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MORT DU GÉNÉRAL BRUYÈRE

touchant et singulier que de voir hommes, femmes, enfants et vieillards attelés à ces petites voitures et les conduisant avec des ménagements infinis , s’arrêtant pour resserrer un pansement relâché ou pour faire reposer le blessé qu’ils transportaient .

Un assez grand nombre d’opérés furent enlevés par le tétanos. Conformément à la règle, on observa plus particulièrement ce redoutable accident dans les lésions des membres, surtout quand elles étaient compliquées de fractures. Parmi ceux qui en furent atteints, un seul, blessé au pied, échappa à la mort. Il dut son salut à l’amputation de la jambe pratitiquée dès l’invasion des crises tétaniques.

Pendant que le chirurgien en chef de l’armée resté en arrière s’occupait ainsi de ses blessés, il reçut tout d’un coup l’ordre de rejoindre en toute diligence le quartier général. Voici quel était le motif de ce brusque rappel : l’Empereur poursuivait avec sa garde les coalisés qui se retiraient en toute hâte, tout en se défendant avec énergie, tenant tète parfois. Il les menait cependant rondement sur la route de Bautzen à Gœrlitz, marchant en tête de sa cavalerie, et faisant la guerre des avant-postes comme à vingt ans. Il atteignit leur arrière-garde en avant du défilé de Reichembach et lança sur elle Latour-Maubourg avec ses douze mille cavaliers. L’opération fut conduite avec tant de vigueur, que les ennemis furent enfoncés et jonchèrent en un clin d’œil le terrain de morts et de mourants. Mais un officier de grande valeur, le général Bruyère , un des compagnons d’armes de Napoléon et de Larrey en Italie, fut blessé mortellement. Un boulet de canon lui emporta les deux jambes. Bruyère avait été, nous le savons, médecin militaire et avait servi en Italie sous les ordres de Larrey en qualité de chirurgien de première classe. Il avait le goût des armes et peu d’attrait au contraire pour la médecine. Larrey le recommanda à Bonaparte, qui le nomma capitaine. Très brave, très discipliné, très instruit, il devint général de brigade et serait arrivé aux plus hauts grades de l’armée sans le coup fatal qui arrêta sa carrière. Larrey était absent au moment où il fut blessé, et ce fut Ribes qui lui pratiqua la double amputation. Il succomba

le lendemain. Ce triste événement ne devait malheureusement pas être isolé h

Le soir du même jour, Napoléon venait de donner l’ordre de dresser les tentes pour passer la nuit sur les hauteurs de Reichembach. Il voulut, avant de descendre de cheval, reconnaître encore une fois la position des coalisés. Suivi de Caulaincourt, de Mortier, de Duroc et du général du génie Kirgener, beau-frère de celui-ci, il se dirigea vers une éminence voisine. Arrivé sur le tertre, il demanda sa lunette. N’obtenant pas de réponse, il tourna la tête, et, voyant autour de lui des visages consternés, questionna le duc de Vicence. On lui répondit que le grand maréchal était mort. « Duroc, s’écria Napoléon, ce n’est pas possible; il était à mes côtés tout à l’heure. » La nouvelle n’était pas tout à fait exacte ; Duroc n’était pas mort , mais il était mortellement blessé. Yoici ce qui avait eu lieu en l’espace de quelques secondes.

Un boulet lancé à toute volée était venu heurter un arbre auprès duquel l’Empereur et son escorte venaient de passer; l’arbre ayant fait dévier son trajet, il avait ricoché sur le général Kirgener, dont le corps fut traversé de part en part, et blessé Duroc, qui était à ses côtés. On emporta le malheureux maréchal du palais dans une maison de Mackersdorf, village voisin, et on appela auprès de lui Yvan et Ribes, qui ne quittaient pas la maison de l’Empereur. Ils lui donnèrent les premiers soins; mais le duc de Frioul, qui était, comme nous le savons, un ami intime de Larrey, le réclama immédiatement, et on l’envoya chercher en toute hâte.

L’Empereur était, de son côté , accouru auprès de lui. On ne

1 Voici le texte que lui consacre Larrey :

« Bruyère avait servi en Italie sous mes ordres comme chirurgien de lre classe , ' titre que le général en chef Bonaparte échangea sur ma demande avec celui de capitaine. Sa bravoure, sa vivacité, son esprit et son beau physique le firent bientôt monter en grade, et il fut nommé général de brigade, etc. C’est après la bataille de Wurtzchen et de Bautzen que Bruyère eut les deux jambes emportées, et c’est mon ami, le docteur Ribes, qui lui fit la double amputation. C’est la première et dernière opération majeure que ce docteur ait pratiquée aux champs de bataille où il s’était trouvé. Cette dernière fut malheureuse. » (Larrey, Note inédite.)

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