LA BATAILLE DE LEIPZIG
conquirent leur route de retraite en s’emparant des ponts de Lindenau et de la route d’Erfurt. Le lendemain 17 fut consacré par les coalisés à compléter leurs forces en ralliant à eux cent vingt mille hommes avec Bernadotte , Benningsen et Colloredo. Napoléon, qui se flattait d’obtenir un armistice, et qui aurait pu opérer une glorieuse et sage retraite , resta ce jour-là dans une fatale inaction.
Le 18 vit la perte de la bataille. Malgré la vaillance de l’armée, l’inégalité du nombre, — elle combattait dans la proportion de un contre trois, — la défection des Saxons qu’elle comptait dans ses rangs1, et enfin, le soir venu, le manque de munitions, obligèrent l’Empereur à prescrire la retraite. Elle eut lieu dans de déplorables conditions. En incendiant les faubourgs de Leipzig, comme le demandaient quelques généraux, on eût donné le temps aux troupes de se retirer en sécurité. Par un sentiment exagéré d’humanité, Napoléon se refusa à sacrifier une ville allemande que l’ennemi ne tarda pas à forcer, et la retraite eut lieu au milieu d’une vraie bataille des rues. L’arrière -garde chargée de protéger le départ de l’armée, — exaspérée par cette attaque, par la défection des Alliés, par le sentiment d’une défaite imméritée, — défendait le terrain pied à pied, faisant subir de grandes pertes aux assaillants , quand la retraite lui fut coupée à ellemême par l’explosion du pont de l’Elster, seule voie par laquelle elle pouvait l’opérer. Miné à l’avance, un ordre mal exécuté détruisit ce pont avant le passage de l’arrière-garde.
1 Bernadotte, qui avait commandé les Saxons à Wagram, et qui les avait indignement flattés en leur attribuant la victoire, — alors que leur mollesse avait été au contraire très remarquée, — s’était chargé de les embaucher, et leur adressa une proclamation leur conseillant d’abandonner les aigles de l’Empire. Ce fut le général saxon Thielman, — transfuge qui avait passé à la Russie, — qui fit répandre parmi eux, à des milliers d’exemplaires, la proclamation de l’ancien maréchal de France.
Elle eut le plus entier succès, et dès le 27 septembre un bataillon entier de Saxons avait inauguré la défection générale en passant dans le camp de Bernadotte.
Le 18 octobre, à Leipzig, les Saxons, commandés par Reynier, faisaient face aux Suédois, commandés par Bernadotte. Ce fut encore dans les rangs du prince de Suède qu’ils furent prendre place. L’artillerie de Bernadotte n’étant pas arrivée, il les pria de faire, en attendant, usage contre les Français de leur artillerie. (Bernadotte, Bulletin de Leipzig.)
Ce désastreux événement équivalait à la perte d’une nouvelle bataille. Poniatowski , Victor, Lauriston, Macdonald, Reynier, avec plus de vingt mille soldats et deux cent cinquante bouches à feu , restèrent de l’autre côté de Leipzig, au milieu de deux cent mille ennemis, dont ils complétaient d’une façon inespérée le triomphe. Poniatowski, — qui s’était conduit en héros pendant la bataille et que l’Empereur avait fait maréchal de France, — et Macdonald, ne voulant pas rester entre les mains de l’ennemi, se jetèrent dans l’Elster. Le premier se noya et le second put arriver sur l’autre rive, où des soldats l’aidèrent à remonter sur la berge. Victor, Lauriston et Reynier furent capturés. Quelques milliers d’hommes parvinrent à s’échapper, les autres furent faits prisonniers ou massacrés dans les rues ou les maisons.
Voyons maintenant quel fut le rôle de Larrey. Arrivé à Leipzig le 15, avec le quartier général, il visita les hôpitaux et donna les instructions nécessaires pour la bataille du lendemain. Il passa ensuite la nuit au quartier général à faire préparer ses appareils pour les premiers pansements des blessés. Au matin, il parcourut la ligne de bataille pour placer ses ambulances; il établit celle du quartier général à Tomberg. La bataille s’étant engagée de bonne heure avec une extraordinaire violence des deux côtés, il y eut de suite un grand nombre de blessés. Il s’éleva pour la journée du 16 seulement à cinq mille cinq cents, dont un sixième atteint par l’artillerie dut subir de graves opérations b Larrey, qui était loin d’avoir la même confiance qu’autrefois dans le résultat de la bataille et qui voulait laisser, — au cas où les événements tourneraient mal, — le moins de blessés possible dans les mains de l’ennemi, faisait immédiatement après leur pansement diriger sur Mayence tous les opérés qui pouvaient se tenir à cheval ou en voiture. 11 en est qui partirent à pied1 2.
Les généraux Pajol, Ferrières et d’Amville furent tués.
1 Larrey à l’Empereur . Rapport sur les journées du 16 et 18 oct., Mayence, 80 oct. 1813. Ms. cit.
2 Mémoires et campagnes , t. IV, p. 44.