DÉMARCHES EN FAVEUR DE DES GENETTES
apiès tous ses convois, et rejoignit le quartier général à Elbing. De là, il l’accompagna jusqu’à Francfort où il arriva le 10 février. A ce moment il était parfaitement rétabli et avait repris toutes ses forces.
Pendant le trajet, Larrey ne cessa de travailler à la reconstitution de son corps de chirurgiens. Mais la question la plus pressante était de savoir ce qu’étaient devenus les manquants. Il écrivit et fit écrire à tous les chefs de corps, à tous les officiers de santé survivants, au chirurgien en chef de 1 armée russe. On était sans nouvelles de Des Genettes, resté comme on le sait à Wilna et fait prisonnier par les cosaques dès leur entiee en cette ville1. Quoiqu il pût penser que sa grande notoriété, les services qu’en tous temps il avait, comme lui, rendus aux prisonniers russes aient dû le préserver de tout mauvais traitement, Larrey n’était pas sans inquiétude. Mais le médecin en chef de la Grande Armée était un personnage qu’il était possible de réclamer diplomatiquement. Il recommanda sa cause à Beauharnais, qui commandait maintenant les troupes. Il pria Berthier de s’informer de son sort auprès du commandant en chef de l’armée russe, Kutusof. Il écrivit lui -même à l’Empereur et lui demanda de conserver au prisonnier ses fonctions d’inspecteur général et d’ordonner qu’on payât ses appointements à sa femme. Ces démarches eurent le résultat qu on devait en attendre, et l’empereur Alexandre, saisi personnellement de son cas, ordonna de le remettre en liberté. Des Genettes arriva au quartier général, qui était alors à Magdebourg, à la fin de mars. On se tromperait si on croyait qu il se confondit en témoignages de reconnaissance envers Larrey. Quoiqu’il eût été informé des inquiétudes qu’il
1 Voici comment Larrey raconte à sa femme l’incident concernant Des Genettes à Wilna :
« Je m’étais séparé de mon collègue, le soir de notre départ de Wilna. 11 m’avait promis d’en partir aussitôt et il m’engageait lui -même à ne pas différer. Il avait pour compagnon de voyage le général duc d’Abrantès, qu’il devait aller rejoindre dans la nuit. Ne l’ayant pas trouvé, il rentra chez les professeurs de l’université de Wilna, où il logeait et où il était très bien. Il est probable qu’il se sera couché jusqu’au lendemain matin, époque où les cosaques entrèrent dans la ville. C’est là qu’il aura été pris; mais il sera protégé et respecté. » ( Larrey à Mme Larrexj. Posen, 11 janvier 1813.)
avait éprouvées et des démarches qu’il avait faites en sa faveur, il affecta de lui faire comprendre que c’était à sa célébrité seule qu’il avait dû de recouvrer sa liberté l. Larrey connaissait bien son immense amour-propre ; mais il trouva que cette fois il dépassait la mesure , et nous trouvons dans sa correspondance les échos du mécontentement que lui causa l’indépendance de cœur de son collègue2. Celui-ci poussa, cependant, l’ingratitude encore plus loin. Se rendant de Magdebourg en droite ligne à Paris pour aller se reposer pendant que Larrey restait à l’armée, il lui promit de réclamer en son nom une indemnité pour la perte de ses équipages en même temps qu’il la demanderait pour lui -même. Or voici comment il exécuta sa promesse. Il arriva à Paris, vit l’Empereur, lui adressa sa demande, obtint une indemnité de deux mille francs, mais il se garda bien de parler de la réclamation de Larrey 3.
Des Genettes apportait des nouvelles de quelques médecins et d’un certain nombre de blessés : les fds de Pelletan, de Baudelocque et de Richard étaient sains et saufs. Le général Zayonscheck, amputé par Larrey après la Bérésina, était en convalescence. Mais que de disparus, que de morts dont on ne connaîtrait jamais les tragiques souffrances !
Le service de santé de la Grande Armée comprenait au début de la campagne huit cent vingt-six chirurgiens. Au 15 février 1813, il n’y en avait plus de présents que deux cent soixante-quinze. Tout le reste était prisonnier ou mort. Larrey fait observer que la plupart des médecins blessés ou malades faits piisonniers durent être considérés
1 Larrey à Mme Larrey, Magdebourg, 25 mars 1813.
2 « Sans moi, on ne pensait pas plus à lui qu’à la comète bleue, et lorsque j’ai fait demander sa liberté au prince Kutusof par Son Altesse le prince de Neuchâtel, major général, on répondit : « Des Genettes! mais il a été tué; pourquoi « voulez- vous que nous fassions des démarches? On l’a vu, à Wilna, tué de la « main des cosaques. » Il me fallut protester contre cette assertion, et j’insistai vivement jusqu’à ce que cette faveur me fût accordée... J'ai fait ce que je devais à un collègue... Tant pis s’il ne m’en sait pas gré... » ( Larrey à Mme Larrey, Leipzig, le 11 avril 1813.)
3 « Je suis fort aise d’apprendre que Des Genettes ait reçu deux mille francs d’indemnité. 11 avait promis, en parlant pour lui à l’Empereur, de parler également pour moi et qu’il demanderait deux mille francs pour chacun. Il paraît qu’il ne l’a pas fait. Tout est possible alors... » ( Correspondance , Larrey à Mrae Larrey, au quartier général du vice -roi d’Italie, 22 août 1813.)