LES BLESSÉS FRANÇAIS A BRUXELLES
fameuse chasse du 18, <r au clair de lune, » les exaspéraient et les mettaient hors d’eux. Tous les jours des scènes violentes éclataient dans les salles et se dénouaient par des rixes encore meurtrières. On comprend combien cet état d’irritation était peu favorable à leur guérison. Ils accueillirent Larrey avec une explosion d’enthousiasme; ils crurent, en revoyant le chirurgien de la garde, retrouver leur idole : l’Empereur. Larrey, accompagné de Seutin, un de ses anciens collaborateurs, maintenant chirurgien de l’hôpital militaire de Bruxelles, les visita tous avec soin et écouta leurs doléances ; il obtint qu’ils fussent séparés des étrangers et réunis ensemble à l’hôpital militaire de Bruxelles. Ayant opéré avec Seutin tous les cas difficiles, il rentra à Louvain et de là en France, où il arriva le 15 août.
Mme Larrey avait été dans une inquiétude mortelle. Le bruit de la mort de son mari avait couru à Paris en même temps que furent apportées les premières nouvelles de la défaite de Waterloo. Elle fut rassurée par les Prussiens eux- mêmes.
Le 29 juin , Blücher arrivait aux portes de Paris et, tenant sa promesse, avait envoyé un parlementaire aux postes français, pour qu’on annonçât à la baronne Larrey que son mari, fait prisonnier le 18, avait été remis en liberté et se trouvait en bon état de santé à Louvain1.
1 « Saint-Denis , le 29 juin 1815 , à six heures du soir.
Fornerol, chef de bataillon au i2e régiment d’infanterie légère , à madame la baronne Larrey.
« Madame,
« Un parlementaire prussien vient de se présenter aux avant-postes et m’a chargé de vous faire savoir que M. le baron Larrey, votre mari, a été fait prisonnier à la bataille de Mont -Saint -Jean, et que dans ce moment il est en bonne santé à Louvain, où il donne les soins qui sont en son pouvoir aux blessés français.
« Ce même officier m’a assuré qu’il lui avait donné des fonds et tout ce dont il pouvait avoir besoin; ainsi, madame, je vous engage à être sans inquiétude.
« Recevez, je vous prie, madame, l’assurance de mon respect et de ma parfaite considération.
« Fornerol. »
Ms. 5883, p. 87. B. N.
LES CENT-JOURS
C’est une question qui s’est souvent posée et que les historiens discutent encore de nos jours, de savoir pourquoi Napoléon se laissa aussi facilement déposséder du pouvoir après Waterloo. L’esprit a peine, en effet, à concevoir comment un homme dont l’extraordinaire énergie avait confondu le monde d’étonnement, qui avait encore sous la main une armée ardente et passionnément dévouée, et auquel, malgré ses fautes, les couches populaires étaient restées fidèles, fit preuve de moins de caractère que n’en aurait montré le dernier des politiciens, se laissa enlever le pouvoir par une Chambre incohérente dont les jours étaient du reste comptés, et s’effaça avec une étonnante abnégation devant Fouché, qu’il pouvait si facilement mettre hors d’état de lui nuire et qui ne tira l’autorité de ses intrigues que de l’abdication volontaire de son maître.
On a dit qu’il n’était plus le même depuis 1814, qu’il avait pris un embonpoint nuisible à son activité (Roseberry) ; qu’il était malade, souffrant de l’affection d’estomac qui devait l’emporter (Lavalette), atteint de dysurie (Savary) ; que son intelligence n’était plus aussi nette (Roseberry); bien plus encore, qu’il avait toutes les maladies (Charras).
Il est certain qu’aucune de ces raisons n’est valable. Napoléon n’était pas et n’avait jamais été malade, — du moins dans le sens pathologique qu’il convient de donner à ce mot. Sa dysurie n’a jamais été prouvée, et en tous cas cette indisposition, si elle a existé, a été insignifiante et accidentelle. Il pouvait avoir par moments des maux d’estomac, mais habituellement ses fonctions digestives étaient normales. Quant à l’embonpoint, il peut tout au plus amoindrir l’activité physique, mais n’exerce, — qui ne le sait? — aucune influence sur le caractère, la volonté et l’énergie. Il est tout aussi illogique d’accuser son intelligence. La conception de