‹ Napoléon et LarreyChapitre 264 sur 319 · DISGRACE DE LARREY · texte numérisé non relu

DISGRACE DE LARREY

ploya à faire rayer le nom de Larrey de la liste des proscrits1. Fouché l’effaça avec la même facilité qu’il l’avait inscrit2. Et puisque le nom de Benoît revient dans ce récit, disons qu’il jouit d’une brillante faveur sous la monarchie, que le roi le fit conseiller d’État et comte, et que celle qu’on appela si longtemps « la belle Émilie y> abandonna dans sa haute situation les pinceaux qui avaient tant de fois reproduit l’impériale effigie 3.

Cependant ni l’appui de Benoit et de ses amis, ni l’éclat des services et de la popularité de Larrey ne purent l’empêcher d’être dépouillé de ses places et de ses pensions. On lui enleva ses fonctions d’inspecteur général avec les émoluments qui y étaient attachés, sa glorieuse dotation de Wagram et la pension qu’il avait reçue à Lutzen, et on ne lui paya pas son traitement de la Légion d’honneur h On aurait bien voulu ne pas s’arrêter et compléter sa ruine en lui ôtant son titre de chirurgien en chef de la garde, devenue la garde royale; mais on n’osa pas aller jusque-là. Il y avait quelque intérêt politique à ménager ces vieux soldats dont l’humeur n’était pas facile, et qu’il eût été impolitique de séparer d’un chirurgien aussi populaire parmi eux que Larrey.

1 Chabrol de Volvic, lié avec Larrey depuis la campagne d’Égypte et très en faveur sous le nouveau règne, seconda activement ses efforts.

« Je dois, dit Larrey dans une fiche, ma conservation à M. le comte de Chabrol de Volvic. Sans ce digne ami, j’aurais été sans doute traduit devant un conseil de guerre. » (Larrey, Note.)

2 La façon dont Fouché rédigea cette liste est inimaginable et aurait du rappeler aux royalistes l’aisance criminelle avec laquelle il faisait autrefois tomber les têtes à Lyon. Talleyrand disait qu’il n’y avait oublié aucun de ses amis. Il avait eu l’audace d’y inscrire ses deux collègues du gouvernement provisoire, Caulaincourt et Carnot. Un de ses plus anciens et intimes amis , l’inoffensif académicien Arnaud, s’était à sa grande surprise trouvé au nombre des proscrits; il lui en demanda le motif. « Eh ! que veux-tu , mon ami ! il fallait des noms , la lettre initiale du tien t’a désigné. » (Discours de Méchin, séance des députés, 4 avril 1829.) C’est probablement avec la même désinvolture et pour avoir un nom qu’il inscrivit Larrey. Mais il faut ajouter que dans sa profonde duplicité il trouvait encore le moyen de trahir le nouveau gouvernement qu’il servait , en faisant parfois prévenir sous mains les gens qu’il fallait arrêter.

3 La Biographie des Dames de la cour , Paris, 1826.

* Larrey accuse nettement Clarke de ce déni de justice :

« Le ministre Clarke, après avoir été mon compagnon et mon ami à l’armée du Rhin, causa ma ruine à la Restauration, en me faisant perdre le titre et les émoluments d’inspecteur général du service de santé. 11 avait été jaloux des marques d’amitié et de confiance que l’Empereur m’avait accordées. »

LA RESTAURATION

Percy ne fut pas mieux traité. Le collège électoral de la Haute -Saône l’avait envoyé à la Chambre des députés. 11 n’y siégea que deux fois et y prit la parole pour défendre les droits des soldats blessés ; ceux-ci n’étaient pas très en faveur sous le nouveau régime , et sa sollicitude le perdit en rappelant l’attention sur lui. Il fut révoqué de ses fonctions d’inspecteur général et traité en suspect. Placé sous la surveillance de la police, toutes ses démarches furent épiées; il ne pouvait faire un pas sans avoir un espion derrière lui, et son biographe raconte qu’il fut appelé vingt -deux fois au ministère de la police1. Un incident provoqué par l’espionnage dont il était l’objet ridiculisa la police et les délateurs, et fit rire un moment lout Paris à une époque où l’on ne riait plus guère. Il avait, nous le savons, une collection d’armures et d’armes anciennes recueillie dans toute l’Europe pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, et remarquable par labeauté et la valeur des objets qui la composaient. Tous les médecins militaires avaient travaillé à cette collection unique, et nous voyons dans sa correspondance avec Larrey en Égypte et en Espagne qu’il lui recommandait instamment de recueillir pour lui les pièces rares qu’il pourrait rencontrer. Or ce cabinet, célèbre dans le monde militaire et scientifique, connu et visité par les archéologues et les érudits de tous les pays, fut dénoncé comme un arsenal destiné à armer des émeutiers. On demanda l’arrestation de Percy ; sa maison fut mise sous les scellés. 11 n’y eut qu’un cri à l’Institut et dans la société intelligente de Paris contre cette mesure. Le ministre de la police Decazes, qui était un homme d’esprit, l’entendit et fut lui-même visiter le dangereux dépôt révolutionnaire dont Percy lui fit les honneurs. Il complimenta le vieux chirurgien sur son goût éclairé, son érudition, la richesse et la variété de ses collections d’armures et d’armes anciennes, et en le quittant lui assura qu’il ne serait plus inquiété. Le soir, il raconta son histoire à Louis XVIII; le spirituel souverain rit beaucoup avec lui

1 Laurant, Histoire de Percy, p. 24.

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