‹ Napoléon et LarreyChapitre 256 sur 319 · WATERLOO · texte numérisé non relu

WATERLOO

Français et des Anglais, et s’éleva à vingt et quelque mille hommes. Cinq à six mille de nos blessés restèrent entre les mains de Wellington. Les Prussiens eurent une dizaine de mille hommes hors de combat1. Ainsi les pertes des Alliés furent plus considérables que celles des Français ; mais ils avaient la victoire.

Nous avons dit que sous la direction de Percy les ambulances fonctionnèrent mal. Mais à Waterloo, Larrey lui-même l’avoue, les événements auraient défié l’organisation la plus parfaite : le nombre des blessés, les ouragans de cavalerie qui se déchaînaient jusque sur les ambulances, le désordre épouvantable qui régna dans l’armée à la fin de la journée, après l’arrivée de Blücher sur le terrain du combat, ne permettaient pas au service de santé de fonctionner régulièrement. Cependant, tant bien que mal, sous la mitraille, à travers les balles et les obus qui se croisaient, et au risque d’être foulé aux pieds des chevaux, les chirurgiens militaires pansèrent et firent relever autant de blessés qu’ils le purent; mais beaucoup de ceux-ci restèrent sur le champ de bataille sans avoir reçu de secours ; tous ceux auxquels leur état le permettait se rendirent à pied aux ambulances.

Larrey avait son ambulance centrale au Caillou, auprès de la ferme de la « Belle-Alliance ». Mais comme d’habitude, il fut loin de s’y tenir pendant la durée du combat, et on le voyait à chaque instant, dans la mêlée, portant secours aux blessés. A un moment donné, Wellington, qui du haut du mont Saint- Jean suivait les péripéties du combat, l’aperçut sous le feu même des canons anglais : « Quel est, dit- il, cet audacieux? — C’est Larrey, lui répond-on. — Allez dire de ne pas tirer de ce côté ; laissons à ce brave le temps de ramasser ses blessés. » Et il souleva son chapeau. « Qui saluez-vous? fit le duc de Cambridge. — Je salue l’honneur et la loyauté qui passent. » Et il désigna le chirurgien de la garde de son épée2.

Dans cette fatale journée, vingt-neuf généraux furent bles-

1 Thiers, le Consulat et V Empire, t. XX, p. 153.

2 Larrey, note.

LES CENT-JOURS

sés, sept furent tués, un disparut. Les généraux tués furent Aulard, Michel, Jamin, Desveaux de Saint-Maurice, Bauduin. On peut y joindre Donop porté comme disparu, parce que son corps ne fut pas retrouvé, mais dont la mort était certaine. Duhesme, le commandant de la jeune garde, a passé longtemps pour avoir été assassiné par un Prussien après avoir rendu son épée. M. Houssaye a détruit cette odieuse légende. Il fut blessé à Plancenoît et porté par ses soldats à Genappe, où il fut fait prisonnier par les Prussiens. Il mourut de ses blessures le 19 *. Les généraux blessés furent Delort et Édouard de Colbert, atteints dans une des furieuses charges de cavalerie que Ney dirigea contre le Mont -Saint- J ean ; de Monthyon, chef d’état-major général, et Lallemand, commandant les batteries à pied, renversé à six heures du soir, aux côtés mêmes de l’Empereur, en parcourant avec lui la ligne de bataille sous une pluie de projectiles ; Bachelu et Foy, atteints à la même heure, au moment où ils s’approchaient du terrible plateau avec leur division; le vieux Friant, que Napoléon lança avec sa dernière ressource, — cinq bataillons de la garde, — contre l’armée anglaise tout entière et qui redescendit tout sanglant ; le brave Durutte , dont la division était presque entièrement détruite, et Gambronne, étendu le visage troué d’une balle au milieu du carré des chasseurs de la garde, d’où il repoussait exaspéré les sommations de l’ennemi1 2. Puis d’autres encore : le prince Jérôme Bonaparte, Lhéritier, Durbal, Barroux, Guyot, Gampi, Blancart, Dubois, plus ou moins grièvement atteints.

Larrey faillit être enseveli lui -même dans ces funérailles de l’Empire. Au moment où, pour la première fois de sa glorieuse carrière, la garde, tombant dans l’embuscade des gardesrouges de Maitland, a plié lentement, fusillée de tous côtés et battue en brèche par l’artillerie anglaise comme un mur

1 Houssaye, op. cit., p. 42.

2 M. Houssaye a fait une enquête sur les paroles qu’aurait à ce moment prononcées Cambronne. A-t-il dit la célèbre phrase : « La garde , etc., » ou le mot non moins fameux? M. Houssaye conclut que, comme il est certain qu il a dit quelque chose, c’est le mot conforme à la situation et psychologiquement vrai qu’il a dù prononcer. Op. cit., p. 406.

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