‹ Napoléon et LarreyChapitre 179 sur 319 · ARMISTICE DE ZNAIM · texte numérisé non relu

ARMISTICE DE ZNAIM

un ancien chirurgien militaire, qui avait laissé un jour le bistouri pour le mousqueton. 11 avait servi sous les ordres de Larrey, qui le recommanda à Bonaparte et l’aida beaucoup dans sa carrière. La blessure n’était pas grave, mais l’empêchait de monter à cheval; il fut évacué sur Vienne. Les deux armées se trouvaient encore en présence le 11 sous les murs de Znaïm. La bataille était engagée, et il était à prévoir que la ville allait être enlevée et l’armée autrichienne enveloppée par Masséna et Marmont, quand un officier de l’Empereur apporta au maréchal l’ordre de cesser le feu. Un armistice venait d’être conclu entre Napoléon et le prince de Lichtenstein. Les armées des deux nations furent non sans peine séparées les unes des autres et se cantonnèrent pendant que les négociations se poursuivaient.

C’était la paix. En général, elle était toujours accueillie avec enthousiasme par les soldats de Napoléon. Cette fois-ci, ils furent surpris qu’on leur arrachât l’ennemi, qu’ils ci oyaient avec raison tenir à leur discrétion, et qu’on ne profitât pas de cette occasion pour en finir avec l’armée et la monarchie autrichienne. Le bon sens du soldat était, ici, supérieur aux conceptions du génie. Larrey rapporte les sentiments qui l’animèrent à ce moment, et il a annoté la page de ses Mémoires où il raconte ces événements des réflexions suivantes :

« La cause de cette suspension d’armes fut l’acceptation de l’offre que le prince de Lichtenstein fit, au milieu de la nuit, de la part de l’empereur d’Autriche à Napoléon de sa fille Marie-Louise pour femme. Jamais événement ne produisit sur l’esprit de nos soldats une sensation aussi pénible.

« J’ai vu, sans étonnement, un grand nombre de nos grenadiers à cheval rompre leurs longues lattes de désespoir. En effet, il n’était pas douteux que l’armée autrichienne et l’empereur lui- même allaient tomber entre nos mains.

« Certes, un tel résultat, en fanant la paix générale pour

toujours, aurait fait le bonheur de la France, tandis que ce mariage a été la cause de tous nos désastres1. »

Après la conclusion de l’armistice de Znaïm , Larrey suivit l’Empereur, qui vint s’établir avec la vieille garde à Schœnbrünn jusqu’à la conclusion de la paix. Un des premiers soins de Napoléon fut de distribuer des récompenses à son armée. Larrey, cette fois, ne fut pas oublié. Un jour, en sortant de son hôpital de la garde, il fut accosté par un sous- officier d’ordonnance qui lui remit un pli scellé. Cette enveloppe contenait sa nomination au titre de baron, avec une dotation de cinq mille francs de rentes2. C’était peu, si on considère les dotations énormes que distribuait l’Empe-, reur à ses officiers. Larrey ne l’accepta pas moins avec la plus grande reconnaissance. La rente, si modeste qu’elle fût, l’affranchissait de sa grande préoccupation, la gêne de son foyer. Ce grand serviteur n’avait en effet, nous le savons, que sa solde pour faire vivre sa famille, et durant toutes ses campagnes nous le voyons s’astreindre aux plus rigoureuses économies, afin d’en déléguer la plus grande partie à sa femme. Ce fut plus tard un des remords de Napoléon, — qui enrichit tant d’ingrats, — de n’avoir rien fait pour la fortune d’un des hommes qui lui fut le plus sincèrement attaché.

11 tenait peu à sa baronnie3; il était trop modeste pour tirer vanité d’un titre nobiliaire. Cependant, comme il avait cons-

1 Larrey, Mémoires et campagnes. Note manuscrite, t. III, p. 402.

Il n’est guère admissible que le prince de Lichteinstein ait entretenu l'Empereur ce jour-là de ce projet de mariage. Ni Napoléon, ni l’Empereur d’Autriche n’y pensaient encore à ce moment, et Larrey, qui considéra l’union de l’Empereur avec Marie-Louise comme la cause de tous les désastres qui survinrent, se trompe ici de date; mais le mécontentement des soldats de la garde à la nouvelle de l’armistice doit être vrai.

2 Par le même décret, Des Genettes, Percy et Heurteloup recevaient la même récompense.

3 La dotation de sa baronnie était située en Poméranie suédoise. Les armes que lui donna l’Empereur furent les suivantes :

Ecartelé : au 1 d’or au palmier de sinople, posé à dextre, soutenu du même, chargé d un dromadaire d’azur, au 2 de gueules au signe de baron , officier de santé attaché aux armées, qui est une épée en barre d’argent, la pointe basse; au 3 d azur à trois chevrons superposés d’or ; au 4 coupé ; au 1 d’argent à la barre ondée de gueules, chargée d’une raie nageant au champ; au 2 d’or à la pyramide de sable.

Page 1