LA BATAILLE D’ARCIS
les plus graves dangers. Mais, comme Napoléon, — qui la veille avait poussé son cheval sur un obus fumant dont l’explosion avait éventré sa monture et était sorti sain et sauf d’un tourbillon de poussière et de fumée, — il échappa à tous les périls, et, comme lui, il semblait avoir contracté un pacte avec les balles et les obus. Les blessés les plus gravement atteints furent laissés à Arcis. Là encore, Larrey remit aux sœurs de l’hôpital, de la part de l’Empereur, une somme considérable pour subvenir à leurs premiers soins1.
Cependant le dénouement de cette inégale lutte approche. Quoique très glorieuse, la bataille d’Arcis n’est pas une victoire, et l’Empereur comprend qu’avec des forces aussi disproportionnées que les siennes il finira par être écrasé entre Blücher et Schwarzenberg. Il décide de se rapprocher de ses places du Nord pour rallier leurs garnison et se retourner avec une armée de cent mille hommes sur les communications de l’ennemi. Il se porte dans ce but sur Vitry le 22 mars, le 23 mars, à Saint -Dizier et découvre ainsi la route de Paris. II se flatte que les Alliés vont le suivre.
D’abord hésitants, envisageant un moment l’idée d’une retraite qui les aurait perdus et aurait sauvé la France, les coalisés réunis prennent, en effet, le 24 mars, le chemin de Vitry. Les désirs et les prévisions de l’Empereur vont se réaliser. Malheureusement, des courriers interceptés, les communications des agents royalistes et leurs avis pressants font concevoir à l’empereur Alexandre l’idée de marcher sur Paris, qu’on représente comme fatigué de la guerre, las de Napoléon et où les Alliés seront reçus à bras ouverts2. Il fait accepter cette marche à Sommepuis, le 24 mars, à son état-major et à 1 état-major austro- prussien. Le 25 mars, les coalisés se mettent en route, rencontrent Marmont et Mortier , qui par suite d’une fausse direction se trouvaient
1 Rapport de Larrey au comte Drouot, Saint- Dizier, 23 mars 1814.
2 « Faites la paix politique au lieu de faire la guerre politique, avait dit de Vitrolles. Marchez droit à Paris, où l’on n’attend que l’arrivée des Alliés pour manifester son opinion. » ( Mémoires de Vitrolles.)
à la Fère- Champenoise, écrasent leur corps d armée1 et détruisent le même jour l’intrépide corps de gardes nationaux du brave Pacthod2. Ils poussent devant eux le général Compans et sont, le 29 mars, devant Paris. Le lendemain 30 a lieu la bataille de Paris, qui sonne le glas de l'Empire. La bataille est livrée et perdue par Marmont et Mortier, sous la régence du faible roi Joseph. Une capitulation trop hâtive, et° alors que les maréchaux sont prévenus que Napoléon atteint Paris, livre la ville le soir même aux Alliés3.
Désormais tout est fini, — l’Empereur peut arriver, et il arrive à marches forcées, — rien n’arrêtera l’effondrement final. Il peut, menaçant encore, masser ses troupes à Fontainebleau, frapper de terreur les Alliés dans Pans. La trahison va faire ce que n’ont pu obtenir les armes des Alliés. Talleyrand en mène le concert, et il n’existe pas, en ce genre, de plus habile chef d’orchestre. Les maréchaux abandonnent successivement Napoléon et le forcent à signer son abdica tion. Marmont le trahit deux fois : la première fois, en livrant le poste occupé par son corps d’armée à Essonnes; la seconde, en arrêtant par d’indignes subterfuges ses troupes qui, ayant compris la honteuse manœuvre dont elles avaient été victimes, s’étaient remises en marche sur Fontainebleau. Du même coup , il ruine sa dynastie , en lui enlevant les moyens de peser, avec son armée, sur les décisions des souverains étrangers. Le sénat, composé de ses créatures, prononce sa déchéance. La plupart de ses serviteurs désertent leur poste. Les médecins eux-mêmes, — qui le croirait? infidèles à leur devoir professionnel, plus impérieux et plus élevé que jamais,
1 Les Français perdirent presque toute leur artillerie, leurs munitions et cinq
mille hommes. ... .
2 Ces braves gardes nationaux se battirent au nombre de quatre mille trois cents
contre vingt mille cavaliers appuyés d’une artillerie formidable.
3 L’armistice fut convenu le soir, et les signatures ne furent échangées qu a deux heures du matin. L’Empereur arriva à la cour de France, a quatre lieues de Paris, au milieu de la nuit, et rencontra les avant-postes de Mortier qui évacuaient déjà la ville. Si les maréchaux avaient rompu les négociations le soir des que le général Dejean, envoyé par Napoléon, leur eut appris son arrivée imminente , les Alliés n’auraient pas vraisemblablement bombardé Pans la nuit , et se seraient trouvés, le lendemain matin, — ce qu’ils redoutaient par-dessus tout, — aux prises avec leur terrible adversaire.