LA GRANDE-ARMÉE A MOSCOU
moins nets sur le dernier, et font connaître les odieuses malversations qui furent commises pendant la campagne par les commissaires des guerres h
Après la bataille de la Moskova, Kutusof, renonçant à défendre Moscou, fut se poster, avec son armée, sur la route de Kalouga, à portée des provinces du midi. L’armée française se dirigea sur la vieille métropole, dont la route se trouvait ainsi ouverte. Murat atteignit l’arrière -garde ennemie au moment où 1 armée russe achevait l’évacuation, et où la ville, dans le plus grand désordre, était encombrée de ses voitures, de ses bagages, de ses parcs et de ses blessés. Il aurait pu la détruire ; mais il préféra conclure une sorte d’armistice qui sauvegardait l’intégrité de la capitale, que le général russe menaçait d’incendier, s’il était attaqué. Cette circonstance, qui sauva 1 arrière-garde Fusse, ne devait pas empêcher Moscou d’être brûlé 1 2.
L’armée française fit son entrée dans la ville le 15 septembre. On connaît bien les circonstances qui en marquèrent la prise de possession : la cité transformée en vaste et silencieuse solitude par l’exode de ses habitants, l’incendie
1 Larrey, Mémoires et Campagnes, notes manuscrites. Agenda de campaqne Carpon, Ms. cit.
Pour que Larrey ne connût pas ces faits et ne se plaignît pas à l’Empereur, la correspondance des chefs de service de»ses ambulances et de tous les hôpitaux' de la ligne jusqu’à Kowno fut interceptée à Moscou, et ce n’est que pendant la retraite qu’il put apprendre ce qui s’était passé et le vérifier de ses propres yeux. (Note de Larrey, Agenda de campagne.)
2 Les historiens russes l’ont avoué eux -mêmes :
« Un combat aurait pu amener la ruine entière de l’arrière-garde russe et la perte d’une partie du matériel de notre armée. Aussi , pour prévenir ce malheur, le général russe Miloradowitch se décida-t-il à envoyer un parlementaire au roi de Naples. Le résultat fut une convention verbale par laquelle le roi de Naples s’engagea à ne pas inquiéter la sortie des Russes; un accord, dont tout l’honneur est dû au général Miloradowitch, permit d’achever l’évacuation. » (Butturlin Campagne de 1812, t. I, p. 365.)
allumé par les ordres de Rostopchine , le départ de Napoléon du Kremlin, le pillage par les soldats des richesses épargnées par le feu. Ces événements dramatiques sont exposés dans les Mémoires de Larrey et dans ses notes avec une remarquable éloquence, et la page qu’il consacre à l’incendie de Moscou passe avec raison pour une des meilleures descriptions qui en aient été faites1. Au milieu de ces incalculables désordres, Larrey, fidèle à sa haute mission et à son caractère, ne s’occupe que de protéger ses blessés. L’Empereur, l’état-major, la garde abandonnent le Kremlin et la ville et vont s’établir à Petrowski, château construit par Pierre le Grand, sur la route de Pétersbourg. Larrey reste seul à son poste ; il sort le dernier du quartier général en flammes, et s’installe dans une maison en pierre un peu isolée, avec quelques-uns de ses chirurgiens ; mais dès que l’incendie a éclaté, il court à ses blessés. Il a placé ceux qu’il a amenés avec lui dans deux magnifiques hôpitaux de Moscou, l’hôpital des Enfants trouvés, qui, dit-il, était alors le plus bel établissement de l’Europe, et l’hôpital Galitzin, où sont déjà des blessés russes abandonnés, dont il a pris possession et qu’il entend protéger. Ces établissements sont heureusement en pierre et construits sur des voûtes. Larrey les fait isoler des autres bâtiments et les préserve de l’incendie. Mais il faut en nourrir les hôtes. Il n’y a pas à compter sur l’administration; plus que jamais, elle est débordée et le chirurgien en chef continue à se plaindre pendant tout son séjour à Moscou de son mauvais vouloir. Il prend les mesures qu’ordonnera plus tard l’Empereur pour l’armée. Il fait rechercher, par des soldats qui lui sont dévoués, des approvisionnements dans les maisons qui ont échappé aux flammes, et les fait transporter dans ses hôpitaux. Des Genettes en fait autant, de son côté; c’est ainsi que les blessés et les malades français et russes ne meurent pas de faim.
1 Larrey, op. cit., t. IV, p. 72.
Larrey refuse aux Russes le terrible honneur d’avoir conçu l’idée de brûler leur capitale, il dit que l’incendie de Moscou fut arrêté à Londres, et ordonné à Pétersbourg. ( Mémoires , Note manuscrite, t. IV, p. 73.)