‹ Napoléon et LarreyChapitre 233 sur 319 · DÉFAITES DES LIEUTENANTS DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

DÉFAITES DES LIEUTENANTS DE NAPOLÉON

qui marchait sur Berlin, s’était fait battre par Bernadotte à Gross-Beeren. Ney, qui lui succéda, ne fut pas plus heureux à Dennewitz, grâce à une panique qui saisit les soldats, et Macdonald, que Napoléon avait laissé sur la Ivatzbach avec plusieurs corps d’armée, avait été défait par Blücher. Ainsi se vérifiait l’excellence du conseil donné aux alliés par Bernadotte, Moreau et Jomini, d’éviter Napoléon et s’attaquer pour le battre à ses lieutenants.

La vérité est que la campagne de 1813 fut perdue par la faute des maréchaux. Ils devaient compléter leur œuvre en détournant l’Empereur de s’avancer sur Berlin , que Bernadotte et Blücher avaient découvert1, et en lui conseillant la fatale marche sur Leipzig qui devait avoir de si désastreuses conséquences, mais qui pour le moment donnait satisfaction à leurs désirs les plus vifs en remettant l’armée sur la route de France 2. C’est à Duben où l’Empereur, qui avait quitté Dresde le 7 octobre, laissant dans la place Gouvion-Saint- Cyr avec trente mille hommes, qu’après deux jours de mortelles hésitations fut prise cette décision qui décida du sort de l’Empire. Napoléon avait espéré atteindre Blücher sur la Mulda et le battre. Mais celui-ci s’était dérobé en repassant la rivière. A cette déception vinrent s’ajouter l’écroulement du royaume de Westphalie et la défection de la Bavière,

« — Voilà la guerre, dit- il à Bassano. Vous venez d’entendre : bien haut le matin et bien bas le soir.

« Du triomphe à la chute il n’est souvent qu’un pas. »

« Puis, devenu pensif, il se pencha tristement sur sa carte et on l’entendit, avec surprise , répéter ces vers qui revenaient à sa mémoire pendant sa rêverie :

« J’ai servi , commandé , vaincu quarante années ;

Du monde , entre mes mains , j’ai vu les destinées ;

Et j’ai toujours connu qu’en chaque événement

Le destin des États dépendait d’un moment! »

(Fain, Manuscrit de 1813, t. II, p. 320.)

’ Blücher et Bernadotte, en se retirant derrière la Saale, avaient découvert Berlin.

2 Pendant un des nombreux combats qui eurent lieu à cette époque autour de Dresde, les hussards atteignirent, le 10 septembre, dans la vallée de Tœplitz, l’arrière-garde prussienne et firent prisonnier le fils de Blücher. Il était blessé et fut amené aux ambulances de Larrey, qui lui prodigua ses soins. Le père paya, on le verra, la dette de son fils par son humanité vis-à-vis de Larrey à Waterloo.

signal de toutes les autres défections qui allaient suivre. Le mouvement sur Berlin fut abandonné, et la marche sur Leipzig fut résolue b

L’Empereur arriva à Leipzig avec le quartier général le 15 octobre au matin. Déjà ses troupes, qui l’avaient précédé, étaient concentrées autour de la ville, pendant que de tous côtés convergeaient les forces ennemies manœuvrant pour former un immense cercle et lui couper la retraite. L’armée française se composait, en y comprenant les troupes alliées encore présentes sous les drapeaux, de cent cinquante -sept mille hommes; elle ne comptait que vingt-neuf mille cavaliers. L’armée des coalisés disposait de trois cent cinquante mille combattants, dont cinquante-quatre mille cavaliers. C’est dans ces conditions inégales que s’engagea le 16 octobre la bataille qui allait fixer le sort de l’Europe. Elle dura deux jours.

La journée du 16, — la bataille de Wachau, — fut glorieuse pour nos armes, mais resta indécise, quoiqu’elle fût à l’avantage des Français, qui gardèrent leurs positions et

1 Larrey attribue une grande influence à la démarche que fit à ce moment l’état- major pour obtenir de Napoléon l’abandon de la marche sur Berlin. Thiers écrit au contraire que la décision de Napoléon fut dictée par les événements, et qu’il se porta sur Leipzig pour rester interposé entre l’armée de Bohême et les armées de Silésie et du Nord, et qu’il ne pouvait obtenir ce résultat qu’en se dirigeant sur cette ville avant que Blücher y fût arrivé. Thiers entendit évidemment les maréchaux survivants qui avaient un intérêt historique à se disculper. Larrey, présent au quartier général , donne une note plus désintéressée.

Le plan primitif de l’Empereur était de retirer l’armée française derrière la barrière de l’Elbe, de manœuvrer entre Hambourg et Dresde, de rançonner Berlin, de dégager toutes les garnisons des places fortes et de saisir la première occasion pour repasser l’Elbe. C’est contre ce plan vigoureux et qui eût sauvé l’armée que s’élevèrent les maréchaux et les généraux de premier rang.

« Ils eussent, dit Napoléon à Sainte-Hélène, acheté la paix à tout prix. »

Ils exploitèrent les événements de Westphalie et la défection de la Bavière, et finirent par obtenir de la faiblesse de Napoléon la funeste marche sur Leipzig.

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