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POURSUITE DE L’ARMÉE ANGLAISE

imprudemment engagés. Larrey note un trait ici qui prouve que les chirurgiens militaires de cette époque, le plus souvent improvisés au moment d’une campagne, connaissaient imparfaitement le traitement des blessures de guerre. Ils avaient, en effet, réuni les plaies des blessés, provenant toutes de coups de sabre portés par la cavalerie anglaise, avec des aiguilles autour desquelles ils avaient placé une suture entortillée. Quand Larrey arriva, il se douta du résultat; il leva les appareils et trouva les chairs déchirées par les aiguilles et les plaies désunies. Il fut obligé de recommencer l’opération, en avivant les bords de la plaie et en recousant par une suture entrecoupée.

Arrivé à Astorga le 2 janvier, l’Empereur reçut des dépêches qui ne lui laissaient plus de doute sur les préparatifs de guerre de l’Autriche. Celle-ci allait, en se sacrifiant encore une fois, sauver la Grande-Bretagne. Napoléon se crut obligé de renoncer à la poursuite de Moore et la confia à Soult. Ce fut le salut de l’armée anglaise, qui aurait dû trouver son tombeau dans la péninsule. Moins vigoureusement poursuivie, attaquée avec hésitation même quand elle fut obligée d’offrir le combat, servie par les rivalités qui existaient entre les chefs de corps d’armée, — en l’absence de l’Empereur, — elle parvint à gagner la Corogne et à s’embarquer (17 et 18 janvier 1809).

Après avoir commis cette faute incalculable, — car, la suite le démontra, il aurait eu le temps de prendre les Anglais ou de les jeter à la mer, — Napoléon se dirigea sur Valladolid, où il établit son quartier général. Se trouvant ainsi plus rapproché de la France et prêt à partir à la première nouvelle fâcheuse, il donna ses dernières instructions militaires à ses chefs de corps d’armée. A ce moment, les Français occupaient tout le nord de l’Espagne jusqu’à Madrid. Saint- Cyr avait pris Barcelone et soumis la Catalogne. Les Anglais allaient être rejetés hors du sol espagnol. La prise de Saragosse, qui avait traîné en longueur, mais qu’il venait de confier à Lannes, n’était qu’une affaire de semaines. Il ne restait plus qu’à soumettre le midi de l’Espagne. C’eût été

GUERRE D’ESPAGNE

un jeu pour Napoléon. Mais, les préparatifs de la guerre qui s’annonçait en Allemagne l’obligeant bientôt à rentrer à Paris, il se décida, avec trop de confiance, à abandonner à ses lieutenants une tâche devant laquelle leurs divisions, leurs jalousies réciproques et l’absence d’autorité et de compétence du roi Joseph devaient les faire si complètement échouer, et il quitta Yalladolid le 17 janvier.

Il voyageait à franc étrier. Thiébault qu’il avait nommé au commandement de Vittoria et qui s’y rendait avec les allures et le train d’un satrape, mollement allongé dans sa calèche attelée de trois superbes chevaux, entouré d’une nuée d’aides de camp à cheval, de secrétaires, de dragons d’escorte et de domestiques galopant à sa portière, fut dépassé par deux cavaliers, courant à toutes brides sur la grande route. C’était l’Empereur et Savary, le premier enfonçant ses éperons dans le ventre de son cheval et frappant à tour de bras la monture de son aide de camp pour activer encore son train. A une minute en arrière couraient Duroc et le mameluk Roustan, plus loin encore les guides que Napoléon distançait et qui s’épuisaient en efforts pour l’atteindre. Il y a vingt-trois lieues d’Espagne entre Valladolid et Burgos; l’Empereur les parcourut en trois heures et demie, et durant ce raid extraordinaire à travers un pays infesté de guérillas , il n’eut à ses côtés que Savary1.

En partant, Napoléon laissait Larrey à Yalladolid. Préoccupé de l’état des hôpitaux de cette place, qui contenait un grand nombre de blessés et de malades, et dont l’état sanitaire laissait à désirer, il ordonna à Berthier, major général de l’armée, d’en enlever la direction à Percy resté à Madrid, et de- charger le chirurgien de sa garde de leur inspection générale2. Larrey, dans ces nouvelles fonctions, eut le privi-

1 Thiébault, Mémoires, t. IV, p. 280.

« Cette rapidité serait incompréhensible, si on ne savait qu’un grand nombre de chevaux de selle de l’Empereur étaient échelonnés sur sa route. Ainsi , de Valladolid à Burgos, il avait six relais de neuf chevaux, dont deux pour lui, sept autres pour les personnages de son service. » (Savary, Mémoires , t. III, p. 40.)

2 Ordre du jour du 24 janvier 1809, au quartier général de Valladolid Mss. B. N.

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