‹ Napoléon et LarreyChapitre 243 sur 319 · CHAMPAUBERT ET M 0 N T M I R A 1 L · texte numérisé non relu

CHAMPAUBERT ET M 0 N T M I R A 1 L

Les coalisés eurent huit à neuf mille hommes hors de combat. Napoléon opéra en bon ordre sa retraite sur Troyes.

Larrey avait à s’occuper du sort de mille blessés. L’insuffisance des voitures de transport le força d’en abandonner deux cents à La Rothière. Il les réunit dans l’église et l’hôpital, les recommanda aux sœurs de cet établissement et leur remit pour les aider à les soigner une somme de cinquante louis que lui avait donnée l’Empereur. Il évacua les autres sur Troyes; il en hospitalisa une partie dans les établissements de cette ville et dispersa l’autre partie. Personne ne possédait mieux que lui la science de l’évacuation des blessés et ne savait aussi bien se servir des divers moyens de transport, entre autres, des voies fluviales, que nous n’avons pas su utiliser en 1870. Il envoya les blessés, de Nogent à Melun, par eau; puis, par terre, de Melun à Orléans. A partir de cette ville, il fit disposer des dépôts sur toutes les stations de la Loire, à Orléans, Rlois, Amboise et Tours. Les blessés descendirent la Loire et furent répartis dans chacun de ces dépôts1. Nous n’aurions pas mieux fait aujourd’hui en semblable circonstance.

A Troyes, l’Empereur trouve la vieille garde, réorganise son armée, la fait reposer et repart le 6 février. Tout le monde autour de lui, dit Larrey, est en proie à de mortelles inquiétudes. L’état-major est dans la stupeur, l’armée n’a pas de vivres, les conscrits désertent en masse, les habitants sont froids et hostiles, et déjà les Alliés considèrent la campagne comme terminée. A ce moment même, on apprend la défection de Murat. C’est dans ces circonstances que Napoléon se montre vraiment grand ; seul, il paraît plein de confiance, et on le croirait à la tête d’une armée de trois cent mille hommes. Il marche sur Nogent, détruit le 9 le corps russe d’Olsufjerd à Champaubert2, défait à Montmirail Sacken et

1 Larrey, Corresp. offœ., Lettre à Baraduc, administrateur des hôpitaux, Troyes , le 3 février 1814. Ms. cit. — Lettre au général Belliard , 4 février 1814. Ms. cit.

2 Ce n’est pas encore grâce au concours de ses lieutenants que Napoléon surprit l’ennemi. L’armée prussienne est sur la route de Montereau et s'avance en pleine confiance à travers la Champagne. L’Empereur est avec l’armée à Nogent. Il n’y a aucune route entre Nogent et Montmirail, qui sont séparés par

Yorck, les lieutenants de Blücher, leur faisant perdre quatre mille hommes; recommence le 12 et leur tue encore ou leur prend deux mille hommes.

Le 14 février, c’est le tour de Blücher; il l’attaque à Vauchamps, avec Marmont et la garde. Le chef prussien se met en retraite et recale lentement. Il le fait charger par la cavalerie de Grouchy, qui enfonce et sabre ses carrés. L’armée prussienne perd six mille hommes. Blücher et le prince de Prusse sont vingt fois sur le point d’être pris ou tués. Obligé d’abandonner Blücher pour couvrir la route de Paris, Napoléon fait tête du côté de l’armée de Bohême, qui se dirige sur la capitale. Il l’atteint à Guigne le 16 février, la bat à Mormans le 17 et à Montereau le 18. L’élan des troupes fut irrésistible.

« A peine, dit Larrey, nos avant-gardes, composées de dragons venus d’Espagne, eurent- elles reconnu les colonnes autrichiennes qu’elles fondirent sur elles comme la foudre. Jamais attaque n’avait été plus vigoureuse. Il n’y eut presque point de résistance. La charge des dragons rompit en un clin d’œil les carrés de l’infanterie et les culbuta avec de grandes pertes. Les dragons revenus d’Espagne depuis un an déjà commandés par Milhaud, et ceux qui en arrivaient directement sous les ordres de Kellermann, abordèrent les carrés à leurs deux extrémités, les enfoncèrent et se rejoignirent au centre. Là les deux généraux, se retrouvant en face l’un de l’autre, s’embrassèrent. Notre cavalerie s’empara de toute l’artillerie de la colonne ennemie et fit cinq à six mille prisonniers. Le reste de l’armée précipita sa retraite sur Montereau, dont la position est inexpugnable h »

Elle y fut cependant forcée par Victor, auquel vint se joindre la garde. Napoléon, redevenant sous -lieutenant, pointait luimême l’artillerie.

douze lieues à travers des bois et des défilés. Ce n’est pas pour l’embarrasser, et il ordonne de marcher en avant ; mais le duc de Raguse , qui commande l’avantgarde, revient sur ses pas. 11 a trouvé les chemins trop mauvais. Il faut que l’Empereur le force à recommencer son mouvement.

1 Larrey, op. cit., t. IV, p. 164.

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