‹ Napoléon et LarreyChapitre 253 sur 319 · INTERVENTION DE DROUOT · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE DROUOT

n’était pas étranger à la mesure qui avait été prise à son sujet. Ministre de la guerre dans un des moments les plus difficiles de l’histoire, absorbé par les travaux considérables auxquels il se livrait, assailli des plaintes que faisait naître à chaque instant l’organisation des corps de l’armée, il était fatigué des ardentes rivalités que le choix des commandements suscitait parmi les généraux. Il écouta froidement le chirurgien et se contenta de prendre note de son désir de ne pas être employé.

Après cette entrevue, Larrey fut s’enfermer chez lui, laissant la direction générale du service de santé à Percy, celle des ambulances de la garde à Paulet et à Zinck, et ne reparut plus à l’état-major général. Un moment, il put raisonnablement croire qu’il n’allait pas prendre part à la désastreuse campagne qui se préparait, et qui apparaissait, au milieu de l’Europe en armes et de nouveau coalisée, comme pleine de difficultés et de périls dont son expérience a lui faisait mal augurer », dit-il1. Mais les choses ne devaient pas se passer aussi heureusement ; l’Empereur connaissait bien l’irrésistible fascination qu’il exerçait sur son vieux compagnon d’armes, et ce n’était pas la première fois qu’il l’expérimentait sur cette âme antique dont rien ne pouvait altérer le pur dévouement. Le 6 juin, quatre jours avant son départ pour l’armée du Nord, il lui envoya Drouot qui commandait maintenant la garde. « Il faut Larrey pour la garde, lui avait-il dit, et aussi pour le quartier général. Il boude parce qu’on l’a remplacé par Percy, allez lui dire qu’il m’est indispensable et que je compte sur lui. »

Larrey et Drouot étaient étroitement unis, non seulement par une camaraderie fort ancienne, mais par l’affinité qu’établissaient entre eux la ressemblance de leurs vertus et de leur caractère, et le culte identique qu’ils avaient voué à Napoléon; tous deux les premiers dans leur art; l’un et l’autre probes, honnêtes, désintéressés, fidèles et inébranlables serviteurs de la France et du souverain, ils restent

1 Larrey, Relation anecdotique de campagnes et voyages, p. 6.

LES. CENT-JOURS

dans l’histoire les plus honnêtes et les plus belles figures du régime. Drouot n’eut pas besoin d’insister longuement. Il n’eut qu’à faire appel à l’attachement de Larrey pour l’Empereur et à son dévouement pour les vieux soldats de la garde, dont il avait été la Providence sur tant de champs de bataille et qu’il ne pouvait abandonner dans la lutte finale qui se préparait. Il n’en fallait pas davantage. Larrey, désarmé, se rendit vite. Le 10 juin, il partait avec l’Empereur pour la Belgique et pour les champs de Waterloo.

Cette fois, c’est la fin de l’épopée. Larrey l’expose brièvement et avec tristesse. L’Empereur a cent trente mille hommes ; les Anglais et les Prussiens, commandés par Wellington et Blücher, sont deux cent vingt mille. L’inégalité du nombre n’est pas faite pour effrayer l’armée française. Ce n’est pas la première fois qu’elle se bat dans la proportion d’un contre deux, et elle a à sa tête Napoléon, dont le nom et le génie valent une armée. Oui, mais l’admirable instrument de victoire qu’il a forgé et qui autrefois fonctionnait presque mathématiquement est désormais faussé. Le chef d’état- major n’est plus Berthier, façonné par vingt ans de guerre et un don spécial de son esprit à la rédaction et à la transmission précise et méthodique des ordres de l’Empereur. Berthier, devenu capitaine des gardes du corps du roi Louis XVIII et dont Napoléon disait : « Je lui pardonne, pourvu qu’il vienne dîner avec son nouvel uniforme, » n’est pas venu. La mort l’a pris au moment où, de son palais de Bamberg, il regarde les troupes allemandes qui vont envahir son pays.

C’est Soult qui le remplace, Soult exécré, je l’ai dit, du corps des officiers, absolument nouveau et inhabile à ces fonctions. Et voilà déjà, de ce fait, un des plus importants

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