‹ Napoléon et LarreyChapitre 249 sur 319 · L’ABDICATION · texte numérisé non relu

L’ABDICATION

quittent le palais. Yvan, effrayé de sa responsabilité, s’est enfui le 12 avril, le lendemain de la tentative d’empoisonnement1. Lherminier, médecin ordinaire de l’Empereur; Ribes, Jouan et tous les médecins de sa maison ont disparu. Corvisart est sorti de Paris, il est vrai, avec Marie-Louise; mais on l’accusera d’avoir trahi auprès d’elle la confiance de son maître2. Et Larrey, que nous avons un peu perdu de vue dans cette brève analyse des derniers événements de la campagne de 1814? Larrey, on le pense bien, est au quartier général. Il acclame, le 3 et 4 avril, l’Empereur, avec la garde et avec le 7e corps, dans la cour du Cheval-Blanc. Le 7 avril, quand l’abdication a été signée, quand Yvan a déserté son poste, il se présente, comme autrefois, au lever de l’Empereur, et lui demande, comme une faveur, de l’accompagner dans son exil.

Napoléon vient précisément de faire demander à Berthier, qui l’a déclinée, la promesse de venir passer quelque temps avec lui à l’ile d’Elbe. Cette offre de Larrey, succédant au refus de celui qui a été son compagnon d’armes, qu’il a mis au premier rang dans l’Empire, qu’il a fait prince de Wagram et qu’il a formidablement enrichi, émeut l’Empereur. Il prend la main du chirurgien de sa garde, le remercie affectueusement et lui dit qu’il se doit à l’armée et qu’il n’accepte pas son sacrifice. Seulement, il ne recevra un chirurgien que de sa main et le charge de le désigner. Il lui dit combien il a toujours été touché des services qu’il a rendus à son armée et de son attachement à sa personne et lui recommande les vieux soldats de sa garde.

Ce fut là le dernier entretien de Napoléon avec Larrey en cette année 4814 ; mais leurs rôles n’étaient finis ni à l’un ni à l’autre, et ils devaient se retrouver encore.

1 « Le 11 avril, Napoléon tenta de s’empoisonner avec une dose d’opium que lui avait donnée Yvan. Thibeaudeau dit que le poison avait été composé par Cabanis , et c’est celui dont s’était servi Condorcet, sur sa demande, le jour où il faillit tomber entre les mains des cosaques à Maro- Jaroslawetz et qu’il portait toujours sur lui pendant ses campagnes. Il eut quelques mouvements convulsifs, puis des vomissements qui expulsèrent le poison. » (Larrey.)

2 Cf. Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène, t. II, p. 330; La Chronique médicale, art. de M. Callemand, et la lettre de M. F. Masson à cet écrivain, 1er nov. 1901.

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