PRISE D’ALEXANDRIE
nombre considérable de Turcs et d’Arabes qu’on lui apportait de tous côtés l. Il transforma en hôpital définitif un couvent de capucins, et les religieux s’étant mis à sa disposition, il en fit des infirmiers.
Les blessés de marque furent dans cette affaire : Kléber, Menou, Sulkowski et l’adjudant général Lescale. Kléber, au premier abord, paraît grièvement blessé. Au moment où, arrivé au pied des remparts d’Alexandrie, il désignait à ses soldats le point qui lui paraissait le plus propice à monter à 1 assaut, une balle 1 étendit sur le sol. On le porta sans connaissance à l’ambulance de la colonne de Pompée. Larrey reconnut que le projectile, reçu obliquement sur le front, avait heureusement dévié et n’avait fait que traverser les tissus , la perte de connaissance était due à la commotion, qui se dissipa promptement. Il débrida la plaie, lia les artérioles et fit un pansement à plat. Cette blessure, quoique peu grave , devait demander un certain temps avant d’être cicatrisée. Bonaparte donna à Kléber le commandement de la place d’Alexandrie, et Larrey lui laissa Antoine Dubois, le futur médecin de l’Empereur, chirurgien de la Commission des sciences et des arts, pour Je soigner. Les autres blessés furent transportés à 1 hôpital des capucins , et guérirent sans accidents. Le chef de brigade Massé et cinq officiers furent tués. A ce chiffre, il faut ajouter vingt hommes qui furent noyés au moment du débarquement. Ce furent toutes les pertes qu’occasionna la prise d’Alexandrie. On dut pratiquer quelques grandes opérations ; mais, d’une façon générale, les plaies étaient dénuées de gravité, et Larrey note pour la première fois, — il y reviendra, — l’action favorable du climat sur leur cicatrisation.
Les premières mesures de Bonaparte, après la prise d’Alexandrie, sont empreintes de générosité et d’habileté visà-vis des vaincus. Il interdit sévèrement tout acte de pillage ou de violence à ses soldats. Il maintient les institutions, les mœurs et la religion nationales, témoigne les plus grands
1 Larrey, Mémoires et campagnes . Notes inédites.
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
égards aux cheiks arabes et n’épargne rien pour se concilier la population. Il institue un divan, sorte de conseil municipal composé de cheiks et de notables, qui pourra être consulté pour toutes les affaires locales, et, au besoin, être rendu responsable de ses actes et de ceux de la population vis-à-vis du nouveau gouvernement.
En même temps qu’il organise l’administration de la cité , il prépare la défense de la place et assure la sécurité de son armée. Il ordonne de fortifier Alexandrie. Dès la première heure, il a songé au sort de la flotte, qui, d’après le rapport de Brueys, ne pourra peut-être pas pénétrer dans la rade. Il craint avec raison , — et l’événement ne prouvera que trop la justesse de cette appréhension, — que l’escadre ne soit surprise par Nelson au mouillage, et exposée à un désastre; il prescrit, en conséquence, à l’amiral d’aller s’embosser à Aboukir, et, dans le cas où il ne se jugerait pas en sûreté dans cette rade, de se retirer à Corfou1.
Les ordres concernant l’armée sont donnés avec la même rapidité et la même décision. Bonaparte a hâte de poursuivre la campagne et de marcher sur le Caire, qui est la clef de sa conquête. Aussi ne perd-il pas un instant. Les indications les plus pressantes sont de faire vivre les troupes et de les mettre à l’abri des maladies infectieuses endémiques dans le pays. Pour assurer la première, il réquisitionne, estime et achète tous les blés , toutes les denrées alimentaires qui se trouvent dans les deux ports, et confisque les propriétés des mameluks. Il réalise la seconde en ordonnant la création d’un lazaret, qui devra être installé sur le modèle de celui de Marseille, alors le plus vaste, le plus commode et le mieux administré de l’Europe. Ce sera le premier établissement de ce genre fondé dans le Levant2. Il visite l’hôpital , s’entretient familièrement avec les blessés et les malades , complimente les médecins et se fait adresser par eux la liste de leurs réclamations. Il n’oublie pas les morts, et, voulant
1 15 messidor, arrêté du général en chef.
2 Des Genettes, Histoire médicale de V armée en Orient, an X (1802).