‹ Napoléon et LarreyChapitre 229 sur 319 · JOMINI ET MOREAU · texte numérisé non relu

JOMINI ET MOREAU

manque d’entente des différents généraux français, la trahison de quelques-uns d’entre eux, la défection de nos alliés et la violation des capitulations par les coalisés. Il fallut que ces conditions multiples s’ajoutassent au nombre, pour que Napoléon pût être écrasé.

Dès le début, Jomini, qui devait écrire son histoire, — Suisse entré au service de la France, mais fait officier français et chef d’état-major de Ney, — jouissant de la confiance de ce maréchal, déserta emportant, dit -on, au camp ennemi les états de situation de l’armée et les notes relatives au plan de campagne1. Moreau, oubliant ce qu’il devait à sa patrie et à sa gloire militaire, l’avait précédé, et un autre Français, ancien maréchal de France, le prince royal de Suède, Bernadotte, se trouvait déjà dans leurs rangs à la tête d’un corps d’armée; c’est lui qui donnera aux coalisés ce conseil qui vaudra une armée, d’isoler Napoléon pour assaillir ses lieutenants2.

*La campagne s’ouvrit sous ces auspices.

1 II était parti l’avant -veille de l’armistice, et arriva le même jour au quartier général de l’empereur de Russie. Parmi les généraux qui se trouvaient autour d’Alexandre était le général Moreau, que l’empereur nomma à Jomini. Celui-ci ne dit pas un mot et se plaça , avec une affectation qui fut remarquée , loin du général. Le lendemain, Alexandre demanda la raison de cette attitude :

« Si j’étais né Français, sire, répondit Jomini, je ne serais pas aujourd’hui comme lui dans le camp de Votre Majesté ! »

Il semble bien que Jomini s’abusait un peu sur sa propre situation. Quoique son cas ne fût pas aussi grave que celui de Moreau, il n’en était pas moins, quoique Suisse, officier français, et par conséquent déserteur et traître lui-même au pays et à l’armée qui l’avaient accueilli. La plupart des historiens furent cependant indulgents à Jomini, qui avait eu à souffrir de Berthier. Mais, dans les armées contemporaines, un acte comme le sien ne serait pas un moment discuté. Sa désertion fut un grand malheur pour l’armée française, car au courant du caractère et des habitudes de Napoléon et de ses généraux, — stratégiste remarquable lui -même, — il rendit d’immenses services aux armées coalisées, et contribua avec Moreau à les empêcher de commettre des fautes qui les auraient perdus.

2 Pendant l’armistice, Bernadotte étant venu parader devant Stettin , commandée par le brave Dufresse, affectait de passer des revues de l’armée du siège, un boulet de canon fut tiré sur lui du haut des remparts et siffla à ses oreilles. Bulow, qui commandait les troupes d’investissement, se plaignit de cette infraction à l’armistice.

« Ce n'est rien, répondit froidement Dufresse, c’est une affaire de police; un déserteur français a été signalé, la grand’garde a tiré. »

La première opération de guerre de Bernadotte fut de mettre la main sur les dotations appartenant, en Poméranie, à ses anciens compagnons d’armes, Soult, Marmont, Gudin, Boudct, Morand, Andréossi, Larrey, etc.

Les débuts furent marqués par la marche de l’Empereur sur la Bohême et les combats qu il livra à Blücher aux environs de Lœwemberg les 21 , 22 et 23 août. Les alliés perdirent huit mille hommes et se retirèrent derrière la Katzbach. L’armée française eut plus de cinq mille tués et treize cent quarante blessés, parmi lesquels le général Peyne, atteint d’une blessure grave au genou. Comme toujours, les caissons d’ambulance n’étaient pas arrivés, et si Larrey n’eût pas pris l’habitude, qu’il avait conservée, — même pendant la retraite de Russie, — d’avoir ses instruments avec lui et d’obliger ses collaborateurs à adopter les mêmes précautions, il eût été dans le plus pénible embarras. Il évacua ses blessés sur Gœrlitz1. Mais Napoléon, qui s’apprêtait à accentuer son attaque et à compléter la défaite de Blücher, apprit que Dresde était menacée par la grande armée des coalisés forte de deux cent mille hommes, commandés par le prince de Schwarzenberg. Il laissa soixante-quinze mille hommes à Macdonald et se porta sur la Saxe avec la garde, la cavalerie de Latour-Maubourg et les divisions d’infanterie de Ney. Déjà les alliés assiégeaient Saint -Cyr, qui s’était jeté dans Dresde avec dix-sept mille hommes. Le 26 août, l’Empereur entra dans cette ville, et livra le même jour et le lendemain 27 la bataille de Dresde, qui fut une de ses plus brillantes victoires et un des derniers sourires que lui adressa la fortune.

Le gain de la bataille fut du aux belles combinaisons de l’Empereur et à la façon dont il sut se servir de l’artillerie, car la pluie empêcha les deux armées d’utiliser leurs fusils. Mais Murat, qui reparaissait pour la première fois sur le champ de bataille depuis la campagne de Russie, y contribua puissamment. Jamais cet extraordinaire homme de guerre, qui déroute toute psychologie, dont l’intrépidité sur le terrain ne fut égalée que par sa faiblesse dans la vie politique et qui allait, pour conserver §on précaire royaume de Naples, trahir à son tour son souverain et son pays, n’apparut si brillant, si chevaleresque, si vraiment héroïque.

1 Larrey, Corresp. offic. Rapport à Daru, Lœwemberg, 22 août 1813. Ms. cit

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