‹ Napoléon et LarreyChapitre 163 sur 319 · LARREY CONTRACTE LE TYPHUS · texte numérisé non relu

LARREY CONTRACTE LE TYPHUS

constances les plus difficiles. Mais, de même que là où n’était pas Napoléon les affaires militaires périclitaient, là où manquait Larrey le service de santé ne fonctionnait plus qu’imparfaitement : les hôpitaux étaient mal tenus, les blessés souvent dénués de tout , et les administrateurs, qui n’avaient plus à redouter son rigide dévouement, son infatigable sollicitude et l’autorité dont il jouissait auprès de l’Empereur, se laissaient aller à l’incurie ou à l’insouciance du sort des malades, quand ce n’était pas à la criminelle dilapidation des ressources qui devaient leur être affectées.

Aussi l’état des hôpitaux de la ligne d’évacuation de Valladolid à la frontière, qui ne rentraient pas dans la zone soumise à sa surveillance, était déplorable. Ces établissements constituaient de véritables cloaques, dans lesquels n’existaient ni hygiène, ni propreté, ni literie, ni distributions fixes. Les blessés français s’y trouvaient confondus avec les prisonniers espagnols et anglais. Les maladies n’étaient pas mieux classées que les malades, et les fiévreux, les contagieux et les blessés croupissaient ensemble1. Les chirurgiens, animés de la 'meilleure volonté, s’agitaient, réclamaient, se désespéraient; mais leur patriotisme et leur bonne volonté se brisaient contre la force d’inertie administrative. On conçoit devant ce tableau comment fondirent les troupes françaises en Espagne. Elles payèrent certainement une mortalité plus considérable à la maladie qu’aux armes espagnoles.

Cependant la guerre d’Autriche est de plus en plus imminente. L’Empereur a fait rentrer sa garde ; il a rappelé Lannes, qui a enfin forcé Saragosse à capituler. Il fait ordonner à Larrey de revenir à Paris. Mais celui-ci est à son tour malade. Tant de travail et de fatigues ont fini par venir à bout de la plus solide constitution de l’armée , et il a contracté le typhus de ses prisonniers anglais à Valladolid. Le courageux chirurgien trouve cependant la force de se mettre en route pour Burgos. Mais le délire le prend en chemin, et il aurait, dit-il,

1 Corresp. officielle. Lettre à l’ordonnateur Michaud. Ms. 5874, p. 59. B. N. F. F. N. Acq.

GUERRE D’ESPAGNE

péri sans le secours de son jeune parent et élève Alexis Larrey, qui l’accompagnait. Il arrive à Burgos dans l’état le plus grave. Il est, dans cette ville, l’objet des soins les plus éclairés ertes plus assidus de la part de ses confrères de l’armée , et entre heureusement en convalescence au bout de quelques semaines. Il quitte alors cette Espagne où il a tant souffert, et le registre de sa correspondance officielle dans la péninsule est clos par cette dernière ligne :

« Parti de Valladolid le 7 mars, arrivé à Paris le 4 avril. »

Page 1