RAPPORT SUR LES BLESSÉS DE LA CAMPAGNE
Dans ses projets successifs de réforme de la médecine militaire, Larrey réclama l’autonomie du service de santé, qui aurait été un corps comme celui du génie, et l’établissement dans l’Empire de cinq écoles de chirurgie militaire. Il a tracé à ce moment, à grands traits, le tableau des réformes qui ont été avec quelques modifications exécutées seulement de nos jours. La chute de l’Empire, qui devait suivre de si près la campagne de 1813, ne permit pas, en effet, à Napoléon de réaliser les vues du chirurgien en chef de sa Grande Armée; mais celles-ci restèrent, depuis ce moment, le programme invariable des chirurgiens et des médecins militaires.
On arrivait, cependant, au commencement d’août; l’armistice touchait à sa fin, et Larrey, qui ne se faisait aucune illusion sur l’issue des négociations de Prague1 et même sur le dénouement de la campagne, comprit que les hostilités allaient recommencer, quand il fut invité par l’Empereur à lui remettre l’état de situation des hôpitaux. Il lui apporta ce rapport le 4 août 1813. Ce document, dans lequel il énonçait que sur vingt-huit mille blessés2, neuf mille sept cents avaient déjà repris ou étaient en état de reprendre leur service, lui valut de chaleureux éloges. C’était, en effet, vu les circonstances, un très beau résultat que d’avoir remis en activité, en aussi peu de temps, un nombre aussi considérable de blessés. Pour lui donner une nouvelle preuve de sa satisfaction, l’Empereur lui accorda toutes les décorations qu’il demandait pour ses chirurgiens et le nomma lui -même
1 R écrivait à sa femme de Dresde, peu de temps après la conclusion de l’armistice :
« Nos espérances de paix s’évanouissent. Si cela recommence, Dieu sait quand cela finira et comment cela finira. » (Dresde, juin 1813. Mss. B. N.)
2 Dans ce rapport, Larrey établissait de cette façon l’état de la situation : « Du 1er mai 1813 au 1er juin suivant, les combats avec les coalisés donnèrent vingthuit mille blessés. Sur ces vingt -huit mille hommes, six mille sept cent trois étaient rentrés dans leurs corps respectifs ; quatre mille vingt- sept jugés à l’état d’invalidité relative ; trois mille cinq cent cinquante - quatre à l’état d’invalidité absolue ; deux mille quatre cent seize étaient morts des suites de leurs blessures. » Il estimait que sur sept mille neuf cent seize restants, près de trois mille étaient rentrés dans les régiments. Les autres, invalides, relatifs ou absolus, étaient rentrés en France. ( Larrey à l’Empereur, Dresde, le 4 août 1813. Ms. cit.)
enfin, — Heurteloup étant venu à mourir, — son chirurgien consultant, poste auquel nous savons qu’il tenait beaucoup, et qu’il attendait depuis 1809. Jamais la faveur de Larrey n’avait été plus haute. C’était, malheureusement pour les grands services qu’il aurait pu rendre au corps de santé, l’heure où la fortune de son maître allait décliner.
Le 11 août, l’armistice fut rompu et l’adhésion de l’Autriche à la coalition signifiée à l’Empereur. Les hostilités ne devaient commencer que le 17; mais les alliés, inaugurant le mépris des traités et du droit des gens qui devait, de leur côté, caractériser la campagne , mirent leurs troupes en mouvement le 14.
L’armée française se composait de trois cent quatre-vingt mille hommes, répartis en quinze corps d’infanterie et cinq de cavalerie. Les premiers étaient commandés par Vandamme, Victor, Ney, Bertrand, Lauriston, Marmont, Reynier, Poniatowski, Augereau, Rapp, Macdonald, Oudinot, Davout et Saint-Cyr. Latour-Maubourg, Sébastiani, Arrighi, Kellermann, Milhaud et Nansouty étaient à la tête de la cavalerie. Murat commandait la garde sous les ordres de l’Empereur; Dumas était intendant général; Larrey et Des Genettes conservaient la direction du service de santé.
L’armée coalisée, avec ses deux cent vingt- cinq mille hommes de réserve, atteignait le chiffre énorme de huit cent mille combattants, dont cent mille cavaliers. Elle avait quinze cents bouches à feu. On voit dans quelles effrayantes disproportions s’engageait la lutte. Mais tels étaient le prestige et le génie du grand capitaine qui commandait l’armée française, telle était la valeur de ses troupes^ la confiance en lui dont elles étaient animées, que le résultat n’eût pas été un seul moment douteux sans les graves fautes et le