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LA BATAILLE DE LUTZEN

Girard et Chemineau. Le général Girard, qui devait être tué à Fleurus, avait été frappé d’un double coup de feu au bras gauche et à l’épaule. Il n’avait pas abandonné le commandement de ses troupes, et il resta sur le champ de bataille, où Larrey vint lui poser un appareil. Le projectile avait traversé les parties molles de part en part, sans léser ni os ni gros vaisseaux. L’état du général Chemineau était plus grave. Il avait reçu un coup de boulet de canon à la partie supérieure de la jambe. Larrey fit l’amputation dans les condyles, qui étaient cependant fracturés; le blessé se rétablit. Le chirurgien en chef était loin d’avoir son nombre de collaborateurs; il dut payer de sa personne plus encore qu’autrefois et passa les deux premiers jours et les deux premières nuits à opérer et à poser des appareils à pansements. Il pratiqua ou fit pratiquer trois cent soixante-cinq opérations et opéra dix-huit désarticulations de l’épaule , sur lesquelles il obtint quinze guérisons. J’ai déjà noté qu’on n’obtiendrait certainement pas aujourd’hui un meilleur résultat. Après avoir opéré et évacué sur Leipzig une partie de ses blessés, Larrey rejoignit le quartier général à Dresde, où l’Empereur et l’armée étaient entrés le 8 mai sans coup férir h

règlements sur la landwher et la landsturm, fut blessé à mort, et les princes de Hesse -Hambourg et de Mecklembourg-Strelitz furent tués.

1 Dans son rapport à l’Empereur, Larrey établit la catégorie des blessures et formule leur pronostic :

« De nos huit mille blessés, trois cent soixante-cinq ont subi une ou deux amputations ; huit cents environ sont atteints de blessures graves, telles que plaies de tête, de poitrine, de bas -ventre, ou fracture des membres. Le douzième de ces deux premières classes de blessés périra sans doute. Seize cents seront hors d’état de servir. Plus de quatre mille, à l’époque de leur guérison, que l'on peut fixer dans le terme moyen au quarantième jour, pourront reprendre un service actif. » ( Rapport à l’Empereur et Roi, Mosses, le 7 mai 1813.)

Dans le même document, Larrey se plaint de l’insuffisance des chirurgiens, du manque de linge et d’instruments, d’objets d'ambulances. 11 avait cependant, dans un rapport adressé de Francfort à l’ouverture de la campagne au ministre de la guerre, tracé le tableau du matériel nécessaire. Mais c’était toujours la même chose, et l’incurie de l’administration à l’égard du service de santé n’était égalée que par sa mauvaise volonté.

Le désordre qui régnait dans la direction administrative des ambulances est du reste inimaginable; nous avons dans les papiers de Larrey un rapport qui fut adressé, le 10 mai 1813, par le chirurgien d’ambulance Ivuttinger au chirurgien principal du 11e corps Bosquenel, lequel le transmit à Larrey. Ce chirurgien

Sa première visite fut pour les hôpitaux encombrés de blessés russes et prussiens, abandonnés par leurs armées. Ici il donna un témoignage éclatant de la supériorité de la chirurgie française sur la chirurgie allemande. Il remarqua que tous les amputés souffraient atrocement de leurs moignons. Le procédé d’amputation des chirurgiens saxons, qui sectionnaient, en un seul temps, avec un couteau courbe, la peau et les chairs jusqu’à l’os, sciant ensuite celui-ci au niveau des chairs, lui était connu. Ils ne liaient pas les vaisseaux et recouvraient par une suture entrecoupée et des bandes de diachylum la plaie du moignon. Une constriction des tissus fort pénible et des douleurs intolérables suivies de graves accidents étaient les résultats de cette déplorable méthode. Larrey conseilla aux chirurgiens allemands de lever les appareils et de sectionner les sutures. Ils s’y refusèrent par amour-propre national. Comme il s’agissait des blessés étrangers, il ne pouvait passer outre. Tous moururent. Lorsque les blessés français affluèrent à leur tour dans les salles, Larrey leur donna une magnifique leçon de chirurgie de guerre. Il opéra par sa méthode, et tous se rétablirent. A partir de ce moment, ces chirurgiens adoptèrent le procédé français1.

L’armée française s’était mise, cependant, à la poursuite des coalisés. Elle passa l’Elbe le 9 et le 10 mai, se dirigeant sur Bautzen. L’Empereur, quittant à son tour la capitale de la Saxe, la rejoignit le 18 mai.

L’Autriche, qui voulait la paix, mais dont les sympathies

raconte que le jour de la bataille de Lutzen il fut envoyé par le chef d’état- major à Mersbourg, pendant que les troupes se dirigeaient sur Lutzen, et y resta par ordre avec sa division d’ambulance pendant tout le temps que dura la bataille, sans parvenir à apercevoir un seul blessé.

L’économe avait, du reste, de son côté les fourgons d’ambulance qu’il avait emmenés dans une autre direction, en sorte que celui-ci avait la disposition des appareils sans le chirurgien en chef, et ce dernier possédait le personnel sans les appareils. Ces faits se répétaient à chaque instant. Le chirurgien en question demande à son chef d’intervenir auprès de Larrey pour qu’il le déplace, car il ne veut pas rester sous les ordres directs de chefs militaires qui ne savent pas utiliser ses services. [Le chirurgien -major Kuttinger à M. Bosquenel, chirurgien principal du 11° corps de la Grande Armée, Dresde, 10 mai 1813.)

1 Larrey, Mémoires et campagnes , t. IV, p. 161.

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