‹ Napoléon et LarreyChapitre 245 sur 319 · LARREY ATTAQUÉ PAR DES COSAQUES · texte numérisé non relu

LARREY ATTAQUÉ PAR DES COSAQUES

lantes victoires *. Mais elles donnèrent cependant à réfléchir aux Alliés. A ce moment, Napoléon eût peut-être pu obtenir la paix du congrès peu sincère de Châtillon s’il eût voulu accepter le retour de la France aux limites de 1790. Il ne put jamais se décider à laisser la France plus petite qu’il ne l’avait reçue. Et la guerre continua.

Larrey, assailli par un parti de cosaques au moment où il se rendait aux ambulances, faillit être pris. Ce n’était pas la première fois qu’il se mesurait avec eux et il ne les redoutait pas. Il leur tint tête avec son escorte composée de quelques cavaliers et les mit en fuite. Mais il s’aperçut, après cette escarmouche, que son neveu, Alexis Larrey, qui servait sous ses ordres en qualité d’aide-major, avait disparu. Il avait été entraîné par les Russes. Il écrivit à l’Empereur pour le prier de le réclamer aux autorités russes.

La bataille de Montereau, qui fut si glorieuse pour les armées françaises, ne donna à Larrey que trois cent soixantedix blessés. Parmi eux était le général Château, qui commandait l’avant-garde du duc de Bellune. Une balle lui avait fracassé l’épaule. L’amputation était indiquée. 11 refusa de se laisser opérer et fut évacué sur Paris, où il succomba. Les autres blessés furent soignés dans les hôpitaux locaux et successivement évacués 1 2.

Après Montereau, Napoléon s’apprêta à battre la grande armée austro-russe, concentrée à Troyes sous le commande-

1 Victor ne s’était pas emparé le 17 du pont de Montereau , dont la prise eût assuré la destruction de l’armée de Bohême , et Macdonald avait négligé de se porter, le 10 et le 11 février, de la Ferté-sous-Jouarre à Château-Thierry, ce qui eût permis de couper la retraite à Sacken et à Yorck , dont pas un homme n eût échappé.

Victor fut remplacé dans son commandement par Gérard.

2 Lettre de Larrey à l’Empereur, Montereau, 20 févr. 1814. Ms. cit.

ment de Schwarzenberg. Mais celui-ci refusa le combat, évacua Troyes et battit en retraite derrière l’Aube. L’Empereur entra dans cette ville le 22, au milieu d’acclamations enthousiastes contrastant avec la glaciale attitude de son passage du 3 février. C’est que les forfaits des cosaques et des Prussiens, l’énormité des réquisitions, la jactance des officiers étrangers soulevaient toutes les colères et ramenaient à l’Empereur tous les esprits. L’invasion, d’abord mollement consentie, allait maintenant surexciter le sentiment patriotique. Les gardes nationaux s’organisaient , et les paysans prenant leurs fusils et leurs fourches couraient sus aux convois, aux petits détachements et aux isolés.

L’Empereur quitta Troyes le 27 février et se porta sur l’armée de Silésie, commandée par Blücher, déjà battue par lui, et qui, reconstituée, marchait sur Paris, défendu seulement par les faibles débris de Marmont et de Mortier. Prévenu du danger qu’il courait, Blücher se mit en retraite et, acculé sur l’Aisne, ayant à ses trousses l’Empereur et Marmont, il semblait perdu quand la capitulation imprévue et hâtive de la ville de Soissons vint le sauver. Irrité par cet événement, qui ruinait une de ses plus belles combinaisons stratégiques, Napoléon reprit cependant l’offensive et atteignit le feîd-mai échal le 7 mars sur le plateau de Craonne. La position était extrêmement forte et défendue par les corps russes et prussiens de Sacken et de Woronzoff, soit vingt- deux mille cinq cents hommes. Elle fut enlevée par l’armée française après un combat acharné et meurtrier, qui demanda six assauts successifs et où le quart des combattants resta sur le terrain. Le choc fut surtout soutenu par les Russes, qui perdirent cinq mille soldats. Les pertes furent également considérables du côté des Français. Ils eurent cinq mille quatre cents hommes tués ou blessés. Larrey donne le chiffre de mille à douze cents blessés, dont le quart atteints grièvement. Parmi ces derniers quatre-vingtdix durent être amputés.

Les généraux, qui, comme toujours dans les actions très disputées, avaient payé de leur personne, furent particuliè-

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