‹ Napoléon et LarreyChapitre 210 sur 319 · LES TROUPES D’ÉLITE DE LA GARDE · texte numérisé non relu

LES TROUPES D’ÉLITE DE LA GARDE

Quelques bouillons et clu vin sucré chaud que je m’étais procurés le ranimèrent et le mirent en état de pouvoir continuer sa route sur mon cheval, qu’il ne pouvait conduire luimême. Il m’était agréable de remplir cette fonction, et la marche à pied ne m’était plus pénible ; je sentais au contraire qu’elle m’était salutaire. Nous continuâmes ainsi, non sans peine, jusqu’à Gumbinnen, ville de la vieille Prusse, où nous trouvâmes des ressources, surtout des vivres de toutes espèces qu’il nous a fallu payer fort cher ; mais qu’est l’argent comparé au besoin? Malgré tous mes soins, je faillis encore perdre mon ami dans l’espace de temps que nous eûmes à parcourir la distance de Kowno à cette ville, et il a été longtemps à se rétablir.

<r Après le passage du Niémen, les troupes de diverses nations se dispersèrent et se rendirent dans leurs pays par des routes différentes. Les Français, seuls, suivirent la route de Cfumbinnen. Trois mille hommes des meilleurs soldats de la garde, tant d’infanterie que de cavalerie, tous des contrées méridionales de la France1, étaient les seuls qui eussent résisté aux cruelles vicissitudes de la retraite. Ils possédaient encore leurs armes, leurs chevaux et leur attitude guerrière. Les maréchaux ducs de Dantzig et d’Istrie étaient à la tête, et les princes Joachim et Eugène au centre de cette troupe, que l’on pouvait considérer comme tout ce qui restait d’une armée de quatre cent mille hommes. L’honneur et la gloire des armes françaises s’étaient en quelque sorte retranchés dans ce petit corps d’élite.

« Nous avons laissé un grand nombre de malades à Kowno, avec beaucoup d’officiers de santé qui n’avaient pu aller plus loin2. Ici, comme à Wilna, les magasins furent pillés, et une attaque imprévue des cosaques à notre passage dans le défilé de la montagne, au-devant de la ville, acheva de mettre le désordre et la misère dans l’armée qui eut encore

1 J’ai déjà fait remarquer la supériorité de résistance des méridionaux. (Note de Larrey.)

2 Au sujet du sort qui leur fut réservé, voir, p. 672, le passage que je consacre au rapport du chirurgien major Carpon à Larrey.

beaucoup à souffrir, surtout du froid, dont l’intensité n’avait pas diminué. Il s’est même soutenu à dix -huit, dix -neuf, vingt et un, vingt-deux, vingt-trois et vingt-quatre degrés jusqu’à notre arrivée à Kœnigsberg. A notre passage à Gumbinnen et à Intersbourg, je pris des dispositions pour assurer le service des hôpitaux que nous y trouvâmes.

« Je me détachai dans cette dernière ville du quartier général, puis de la garde, afin d’arriver promptement à Kœnigsberg, où ma présence était urgente pour l’organisation des hôpitaux. Je fis le trajet par vingt -deux degrés de froid. T>

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