LA BATAILLE D’ESSLING
Pendant que ces événements s’accomplissaient, Larrey se mettait en route pour rejoindre la garde impériale, qui avait voyagé en poste et était déjà rendue en Bavière. Il quitta Paris, encore convalescent et insuffisamment rétabli, le 29 avril. Arrivé à Strasbourg, il fut faire une visite à l’Impératrice, qui l’accueillit avec son charme ordinaire, lui demanda avec intérêt des nouvelles de sa femme et le félicita sur la naissance de son fils. Il apprit dans cette ville les victoires d’Abensberg et d’Eckmühl, et précipita son voyage pour rejoindre plus vite l’armée. 11 passa par Munich, où il revit son ami l’anatomiste Sœmmering, et rencontra la garde sur la route d’Augsbourg à Vienne. Dès qu’ils aperçurent leur chirurgien , les officiers et les soldats arrêtèrent sa voiture et l’entourèrent en l’acclamant. Il eut beaucoup de peine à continuer sa route , car les mêmes manifestations se reproduisaient partout où il était reconnu. Il arriva enfin à Schœnbrünn, où était l’Empereur avec son quartier général, le 12 mai. Vienne venait d’ouvrir ses portes après une courte résistance, et l’entrée des troupes était fixée au lendemain matin. Il se rendit auprès de Napoléon, qui le reçut avec bonté et lui donna l’ordre de disposer ses ambulances pour la deuxième partie de la campagne. L’occupation de la capitale ne terminait pas, en effet, la guerre. L’archiduc Charles défendait la rive gauche du Danube avec une armée de cent mille hommes, et, pour aller l’attaquer, il fallait tenter une des entreprises les plus périlleuses de l’art militaire : le passage d’un immense fleuve sous le feu de l’ennemi.
On sait comment se dénoua cette opération accomplie si aisément, et comment la bataille d’Essling, qui aurait dû être une victoire décisive, inaugura les grands carnages de la seconde partie de l’Empire, et faillit être un immense désastre. La rupture des ponts du Danube, renouvelée deux fois de suite, le 21 et le 22 mai, priva le premier jour l’Em-
appliqua un léger appareil. L’Empereur, du reste, remonta immédiatement à cheval. Larrey n’attache pas une grande importance à cette blessure, puisqu’il dit textuellement que la seule blessure qu’il eût jamais reçue fut le résultat d’un coup de pied de cheval en Égypte , dans le désert de Damanhour.
pereur d’une partie de ses forces restées sur la rive droite, et le lendemain, de ses munitions, au moment même où Lannes enfonçait le centre ennemi et assurait la victoire. Un moment tout fut compromis, et il fallut l’intrépidité des généraux et la superbe tenue des troupes pour garder le champ de bataille et assurer la retraite dans l’île de Lobau.
Quatre hommes s’illustrèrent à Essling, entre tant d’autres qui firent magnifiquement leur devoir : Lannes, qui y fut blessé mortellement, Masséna, qui conserva avec une indomptable ténacité le village d’Aspern et l’unique pont par lequel l’armée pouvait effectuer sa retraite dans l’île de Lobau , Mouton , qui reprit Essling, et Larrey, qui fut égal à lui-même, tel qu’il s’était montré à Eylau et à Friedland, mais dont la gravité des événements fit encore mieux ressortir l’habileté, l’autorité et l’infatigable dévouement.
Le chirurgien en chef de l’armée était, nous le savons, Heurteloup, ancien membre du Conseil de santé sous la République, et que ses anciens services et son âge avaient désigné, cette fois, à cette haute situation. Resté sur la rive droite avec le corps de Davout, il ne se trouva pas sur le champ de bataille d’Essling, et Larrey, seul inspecteur général présent sur le terrain, 'fut, en fait, le véritable chirurgien en chef, et nous le voyons diriger indistinctement le service chirurgical de la garde et celui des autres corps de l’armée. R plaça son ambulance principale sur la rive gauche à la lisière d’un petit bois. Elle était reliée avec les ambulances volantes de la garde et avec les autres ambulances établies par ses soins dans l’île de Lobau. Ses principaux collaborateurs, tous hommes de grande valeur, étaient Zinck et Roussenard, qui déjà avaient servi sous ses ordres en Égypte ; Paulet , chirurgien en second de la garde; Ferrus, Gauthier de Glaubry, Mouton, Maupas, etc. Par moments, Yvan et Lanefranque, de la maison de l’Empereur, se joignirent à lui et vinrent le seconder. Ribes, dont il regretta beaucoup l’absence, était resté à Paris.
Les blessés ramenés par les ambulances volantes ou portés par des soldats à l’ambulance centrale étaient opérés sur-lechamp si leurs blessures étaient graves ; on évacuait sur l’île