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LES GÉNÉRAUX BLESSÉS A LEIPSIG

Onze aulres furent blessés, parmi lesquels le maréchal Marmont et les généraux Camas et Latour-Maubourg. Marmont n’avait qu’une blessure légère, mais Filhol de Camas et Latour-Maubourg étaient gravement atteints. Tous deux furent opérés par Larrey. Le premier avait le mollet emporté par un boulet. Larrey put éviter l’amputation et le guérit sans qu’il survînt aucun accident. L’état du second était autrement grave. Le général Latour-Maubourg avait été grièvement blessé par un boulet au cours de la grande charge de cavalerie qui faillit enfoncer le centre de l’armée alliée. On le transporta à une petite distance du lieu où se passait la charge, et on appela Larrey. Celui-ci traversa le champ de bataille comme à la Moskova, au milieu d’une grêle de projectiles. 11 trouva Latour-Maubourg derrière la grande batterie de la garde , que Drouot maintenait inébranlable en face des coalisés. Il avait reçu un coup de biscaïen au genou gauche, l’articulation était ouverte, les condyles fracturées; l’amputation s’imposait. Larrey la pratiqua immédiatement et évacua le général sur Leipsig, et de là sur Mayence, où il arriva en bon état.

Les autres grands blessés de cette journée furent les généraux Compans, Lefol, Maison, Mesnard, Meunier, Saint-André, Gros et Laferrière-Levêque. Le fils du général Baraguayd’Hilliers, jeune officier âgé de dix-huit ans, qui devait devenir maréchal de France sous le deuxième Empire et commander la 9e région militaire, eut le poignet emporté et fut opéré par Larrey. Celui-ci passa avec ses chirurgiens la journée du 17 et la nuit suivante à panser et à opérer les blessés sans prendre un moment de repos, et la matinée du 18 le retrouva à son ambulance du quartier général. Il fallait qu’il eût réellement un tempérament de fer pour résister à de semblables fatigues1. L’Empereur était le seul dans

i « M. Legret, capitaine de cuirassiers en retraite, a vu mon père à Leipsig, pansant les blessés dans une grange, éclaboussé par la terre que venaient projeter sur lui les boulets de canon, et continuant avec le plus grand calme ses opérations de chirurgie.

« L’Empereur, survenu dans le même moment, ne put s’empêcher d’ètre ému. » (liippolyte Larrey, Fiche.)

l’armée qui offrit le même degré de résistance que lui, et pût passer les nuits à travailler et les journées sur le champ de bataille. Mais il avait la singulière faculté, qui était en même temps une obligation impérieuse, de se livrer au sommeil quel que fût l’endroit où il se trouvait, même sur le terrain du combat. Larrey ne possédait pas ce privilège et n’était pas soumis, en revanche, à cette obligation invincible du repos.

La bataille du 18 fut encore plus meurtrière que celle du 16; les pertes furent si considérables, qu’on a renoncé à les établir exactement, et on n’a pu les conjecturer qu’en constatant ce qui restait d’hommes valides dans les armées belligérantes. On suppose que pendant les journées des 16, 18 et 19 octobre, les coalisés perdirent près de trente mille hommes et les Français vingt mille1. Larrey dit que, pour la première fois de sa vie, il n’a pu déterminer l’état numérique des blessés. Toutefois, comme il fallait des chiffres à l’Empereur, il lui en accusa dans son rapport trois mille cinq cents, dont deux cent treize appartenant à la garde2. Ce chiffre paraît atténué, et encore n’est -il pas question dans ce rapport des blessés de l’arrière-garde, abandonnés à Leipzig, dont on n’a jamais connu le nombre3. La quantité de généraux tués ou blessés est infiniment supérieure à celle des autres batailles de l’Empire, même à celle de Wagram et de la Moskova, et démontre l’acharnement avec lequel les Français disputèrent la victoire. Les généraux Aubry, Camus de Richemont, Rochambeau , Vial, Frederichs, furent tués; mais il y en eut vingt-huit de blessés, parmi lesquels Poniatowski, Gérard, Belliard, Sebastiani, Souham4 et Cœhorn, célèbre dans l’armée par sa merveilleuse

1 Thiers, op. cit., t. XVI, p. 605.

2 Larrey à l’Empereur, Mayence, 30 nov. 1813. Ms. cit.

3 II n’est pas question non plus des malades et des blessés intransportables qui se trouvaient dans les hôpitaux de Leipsig, et qui atteignaient le chiffre moyen de vingt mille.

4 Voici l’état des généraux qui furent blessés le 18 octobre : Belliard , Compans (pour la deuxième fois) , Gérard, Charbonnel, Souham, Sebastiani, Ledru des Essarts, Cœhorn (blessés à mort), d’Estko (blessé à mort), Pellegrin, Marais, Montélegier, Pelleport, Pouchelon, Conloumy, Sopranzi, Aymard, Baillod, Mongenet,

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