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L’AFFAIRE DES INVALIDES

Du reste, Sidney Smith se plaît spécialement dans la société des Égyptiens, c est-à-dire des officiers et des savants survivants de 1 expédition d Égypte. Pour lui comme pour eux, c est la plus belle et la plus grande aventure de sa jeunesse, et il aime à la revivre avec ses anciens adversaires devenus ses amis.

INous trouvons à cette époque trace. dans les papiers de Larrey d un événement de carrière qui lui causa un profond chagrin. Il espérait finir en paix ses jours aux Invalides, au milieu des quatre mille vétérans des guerres de l’Empire qu abritait cet hôtel. Rien ne paraissait plus juste, et le gouvernement du roi Louis- Philippe , qui ne l’avait pas envoyé à la Chambre des pairs malgré les réclamations de l’opinion

des colons , paisibles cultivateurs , et des postes isolés dans les plaines brûlantes et les marais fangeux de l’Algérie, dans la guerre existant contre les hordes fanatiques, qui n’ont pas de miséricorde pour les victimes qui ont le malheur de tomber entre leurs mains, et qui les traînent dans le désert comme esclaves, au moins s’ils leur laissent la vie.

« J’ai dû naturellement, en ma capacité de président de la société antipirate des chevaliers libérateurs des esclaves blancs, aussi bien que des noirs en Afrique, m’occuper des moyens à employer pour leur délivrance, leur soulagement et leur transport sans secousse dans les chemins raboteux, intersectés par des ravins, des torrents et des marais bourbeux. Ayant, en conséquence, fait des améliorations et des amplifications dans mon système de « char- pont -bacs » et de pontons de marais aqui- terrestres, composés de barils et de tonneaux roulants sur des chiais, ayant V orifice de l’insertion dans le fond, calfatés et hermétiquement fermés, je désire les soumettre à votre jugement et votre expérience consommée en pareille matière. Vous avez bien voulu me montrer votre excellent système sur des fourgons ordinaires et à quatre roues, je désire vous soumettre ces améliorations, afin que si vous les approuvez et que si vous les trouvez applicables et praticables dans le cas urgent et d’une nécessité immédiate en Afrique, ils puissent être adoptés et employés sur les rivières, lacs et les plages d’embarquement, là où il n’y a pas de ports ou de jetées et où les bateaux ordinaires , encombrés de rames et de rameurs , n’ont pas de place pour des malades et des blessés.

« J’envoie cette lettre d’invitation pour vous engager à vous rendre près de moi, pour inspecter et recevoir mes explications démonstratives de mes plans et modèles, et le porteur, secrétaire de l’institution antipirate, vous conduira à l’heure que vous choisirez. Je me rendrais moi-même près de vous, mais le transport des objets en question offre trop d’embarras.

« Je vous salue avec la cordialité d’un ancien ami de longue date. Si vous pouvez venir dîner avec moi aujourd’hui à six heures, nous aurons plus de temps et de facilité de causer librement. Si vous ne le pouvez pas aujourd’hui, je vous le propose pour jeudi prochain, aux appartements de l’Institution des Chevaliers libérateurs, rue du Rocher, n° 23 bis, près de la barrière Monceau, de quatre à six heures.

« Votre fidèle serviteur et ami ,

« N. Sidney Smith. »

Ms. cit. B. N.

SOUS LE GOUVERNEMENT DE JUILLET

et de la presse, se serait honoré en déférant à ses désirs. Le ministre de la guerre, qui était le général Maison, n’hésita cependant pas pour des motifs spéciaux et d’ordre intime à infliger cette douleur à son vieux camarade, et il le mit, en 1838, à la retraite de chirurgien des Invalides. Ce coup inattendu faillit tuer Larrey. Des Genettes, vis-à-vis duquel la même mesure fut prise, — moins vigoureux, — devait en mourir. La note que consacre Larrey à cet incident est explicite, et, comme toujours, il oppose à ce qu’il regarde comme une injustice un service militaire rendu autrefois à Maison. C’était à la sanglante affaire d’Hollabrünn. « A Hollabrünn, le général Maison commandant l’avant-garde se reposait, lorsqu’il fut surpris par un corps de l’armée russe et perdit un très grand nombre de blessés1. L’Empereur arrive sur le champ de bataille , transforme par moi en vaste ambulance, et le parcourt en proie à un vif mécontentement. Je le rassurai sur les conséquences de ces blessures, et il païut renoncer à l’idée de mettre à 1 ordre du jour le général Maison. »

Cette affaire des Invalides fit un certain bruit, surtout dans la société et la presse d’opposition qui prirent parti pour Larrey. Hippolyte Larrey , qui comme son père laisse quelques notes sur cette affaire, rapporte à ce propos un mot piquant de Berryer sur le maréchal Maison, qui malgré son âge aimait à fréquenter les coulisses des théâtres. <t II traite les affaires de la guerre comme celles de 1 Opéra- Comique2. » Le maréchal Moncey était gouverneur des In\a-

1 Ce ne fut pas à Hollabrünn même, comme je l’ai déjà fait observer page 202, que Maison fut surpris, mais dans un des combats qui eurent lieu à cette époque aux environs de cette ville ; Maison était à ce moment chef d’état-major de Bernadotte.

2 « M. Berryer me parla de la grande affaire des Invalides. 11 estimait le caractère des plaignants secondaires (général Fririon, baron Volland), reprochait de la taquinerie au vénérable maréchal Moncey , et un rôle de légèreté au ministre Maison, qui traitait les affaires de la guerre comme celles de l’opéra-comique. »

Suit une autre note concernant l’attitude des vieux soldats des Invalides en face d’un portrait de l’Empereur :

« Ma sœur, qui seule de nous tous pouvait bien surveiller le déménagement , en était au transport des tableaux. Plusieurs représentaient Napoléon, 1 un en général, un autre en premier consul, un autre en empereur. Lun des empereurs, peint par Girodet, avait été modestement posé, pour un moment d’attente, sur

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