‹ Napoléon et LarreyChapitre 162 sur 319 · LES PRISONNIERS ANGLAIS EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS ANGLAIS EN ESPAGNE

lège d’exercer un des plus beaux attributs du médecin, la sollicitude envers l’ennemi vaincu. Dans cette dernière campagne de la Galice, on avait fait un nombre considérable de prisonniers anglais, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de femmes et d’enfants, que selon leur habitude les régiments britanniques traînaient à leur suite. L’Empereur, toujours préoccupé de la question d’humanité vis-à-vis de l’ennemi vaincu, — constamment et infiniment supérieur, même à ce point de vue, à tous ses adversaires, — ne voulut pas qu’on les abandonnât ou qu’on les séparât de leurs pères et de leurs maris, et leur ordonna de les conduire avec eux à Valladolid. Ils furent enfermés dans une caserne qui leur servit de prison. Napoléon avait ordonné qu’ils fussent bien traités. Or voici comment ses intentions furent remplies. La fièvre typhoïde, mal connue alors et désignée sous le nom de fièvre adynamique , s’était déclarée dans les hôpitaux de Valladolid, où elle exerçait des ravages considérable. Larrey, observant que cette affection sévissait plus particulièrement sur les prisonniers de guerre qui la transmettaient à nos soldats, et que la mortalité était parmi eux de beaucoup supérieure à celle des Français, voulut remonter à la cause et fut visiter la prison dans laquelle ils étaient détenus et qui n’était autre qu’une caserne espagnole. Il fut profondément affecté du spectacle qui s’offrit à ses yeux. Les malheureux soldats anglais, déjà exténués par le pénible trajet qu’ils venaient d’accomplir à travers les montagnes des Asturies et les privations qu’ils avaient subies, étaient couchés sur les dalles, sans paille ni couverture. La plupart d’entre eux ne possédaient ni capotes, ni chemises, ni bas, ni chaussures. Ils étaient mal et insuffisamment nourris et n’avaient pour se désaltérer qu’une eau malsaine. La caserne elle -même se trouvait dans de déplorables conditions de salubrité. On conçoit bien là la genèse de l’épidémie de fièvre adynamique.

Larrey s’empressa de séparer les malades des prisonniers bien portants et de les envoyer à l’hôpital. Il adressa ensuite au maréchal Bessières et à l’ordonnateur Michaud un rapport

GUERRE D’ESPAGNE

dans lequel il exposait leur situation, et n’eut pas de repos qu’on ne l’eût améliorée. Il fit organiser pour eux un hôpital spécial hors de la ville. Il exigea qu’une alimentation plus saine et plus abondante leur fût distribuée, qu’on leur fournît des vêtements, des paillasses et des couvertures, et prescrivit un traitement particulier pour les femmes et les enfants Il obtint enfin qu’une autre caserne salubre et spacieuse, bien aérée et située en dehors de la ville, fût affectée aux prisonniers bien portants. Il fit mieux; il fit envoyer en France la plupart des malades après leur rétablissement. Grâce à ces mesures, il enraya l’épidémie et eut la consolation de soulager et de conserver à la vie des hommes qui auraient certainement presque tous succombé b

Ici, il faut renouveler une réflexion. Si tels étaient les procédés de Larrey vis-à-vis des prisonniers anglais, peut-on penser que le gouvernement britannique, qui ne put pas ne pas en avoir connaissance, exerça la réciprocité vis-à-vis de ses prisonniers français? Ce serait mal connaître l’Angleterre que de le croire. Ce peuple, qui possède tant de grandes et viriles qualités, était ce qu’il est resté de nos jours, dur et implacable aux vaincus. Il persista à entasser nos soldats sur ses pontons avariés et à les faire mourir, dans cet étroit espace, de misère et de maladies infectieuses, sans qu’il se trouvât dans l’armée anglaise un Larrey pour protester contre ces odieux traitements.

Yalladolid était un point important situé sur le passage des troupes et des malades. Larrey se vit obligé d’y multiplier le nombre des hôpitaux; mais grâce à Bessières, dont la sollicitude pour la santé des troupes était sans bornes, et à l’ordonnateur Michaud, qui fut un des bons administrateurs de l’Empire, rien ne manqua de ce qui était nécessaire, ni en personnel, ni en matériel, ni en médicaments, ni en pansements. C’était ainsi partout où se trouvait Larrey. Comme l’Empereur, il faisait des prodiges et tirait ses malades des cir-

1 Larrey, Corresp. officielle. Rapport au maréchal Bessières, 6 février 1809. Lettre à l’ordonnateur Michaud, 16 février 1809. Lettre à l’ordonnateur Giraud, 21 février 1809. Ms. 5874, pp. 53-57-59. B. N. F. F. N. Acq.

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