LA BATAILLE DE BAUTZEN
réelles en faveur des coalisés n’étaient pas douteuses et à laquelle le rôle d’arbitre avait été dévolu, offrait un armistice. Avant de l’accepter, Napoléon voulait une nouvelle victoire, afin de peser davantage sur les négociations. Il allait la chercher à Bautzen, où la fortune, qui paraissait lui redevenir favorable, la lui donna une seconde fois. Ce fut le 21 mai 1813.
La victoire de Bautzen fut due à la manœuvre exécutée par Ney, qui, sur l’ordre de l’Empereur, tourna la droite de la position des coalisés pendant que Napoléon enfonçait son centre. Les Alliés, se voyant tournés, se mirent en retraite dans le plus grand désordre, ayant dix-huit mille hommes hors de combat. Ici encore le manque de cavalerie empêcha l’Empereur de compléter sa victoire et sauva l’armée ennemie de sa destruction.
Toutes ces actions étaient très meurtrières, et le nombre de blessés si considérable , qu’il était difficile de les hospitaliser dans les délais nécessaires. Dès la veille au soir, Larrey avait bien fait disposer à Bautzen des locaux pour ses ambulances. Mais ceux-ci furent insuffisants, et il se vit obligé de requérir encore toutes les maisons de Bautzen ; il passa la nuit à les faire aménager, avec Fabre, son chirurgien en chef adjoint. Le lendemain 21, laissant celui-ci à Bautzen avec les officiers de santé de réserve, il était sur le champ de bataille à la pointe du jour. Le combat fut très animé.
De plus en plus cette guerre, dont l’enjeu définitif paraissait proche et représentait plus que jamais, d’un côté l’indépendance de l’Allemagne, et de l’autre le maintien de la grandeur et de la suprématie de la France, revêtait un caractère d’extermination. Si du côté des Prussiens et des Russes la lutte était soutenue avec un extrême acharnement , elle était menée par les Français avec une énergie et une intrépidité qui rappellent les grandes et belles journées militaires de la Révolution. « Depuis les campagnes de 1792, 1793 et 1794, dit Larrey, les troupes françaises n’avaient pas montré une telle ardeur. Elles surmontèrent tous les obstacles et rem-
portèrent une victoire signalée qui eut pour résultat la prise des hauteurs de Wurtzchen, la capture d’une quarantaine de pièces de canon, des chariots et des équipages de l’armée ennemie Les coalisés laissèrent peu de prisonniers entre nos mains. Ils préféraient se faire tuer que de se rendre. « Ils ne me laisseront pas un clou , » disait l’Empereur. Mais ils eurent au moins quinze mille morts et abandonnèrent un nombre considérable de blessés sur le terrain. L’armée française eut près de sept mille hommes tués et six mille cinq cents blessés. Parmi ceux-ci étaient les généraux Gérard, Kellermann fils, de Boisserolles, Lejeune, deLorencez, Buquet, Laboissière, Ambrosio (Napolitain) et de Neuffer (Wurtembergeois). Les plus gravement frappés étaient Lorencez et Laboissière. Le premier avait été atteint d’un coup de canon à la cuisse gauche, qui lui avait fracturé le fémur au-dessus de l’articulation, et avait reçu une balle dans la cuisse droite. Un éclat d’obus avait fracturé la jambe du second. Quoiqu’on ait accusé Larrey de pratiquer trop facilement les amputations, il avait trop de coup d’œil pour ne pas discerner les cas où la conservation du membre était possible. Il n’opéra ni l’un ni l’autre de ces généraux, que ses collaborateurs voulaient amputer. Lorencez fut sauvé, mais Laboissière mourut le 15 septembre1 2.
Les grands blessés furent évacués sur Bautzen, où Larrey les pansa avec Fabre. Il pratiqua encore un grand nombre d’amputations, qui en général eurent des suites favorables , et neuf désarticulations de l’épaule , qui furent toutes menées à guérison. Tous les blessés qui purent être évacués après les premiers pansements furent transportés à Dresde par les habitants mêmes de Bautzen et par les cultivateurs des environs dont le dévouement fut admirable. D’après le conseil de Larrey, ils employèrent pour cette évacuation une sorte de brouette fort commode, très en usage dans les pays saxons pour le transport des marchandises. C’était un spectacle
1 Larrey, op. cit., t. IV, p. 63.
2 Larrey, op, cit.