‹ Napoléon et LarreyChapitre 17 sur 319 · CONSEIL DE GUERRE A BORD DE « L’ORIENT · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GUERRE A BORD DE « L’ORIENT

à laquelle on n’avait échappé jusqu’alors que par une suite d’heureux hasards.

11 se passa, à ce moment, un épisode intéressant qui fait défaut dans les histoires spéciales, mais dont Larrey nous a laissé le récit. Bonaparte prescrivit de rallier la flotte et convoqua un conseil de guerre à bord de YOrient. Le général ouvrit la séance et laissa, sans dire un mot, aller la discussion, qui fut longue et confuse et trahit l’appréhension que causait à Brueys, à Ganteaume et à la plupart des marins, l’idée d’une rencontre avec l’armée de mer anglaise. Les uns conseillèrent de battre en retraite; d’autres émirent l’avis d’attaquer immédiatement l’escadre ennemie; mais, quand on alla aux voix, une immense majorité décida que l’on engagerait le combat pour la forme, mais que l’on se .rendrait au premier désavantage.

A peine ce résultat eut-il été proclamé que Bonaparte, sortant de son silence, se leva irrité : « Un homme comme moi, s’écrie-t il, ne se rend pas. Si les Anglais nous battent, je ferai sauter le vaisseau amiral. Vous pouvez vous retirer, citoyens; je vous ferai connaître mes ordres. »

Il ordonna aussitôt à Brueys de prendre ses dispositions de combat, fit ensuite appeler Dutertre, un des plus habiles dessinateurs de la Commission des arts, et lui demanda de dessiner les portraits des principaux chefs de service de l’armée. Quand ce travail eut été terminé, Bonaparte, qui avait dicté une courte notice sur l’expédition, la fit placer, avec les portraits dessinés par Dutertre, dans une bouteille hermétiquement fermée. Cette bouteille devait être jetée à la mer, — si l’issue de la bataille devenait défavorable, — avant de faire sauter YOrient h

C’était heureusement une fausse alerte, et les navires

1 « Bonaparte fit graver plus tard ces portraits et en offrit un exemplaire à chacun des modèles. Les officiers et les savants qui avaient posé étaient : Bonaparte, Ganteaume, Berthier, Caffarelli, Kléber, Brueys, Dolomieu, Monge, Berthollet, Rampon, Murat, Junot, Lannes, Reynier, Belliard, Des Genettes, Sulkovvski et Larrey. » (Larrey, note inédite.)

Les exemplaires que le général en chef donna à Larrey appartiennent aujourd’hui à l’Institut, auquel ils ont été légués par son fils.

EXPEDITION D’ÉGYPTE

signalés appartenaient à la division de Civita-Vecchia, commandée par Desaix. Cependant les Anglais pouvaient survenir d’un moment à l’autre, et Bonaparte, qui savait bien qu’ils devaient être à sa recherche et qu’il n’y avait pas un moment à perdre, prit ses dispositions avec une extrême rapidité et une admirable précision.

L’escadre s’établit en ordre de bataille devant Malte et fit ses préparatifs.

Le lendemain même de l’arrivée de la flotte, — le 22 prairial (10 juin), à quatre heures du matin, — il faisait opérer le débarquement de l’armée. La résistance ne fut pas longue. Elle était condamnée d’avance par la désunion qui régnait parmi les chevaliers, — dont un certain nombre, de langue française et espagnole, étaient acquis à la France, — et par l’impéritie et la faiblesse du grand maître.

Celui-ci, après une tentative de sortie de la garnison, repoussée par l’armée française, se décida à capituler.

La capitulation fut signée le lendemain même, 23 prairial, à bord de Y Orient. Aux termes de cette convention, file de Malte et les possessions qui en dépendaient étaient placées sous la souveraineté de la République française. Une indemnité de six cent mille francs et une rente viagère de trois cent mille francs étaient accordées au grand maître, Hompesch, qui dans cette catastrophe avait surtout songé à ses intérêts. Quant aux chevaliers dépossédés déjà en France et en Italie, le traité, qui complétait leur spoliation, leur accordait une dédaigneuse pension de sept cents francs.

Après la reddition de la place, Bonaparte procéda immédiatement à l’organisation de sa conquête. Il décréta l’égalité des droits des citoyens, supprima les privilèges et les marques extérieures de la noblesse, abolit l’esclavage, qui n’était du reste appliqué qu’aux Barbaresques, régla le sort des chevaliers1 et définit les rapports du clergé avec l’État.

1 Ils durent quitter l’ile. Furent exceptés les chevaliers âgés de plus de soixante ans, quelques-uns ayant créé une industrie dans l île, et ceux qui étaient connus pour leurs sentiments républicains.

Un ordre du 27 prairial (15 juin) autorisa un certain nombre de chevaliers

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