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LA SITUATION EN AOUT

vements, marcha sur Madrid. Joseph, arrivé à peine depuis huit jours, se vit obligé d’abandonner sa capitale et se retira, avec un corps d’armée, derrière Miranda. A cette même époque, l’impéritie de Junot faisait perdre le Portugal à la France.

Telle était donc la situation au mois d’août 1808. Larrey, qui avait rejoint à Burgos l’armée du duc d’Istrie, était profondément attristé par ces événements. Il avait vu périr à Madrid son élève Frizac, et son ami le chirurgien Talabert. Un autre de ses amis, le général René, un de ses vieux compagnons d’Égypte, avait été pris par les Espagnols sur la route de Cadix et supplicié avec des raffinements de cruauté. Il fut scié entre deux planches. Ces morts l’avaient profondément frappé. Pour la première fois depuis l’expédition d’Égypte, il voyait chanceler la fortune de nos armes, et la connaissance qu’il avait acquise de l’Espagne et du peuple espagnol lui faisait mal augurer de l’issue de la campagne. Malgré ses efforts, le service de santé était médiocrement organisé. Les ambulances volantes étaient incomplètes et insuffisantes ; elles manquaient de chirurgiens, d’appareils, de médicaments, de linge et de moyens de transport, c’est-à-dire de tout. Il pourvut, comme toujours, à ces lacunes par son ingéniosité. Il fit acheter des mules, sur lesquelles on chargea les caisses d’appareils, les objets de pansement, les instruments de chirurgie et les médicaments. Pour le transport des malades et des blessés, ses lourdes ambulances étant inutilisables, il eut l’idée d’employer les petits chars de la Biscaye, qui passent partout et gravissent des montagnes et des défilés inaccessibles à tout autre véhicule. Mais il lui fut très difficile de compléter le nombre de ses chirurgiens et ses approvisionnements. En l’absence de l’Empereur, il ne pouvait rien obtenir des intendants, qui dirigeaient les hôpitaux comme ils l’entendaient, évacuant les blessés sans même prévenir les chirurgiens, oubliant parfois les distributions de vivres et se refusant à payer son traitement et celui du personnel1.

1 Larrey, Lettre au commissaire ordonnateur en chef de Sa Majesté catholique , Miranda, 10 sept. 1808. Ms. 5874, p. 46. B. N. F. N. Acq.

GUERRE D’ESPAGNE

Du reste, l’autocratie des intendants, — ce vice des armées impériales, — conséquence des pouvoirs exagérés consentis par l’Empereur, atténués par sa présence, s’accroissait dans des proportions considérables, quand il était absent. La correspondance officielle et privée de Larrey est remplie de plaintes à ce sujet, et cet inspecteur général, l’un des hauts dignitaires de l’Empire, qui jouissait d’une notoriété européenne et d’une popularité immense, en était arrivé à regretter les armées de la République, au temps où, petit chirurgien inconnu et obscur, il dirigeait, sous Custine et Beauharnais, le service de santé de l’armée du Rhin.

Les événements auxquels il assistait journellement, le pillage, l’incendie, les exécutions sommaires qui venaient répondre aux meurtres fréquents commis sur les soldats, les malheurs de toutes sortes qui fondaient sur les habitants, ajoutaient à sa tristesse. Pendant la retraite de Madri i, après Baylen, le roi Joseph et l’armée avaient été suivis de toutes les familles espagnoles, compromises pour la cause française, et qui ne se sentaient plus en sûreté dans la capitale. Les conditions dans lesquelles s’accomplissait cet exode touchaient le cœur du vieux soldat, dont tant d’anpées de guerre, tant de spectacles sanglants n’ont pu émousser la sensibilité.

« Ma bonne amie, écrivait-il à Laville après lui avoir énuméré tous les motifs de mécontentement, nous sommes malheureux, il est vrai; mais si tu voyais une quantité de dames de toutes les classes de la société madrilène, dont un grand nombre fort riches appartiennent au plus haut rang de la noblesse espagnole et ne sont jamais sorties qu’en équipage de leurs hôtels; si tu les voyais, ayant quitté Madrid à la hâte et sans avoir même pu emporter les objets les plus indispensables, marchant, confondues avec les soldats, dans le sable et la poussière, sous un soleil brûlant, que dirais -tu? Toutes ces familles opulentes sont maintenant sans subsistance, sans asile... Les unes, parvenues à un état de grossesse avancée, ne se traînent que péniblement; les autres tirent leurs enfants par la main; quelques-unes les

allaitent au milieu du camp ; et quelle caravane ! Qu’il est «

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