGANISATION DE L’EXPÉDITION · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE L’EXPÉDITION

Les prescriptions concernant l’armée d’Orient devaient être exécutées sans délais. Larrey et Des Genettes reçurent leur nomination le 1er germinal an VI (21 mars 1798), et durent se mettre en route le 2. Larrey avait loué une chaise de poste , dans laquelle prirent place avec lui son confrère et sa jeune femme. Ils arrivèrent à Marseille le 14 du même mois.

Tous deux ignoraient où ils allaient. On savait qu’il s’agissait d’une expédition à la fois savante et militaire , mais son but était inconnu. Les uns pensaient que l’armée de la Méditerranée, qui portait le nom d’aile gauche de l’armée d’Angleterre, devait se réunir aux forces rassemblées sur les bords de l’Océan; d’autres, quelle était destinée à une expédition sur Alger; quelques-uns, plus clairvoyants ou plus romanesques, prétendaient qu’elle devait se porter sur l’isthme de Suez, et passer de là dans l’Inde pour en chasser les Anglais. Mais le nom de l’Égypte était à peine prononcé.

Dès leur arrivée à Toulon, — le 14 germinal, — Larrey et Des Genettes procédèrent à l’organisation du service de santé de l’expédition , et improvisèrent en quelques semaines le personnel et le matériel sanitaire d’une armée de trente mille hommes. Larrey réunit cent huit chirurgiens qu’il réquisitionna dans les principales villes du Midi, fit fabriquer ses instruments de chirurgie par l’arsenal, les brancards et les appareils par les ouvriers de la flotte; organisa avec Des Genettes trois bateaux hôpitaux, et installa des ambulances à bord de chaque bâtiment de l’escadre. Le général Bonaparte arriva le 20 floréal (9 mai). Il approuva toutes les mesures qu’avaient prises les deux médecins en chef; et comme la plupart de ces mesures étaient irrégulières au point de vue administratif, qu’il avait fallu se passer du ministre de la guerre, il les déchargea officiellement de toute responsabilité *.

1 II se fit écrire par Larrey la lettre suivante :

« Du 22 floréal.

« Citoyen général,

« Quand je me suis rendu à Toulon par vos ordres, je n'ai trouvé que des moyens insuffisants pour assurer la partie du service qui m’est confiée. La commission

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

La veille du départ, Dupetit-Thouars, qui commandait le vaisseau le Tonnant, sur lequel il devait trouver à Aboukir une mort héroïque, donna à déjeuner à quelques amis intimes. Parmi les convives était Larrey. Pendant le repas on se livra aux conjectures les plus enthousiastes sur l’issue de la campagne. Seul Dupetit-Thouars, sombre et réservé, gardait le silence. Pressé de questions, il déclarait « que le sort de la flotte était très aventure entre les mains de Drueys, et que cet amiral était trop peu habitué aux grandes manœuvres maritimes pour qu’on n’éprouvât pas les plus profondes inquiétudes sur l’issue de la grande opération navale dont il avait le commandement ». Il prédit la perte de l’escadre, et annonça qu’il n’y survivrait pas , et se ferait tuer sur son banc de quart. Je crois être le premier à faire connaître cette prédiction de l’illustre marin , que Larrey inscrivit le soir même sui ses tablettes. On sait combien les événements en démontrèrent la justesse. Larrey, qui avait une grande confiance dans le jugement de Dupetit-Thouars, dit qu’à partir de ce moment il considéra le sort de l’escadre comme très compromis et que la défaite d’Aboukir le surprit moins que la plupart de ses camarades h

L’escadre mit à la voile le 30 floréal au soir (19 mai), au bruit des salves d’artillerie de la rade et de tous les bâtiments, au milieu des acclamations de la population entière. Avec les convois de Gênes, d’Ajaccio et de Civita-Vecchia, qui devaient être ralliés en route, elle se composait de quinze vaisseaux, de quatorze frégates et de deux bricks. Le nombre total des bâtiments de transport était de quatre cents.

chargée de l’armement des côtes de la Méditerranée m’a ordonné d’organiser le

ministre^ V6C ^ laÜtUde ^ grande ^ Cdle qu’avait pu nous Procurer le

« Pour parvenir à ce but, il a fallu s’écarter des données ordinaires- les bu-

entra^ent nôs‘Soere,tqU1 n°peuvent à CCtte §rande distance de nos’besoins, nliavent nos operations. Nous espérons que vous nous mettrez à l’abri de tout

reproche en approuvant notre conduite.

« Salut et respect.

« Larrey. »

(Larrey, Corresp. gén., P. 73, p. 29. Ms. 5 873. B. N.)

1 Larrey, note inédite.

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