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L’ARMÉE FRANÇAISE EN SILÉSIE

elle ne serait pins aujourd’hui tout à fait au-dessus des ressources de l’art, et le nettoyage antiseptique de l’intestin, sa suture, un pansement méthodique auraient peut-être permis d’espérer la guérison. Mais en 1813 on n’en était pas là, et le cas de Duroc était de ceux que l’on considérait et que l’on considéra longtemps comme absolument mortels. S’étant rendu compte de son impuissance, le chirurgien imbiba d’opium l’appareil pour atténuer les souffrances du blessé et le remit tristement en place. Peu d’heures après, il recevait son dernier soupir. Il était cinq heures du matin.

Le chagrin de Larrey fut immense. Les trois meilleurs amis de sa vie avaient été Desaix, Lannes et Duroc, et voilà que la mort de celui-ci lui enlevait le dernier qui lui restait, le seul qui survécût des compagnons de ses belles années de jeunesse. Il envoya prévenir l’Empereur, qui avait passé la nuit debout, en proie à ses tristes réflexions. « Enfin il ne souffre plus, dit-il, il est plus heureux que moi1. »

Le lendemain, 23 mai, l’Empereur reprit la poursuite des armées alliées. Il pénétra après elles en Silésie par Gœrlitz et Haynau, où la division Maison eut une surprise fâcheuse qui donna à Larrey trois cent soixante blessés à soigner. Glogau fut débloqué, et on entra à Breslau le 1er juin. La Silésie était de nouveau conquise2. La situation des Alliés était des plus critiques, et, de l’aveu même de Barclay de Tolly, ils devaient sortir anéantis d’une nou-

1 L’Empereur acheta la maison où était mort Duroc et ordonna qu’une inscription commémorative rappelant sa mort y serait placée :

« Ici, le général Duroc, grand maréchal du palais de l’Empereur Napoléon, frappé d’un boulet, est mort dans les bras de l’Empereur, son ami. »

Les fonds , remis par l’Empereur au pasteur du village , furent saisis entre ses mains en avril 1814, sur l’ordre du prince Repnin, probablement le même prince fait prisonnier à Austerlitz par Rapp , auquel Napoléon accorda si généreusement sa liberté.

2 En revenant de Russie, l’Empereur avait dit à l’abbé de Pradt, à Varsovie :

« Je vais chercher trois cent mille hommes. Le succès rendra les Russes audacieux. Je leur livrerai deux batailles entre l’Elbe et l’Oder, et dans six mois je serai encore sur le Niémen. »

Ceci se passait au mois de décembre, et au mois de juin il avait livré les deux batailles annoncées, et ses avant-gardes entraient à Breslau. Il est probable que sans l’armistice il eût en effet rejeté encore une fois les Russes au delà du Niémen.

velle rencontre avec l’armée française. Napoléon les sauva lui -même et décida sa propre perte en acceptant ce célèbre et désastreux armistice de Plesswitz proposé par l’Autriche, qui a été considéré comme une de ses plus grandes fautes politiques et militaires1. Il fut signé le 4 juin. L’Empereur et le quartier général retournèrent immédiatement à Dresde. On rapporte que Napoléon, jetant en partant un dernier regard sur la position qu’il abandonnait , dit a ceux qui 1 entouraient : « Si les Alliés ne veulent pas de bonne foi la paix, cet armistice peut nous devenir fatal2. »

Pendant que Napoléon, à Dresde, travaillait fiévreusement à compléter son armée et suivait les négociations ouvertes en faveur de la paix avec l’évidente arrière-pensée de ne pas accepter les propositions qui lui étaient faites3, Larrey s occupait de l’installation de ses blessés et achevait 1 évacuation sur la capitale de la Saxe de ceux qui étaient restés sur la ligne de l’armée. Après avoir installé ses malades et organisé ses services, il rechercha, selon son habitude , les blessés ennemis qui ont pu rester à Dresde, car il sait par une

1 Larrey blâme l’armistice de Plesswitz, « qui fut, dit-il, une des plus grandes fautes de Napoléon. » Il représente qu’il était facile de repousser les Alliés jusqu’au delà de l’Oder et de reprendre les garnisons qui avaient été laissées dans les places fortes. Ces garnisons , composées de troupes excellentes , auraient remplacé, et au delà, les pertes faites à Lutzen et à Bautzen. (Larrey, op. cit., t. IV, p. 167.)

L’Empereur reconnut plus tard la faute qu’il avait commise : « J’eus tort de « consentir à l’armistice, disait- il à Sainte - Hélène , car, si j’eusse continué en « avant comme je le pouvais, l’empereur, mon beau-père, n’aurait pas pu partir « contre moi. » (O’Meara, t. II, p. 172.)

2 Fain, Manuscrit de 1813, t. I, p. 448.

3 Ces propositions , très acceptables , rendaient à la France ses colonies et lui garantissaient ses possessions en deçà du Rhin et des Alpes, et la haute Italie; mais elles lui enlevaient l’Espagne, le grand-duché de Varsovie, Naples, les Provinces illyriennes, Dantzig, Hambourg, Lubeck et le protectorat de la Confédération du Rhin.

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