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ATTITUDE DE NAPOLÉON EN JUIN

la campagne de Belgique, le plan de la bataille de Ligny et de Waterloo, démontrent qu’elle était aussi brillante qu’elle ne l’avait jamais été. Ce n’est donc pas par ces motifs qu’on peut avoir l’interprétation de son attitude à Paris au mois de juin 1815.

Mais il est d’autres causes qu’il a lui -même indiquées à Sainte-Hélène. La première, c’est qu’il aurait fallu, pour se maintenir, s’appuyer sur le parti populaire, déchaîner la révolution, se mettre avec les Jacobins et répandre du sang1. Ce motif, admis par M. Roseberry, ne paraît pas sérieux, car il est loin d’être certain qu’il eût dû recommencer la Terreur et rétablir la guillotine pour conserver le pouvoir.

La seconde raison, — la plus physiologique et par suite la plus acceptable , — est « sa lassitude extrême 2 » ; — traduisons : l’épuisement de son système nerveux. — Depuis son retour de l’île d’Elbe, il n’avait cessé de se surmener; ses nerfs ne s’étaient pas un instant détendus. Les incertitudes de la traversée, les risques du débarquement, les palpitantes péripéties de la marche sur Paris , la réorganisation du gouvernement et la réfection de son armée, la préparation de la campagne de Belgique, la reprise de ce travail acharné et écrasant dont il avait depuis un an perdu l’habitude, durent commencer par l’ébranler.

Cependant la force nerveuse est encore toute-puissante au moment où s’ouvre la campagne de Belgique, et M. Henri Houssaye nous le montre passionnément vivant dans une de ces saisissantes peintures qui émaillent son livre. La veille de la bataille de Waterloo, le 17 juin, par un temps épouvantable, à cheval, mouillé de la tête jusqu’aux pieds, les ailes de son chapeau dégrafées et rabattues en avant et en arrière comme après la bataille de Dresde, ses bottes pleines d’eau, il court sus aux Anglais en retraite des Quatre- Bras

1 Gourgaud, Sainte-Hélène. Mémoires.

2 « On le trouvait quelquefois endormi sur ses livres. » (Sismondi.)

Il discutait davantage, ce qui avait toujours été du reste dans ses habitudes. Mollien prétend que cette tendance provenait de la fatigue , qui le saisissait maintenant après quelques heures de travail.

LES CENT-JOURS

sur le mont Saint -Jean; monté sur sa jument blanche Désirée, il est en tête de ses escadrons de service et mène lui -même vivement la poursuite. Arrivé à Genappe , il aperçoit l’arrière-garde anglaise. « Tirez, dit-il, tirez, ce sont les Anglais; » et, descendant de cheval, il pointe luimême contre ces ennemis détestés une pièce d’artillerie h A ce moment nous retrouvons l’homme tout entier, avec sa vigueur physique et morale, sa fougue primitive et ses ressentiments. Il est bien lui et tout à l’ardeur et à l’entraînement de la guerre. Mais ce n’est là qu’un des derniers éclairs de cette énergie autrefois permanente.

Survient, en effet, la bataille de Waterloo avec ses terribles phases : les fautes de Ney, l’attente fiévreuse de Grouchy qui n’arrive pas, l’entrée en scène de l’armée prussienne, qui détruisent successivement ses plus belles combinaisons et annihilent le courage de ses soldats ; puis la fin , l’invincible panique, l’écroulement final, l’effondrement de cette brillante armée devenue en un moment un troupeau de fuyards, et sa propre retraite devant des ennemis méprisés et abhorrés. Ces événements l’humilient, le brisent et le sidèrent.

C’est à partir de ce moment qu’il a perdu sa merveilleuse vitalité, sa volonté opiniâtre, et cette foi si longtemps invincible en lui-même que ni la funeste campagne de Russie, ni les revers de 1813, ni même les événements de 1814, n’avaient pu parvenir à ébranler. Cette fois, c’en est trop! Il n’est qu’un homme après tout , comme il le dit , et est las1 2. Las : qui à sa place ne le serait davantage? Il faudrait à cette organisation brisée et désemparée, à ce système nerveux dont le jeu a toujours été prodigieusement exagéré et qui a fonctionné anormalement et outre mesure, quelques semaines de détente et de repos. Il n’a ni une heure ni un jour, et se trouve tout de suite immédiatement en face des complications politiques les plus graves , de celles qu’il déteste le plus : d’une Chambre hostile, d’un ministère qui

1 Henri Houssaye, Waterloo, p. 263.

2 Gourgaud, op. cit.

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