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LA MORT DE NAPOLÉON

été, au contraire, provoquée par un cancer primitif de l’estomac. On trouva, en effet, une perforation de cet organe au voisinage du pylore, lésion qu’Antommarchi avait considérée, malgré les résultats très positifs de l’autopsie, comme un ulcère simple, consécutif à l’hépatite. Mais les partisans du cancer, rappelant que le père de Napoléon, Charles Bonaparte, avait succombé à une affection de ce genre, firent de cette altération la lésion essentiellement primitive et organique, les troubles observés du côté du foie devant être secondaires.

L’Empereur mort, la haine du gouvernement britannique se trouvait satisfaite et ses appréhensions dissipées ; il ne se préoccupa plus dès lors que de diminuer sa part de responsabilité morale et historique dans cet événement , et enregistra avec satisfaction le diagnostic qui l’attribuait à une affection héréditaire et organique sur laquelle le climat de Sainte-Hélène n’avait pu avoir qu’une influence peu importante. Il est aujourd’hui certain, en examinant non seulement le rapport de l’autopsie, mais aussi les signes cliniques observés pendant la vie, que Napoléon succomba, en effet, à un cancer. Mais, ce qui ne paraît pas moins contestable, — et on ne voit pas en quoi la responsabilité du cabinet anglais peut en être atténuée, — c’est que cette affection, qui aurait pu rester indéfiniment à l’état latent dans une organisation aussi robuste1, fut développée par les souffrances morales et physiques, l’hygiène détestable, les privations, les humiliations, le manque d’exercice auquel fut soumis sous un climat insalubre son illustre victime. Il n’est pas possible qu’un médecin relate ces événements sans faire observer combien l’Empereur fut mal soigné. Nous avons vu de quelle sollicitude il faisait entourer les malades ou blessés anglais,

dans la préface de son livre sur la campagne d’Égypte et de Syrie. « De ce qu’à deux pouces du pylore l’estomac a été percé, on ne peut en conclure que l'Empereur ait succombé à une maladie du pylore, m’a dit depuis le docteur Antommarchi. » (Le baron Larrey, Madame Mère, t. II, p. 252. Dentu, Paris, 1892.)

1 « J’aurais vécu jusqu’à quatre-vingts ans s'ils ne m’avaient pas amené dans cette île maudite. » ( Napoléon au docteur Stokoë, Paul Frémeaux. — Napoléon prisonnier.)

SOUS LA RESTAURATION

et j’ai montré Larrey en Égypte, en Espagne, fidèle exécuteur de ses pensées, veiller à ce qu’ils fussent installés dans les meilleures conditions hygiéniques, à ce qu’ils ne manquassent ni de médecins, ni de médicaments, ni de vivres frais. A ces procédés qui furent constants, le gouvernement anglais répondit par des actes criants d’inhumanité.

Il assigne comme résidence à son captif une île tropicale, insalubre, et dans cette île il lui donne comme habitation l’endroit le plus malsain, le plus humide et le plus battu par les vents : — une agglomération de baraques construites pour servir d’abri à des bestiaux et qui redeviendra après sa mort une écurie. — 11 consent bien à ce qu’il reçoive, s’il est malade, les secours d’un homme de l’art, mais à partir du moment où ce praticien lui manifeste quelque intérêt, un peu de cette pitié qu’un médecin digne de ce nom ne refuse à aucun malade, s’il ne se prête pas à être son délateur auprès du gouverneur, il lui est enlevé.

Ainsi on renvoie le premier de tous O’Meara, dès qu’on s’aperçoit que Napoléon éprouve pour lui de la sympathie et prend goût à ses soins. Un médecin anglais, Stokoë, le remplace intérimairement. Il arrive que, touché de ses malheurs et de ses souffrances, il lui témoigne une respectueuse déférence; on lui donne immédiatement l’ordre de rentrer en Europe, où il est traduit ensuite devant un conseil de guerre, qui le condamne à la perte de son emploi.

Enfin, dix- huit mois avant sa mort, le malheureux souverain reçoit de sa mère et du cardinal Fesch son dernier médecin, un jeune homme, anatomiste distingué, dit- on, mais dénué d’expérience médicale, le Corse Antommarchi, dont les Mémoires, qui ont été crus sur parole par la famille Bonaparte, par Thiers et par d’autres écrivains, sont aujourd’hui considérés comme peu dignes de confiance1. Dans une

1 La carrière d’Antommarchi ressembla plus, du reste, à celle d’un charlatan qu’à l’existence d’un médecin sérieux. On sait qu’il publia, neuf ans après son retour de Sainte -Hélène, l’empreinte du visage de l’empereur, dont le moulage est en Angleterre ; la pièce est superbe et restitue la fine et délicate physionomie du premier consul. Le retard qu’il mit à la faire connaître, l’absence des traits phrénologiques firent violemment contester son authenticité. Cependant on

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