‹ Napoléon et LarreyChapitre 16 sur 319 · LA COMMISSION DES SCIENCES ET DES ARTS · texte numérisé non relu

LA COMMISSION DES SCIENCES ET DES ARTS

Cette flotte transportait un corps expéditionnaire de trente-trois mille hommes1. C’était la meilleure armée de la France , l’ancienne armée d’Italie. Elle comptait parmi ses généraux , soigneusement triés par Bonaparte : Berthier, Caffarelli, Desaix, Bon, Menou, Murat, Davout, Belliard, Rampon, Andréossi ; parmi ses colonels : Silly, Lasalle, Bessières, Lefebvre, Duvivier, Crétin. L’ordonnateur en chef était Sucy, le payeur général Estève, et on sait que Des Genettes et Larrey en étaient le médecin et le chirurgien en chef. Ce dernier avait pour principaux collaborateurs Antoine Dubois, Labatte, Lacipière, Casabianca, Masclet, Millioz, Franck. Les pharmaciens en chef étaient Rouyer et Royer. Ce dernier joua, nous le verrons, un triste rôle, sur lequel Larrey a laissé des notes très explicites. La Commission des sciences et des arts ne comprenait pas moins de cent membres; elle se composait d’hommes distingués ou connus, appartenant au monde scientifique, artistique ou littéraire. Beaucoup d’entre eux faisaient déjà partie de l’Institut de France. La géométrie avait Fourier et Costaz; l’astronomie, Nouet, Quesnot et Méchain ; les mathématiques, Monge; la chimie, Berthollet et Samuel Bernard; la minéralogie, Dolomieu et Rozière; la zoologie, Geoffroy -Saint- Hilaire et Savigny; la chirurgie, Antoine Dubois; l’art des ingénieurs, Le Père, Gratien Lepère, Faye, Jacotin et Lecesne; les antiquités, Pourlier et Ripault. L’École polytechnique, la littérature, l’architecture, le dessin, la sculpture, la gravure, la musique et les langues orientales étaient également

1 Au 30 floréal, c’est-à-dire au moment de son départ des ports de Marseille, Toulon, Gênes et Civita-Vecchia , l’armée se trouvait composée exactement de quarante-quatre bataillons d'infanterie et de vingt-huit escadrons de cavalerie, formant ensemble, avec quatre mille hommes de troupes d’artillerie, du génie et des guides, une force de trente-trois mille six cent vingt-neuf hommes présents sous les armes. Il faut compléter ce nombre par les trois mille cent quatre-vingt dix-sept hommes que Bonaparte tira de la Corse à son passage, ce qui porte l’effectif au chiffre de trente-six mille huit cent vingt -six hommes présents. 11 atteignait le chiffre total de trente -huit mille en tenant compte du personnel des équipages d’artillerie. (Rapport au Directoire fait par le ministre de la guerre, 9 vendémiaire an VII (30 septembre 1798). Arch. Nat., t. III, p. 149.)

Si on ajoute à ce total cinq mille marins du commerce appartenant au convoi et treize mille marins et canonniers de l’escadre, on voit que Bonaparte emmenait en Égypte au moins cinquante -quatre mille hommes.

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

représentés, et les noms de Norry, Dutertre, Casteix, Villiers du Terrage, Duchanoy, Parseval - Grandmaison , Viloteau, Raige et Magallon, l’ancien consul de France au Caire, restent attachés à l’histoire de cette mémorable campagne. Des interprètes, Venture, Jaubert, Panhusen, et des imprimeurs orientalistes, Marcel, Puntis et Gallant, complétaient la Commission.

Bonaparte était embarqué sur le vaisseau l’Orient , qui portait le pavillon de l’amiral Brueys, commandant de l’escadre. Il avait désigné lui-même le personnel qui devait prendre passage sur le bâtiment. Ce personnel comprenait, outre l’état-major de l’amiral, son propre état-major et les principaux membres de la Commission des sciences et des arts b

En sortant de Toulon, l’escadre, servie émerveille par un vent favorable, longea les côtes de Provence dans la direction de Gênes et rallia le convoi réuni dans ce port sous les ordres du général Paraguay- d’Hillrers. Elle se dirigea sur Malte, ensuite vers la Corse, fut rejointe par le convoi d’Ajaccio qui était sous les ordres de Vaubois, et s’avança dans la mer de Sicile pour se réunir à la division de Civita-Vecchia, qui était commandée par Desaix. Après l’avoir inutilement attendue, Bonaparte apprit qu’elle s’était dirigée sur Malte, et, délivré de toute inquiétude à son sujet, il donna l’ordre de se porter également sur ce point. Le 20, la flotte se trouvait par le travers de l’Etna, et le 21, au matin, en vue des îles de Gozzo et de Malte. Tout à coup les éclaireurs signalèrent la présence de nombreuses voiles à l’est de l’île, et l’on crut un moment que l’on allait avoir affaire à l’escadre anglaise,

1 « Le pharmacien en chef Royer, ayant été sans autorisation embarqué sur ce bâtiment, fut expulsé en arrivant à Malte par l’ordre de Bonaparte. » (Larrey, Mémoires et campagnes. Notes inédites.)

Page 1