RETRAITE DE L’ARMÉE SUR ERFURT
intrépidité, et qui était frappé à mort. La néfaste journée du 19 coûta la vie aux généraux Rochambeau , Poniatowski , Dumoustier, ces deux derniers noyés dans l’Elster. Il y eut encore six généraux blessés : Valory, Bertrand, Brayer, Mandeville, Laffitte et Brun. Larrey fit évacuer tous les blessés qu’il put transporter, entre autres Latour-Maubourg, dont la cure difficile le préoccupait spécialement, et dont le sort intéressait beaucoup l’Empereur1. Selon son habitude, il recommanda ceux qu’il ne pouvait emmener aux chirurgiens en chef des armées coalisées. On n’eut pas le temps de faire partir son matériel d’ambulance, qui resta à Leipzig.
Nous avons vu que Des Genettes avait de nouveau été fait prisonnier. Cette fois -ci, Larrey devait s’abstenir de toute démarche pour le faire remettre en liberté. Il n’avait pas oublié que ce difficile collègue l’avait mal récompensé de la peine qu’il avait prise quand il fut capturé à Wilna pendant la retraite de Russie, alors qu’il attribua sa liberté non aux réclamations que Larrey avait suscitées, — il allait jusqu’à se plaindre même de ces démarches, — mais à la considération personnelle dont il jouissait auprès de l’empereur Alexandre. Il l’abandonna cette fois à ses propres ressources et à la protection de ce souverain 2.
L’armée opéra sa retraite dans le plus grand ordre sur Erfurt, où elle arriva le 22. C’est à Erfurt que Murat, qui déjà négociait sa défection, la quitta pour rentrer dans son royaume de Naples. Ayant réorganisé son artillerie dans
Coetlosquet, Bessières, Tolinski, Choisy, d’Haugeranville , Bony, Bronikowski, Sierowski, Gruyer, Pelletier de Montmarie (blessé à mort).
1 « J’ai opéré le général Latour-Maubourg dans un moment bien critique... Je lui ai d’abord sauvé la vie et l’ai ensuite conservé à son pays, à sa famille et à sa fortune. Sans moi il restait à Leipsig, et juge quel eût été son sort : quelques minutes après son départ la ville a été criblée d’obus, de boulets et de mitraille... Il est en voie de guérison. ■> (Corresp. privée, Lettre à Mme Larrey, Mayence, 7 nov. 1813.)
2 « Quant à Des Genettes, je t’avoue que je n’ai pas voulu faire de démarches comme la première fois, où je fus payé de mes soins et de mes sollicitudes par des propos calomnieux et des sottises. Je l’abandonne à la grâce de Dieu... Il est à portée de se réclamer de l’empereur Alexandre, dont il se dit très aimé. » (Corresp. privée, Larrey à Mme Larrey, Mayence, 7 nov. 1813.)
cette place, Napoléon en sortit le 28 octobre et se dirigea sur Hanau, où il arriva le 29 au soir. Cinquante mille Austro- Bavarois commandés par le général de Wrède, qui avait combattu dix ans sous le drapeau français et qui avait été comblé par Napoléon de titres et de dotations, l’y attendaient pour lui couper la retraite sur le Rhin. Ce n’est pas de Wrède dont il disait : « J’ai pu le faire comte, mais non général, » qui pouvait l’arrêter. Quoiqu’il n’eût avec lui qu’une fraction de ses forces, dix mille hommes environ, — il est vrai que c’était sa garde, — l’Empereur engagea la bataille. Les soldats français, exaspérés par la trahison des Bavarois, combattirent avec une violence inouïe. Malgré sa supériorité numérique, l’armée bavaroise fut enfoncée et couvrit le terrain de ses morts. Cette journée du 30 octobre, où dix mille Français combattirent contre cinquante mille ennemis , coûta aux coalisés six mille hommes tués ou blessés et quatre mille prisonniers. Le général de Wrède fut gravement blessé. La petite armée française perdit près de deux mille hommes et eut mille à onze cents blessés, dont la moitié fut fournie par la garde impériale.
Le champ de bataille était éloigné de toute habitation, et on n’avait aucune tente pour abriter les blessés, car tout le matériel hospitalier avait été capturé à Leipzig ; on fut obligé d’installer les ambulances en plein air, sur un sol humide et sablonneux et par un temps froid et brumeux. La nuit fut très pénible pour les blessés ; Larrey la passa avec ses chirurgiens de la garde à les panser et à les opérer. Heureusement, nous le savons, ses instruments ne le quittaient pas; ils étaient toujours fixés à l’arçon de sa selle. Quant au linge, on le prit encore dans les sacs des soldats.
A la bataille de Hanau furent blessés les généraux Nansouty et Lejeune, qui avaient déjà été mis hors de combat à la Moskova, le brave Pacthod, Martel, Hulot et l’Italien Moroni. Larrey raconte l’histoire dramatique d’un officier de la garde nommé Rebsomen, beau-frère du général Gros, qui fut apporté à l’ambulance par son propre père, capitaine dans le même