ENTRÉE DE L’ARMÉE AU CAIRE
plissait son pénible service. A l’occasion de la bataille des Pyramides , il voulut lui en donner un témoignage plus éclatant encore. Il écrivit son éloge au bulletin de l’armée et lui décerna une gratification de douze cents livres, seule récompense à laquelle, dans les armées républicaines, pussent aspirer les médecins1. Il écrivit au Gouvernement de faire parvenir cette somme à Mme Larrey 2.
Après sa victoire , l’armée française entra au Caire sans coup férir, et prit possession de la citadelle et de tous les postes militaires. Bonaparte installa son quartier général dans le palais d’Ely-pacha. Sans perdre un instant, il s’attacha à l’organisation civile et militaire du pays. Comme à Alexandrie , il rassura la population et lui promit le respect de sa relimon et la conservation de ses coutumes. 11 établit un divan général, auquel devaient ressortir les divans des autres provinces, et qui, sous la surveillance de l’autorité française, était chargé de l’administration et de la justice locales. Il organisa la perception des impôts. Son armée avait souffert 5 il la fit reposer, mais la soumit à une sévère discipline et lui imposa le respect des institutions, des propriétés et des personnes. La sauvegarde de la religion nationale, des mœurs, des mosquées, des harems et des femmes, fut assurée par de rigoureuses répressions.
Mais l’organisation du Caire et des provinces de la basse Égypte , que la victoire des Pyramides avait fait tomber entre ses mains, ne fait pas perdre de vue à Bonaparte la nécessité de poursuivre et d’assurer sa conquête. 11 avait envoyé Desaix dans la haute Égypte à la poursuite de Mourad-bey. Ayant appris que l’autre bey, Ibrahim, qui s’était enfui du Caire après la retraite des mameluks et dont l’influence était
1 « Il 11’existait alors aucune récompense honorifique pour les officiers de santé militaires, tandis que les officiers combattants avaient des armes d’honneur. Plus tard, cependant, le général Bonaparte fit, après la deuxième bataille d’Aboukir, une exception en ma faveur. » (Larrey, Mémoires et campagnes, note inédite.)
2 « Je viens vous prier de faire payer une gratification de mille deux cents livres à la femme du citoyen Larrey. 11 nous a rendu, au milieu du désert, les plus grands services par son activité et son zèle. C’est l’officier de santé que je connais le plus fait pour être à la tête des ambulances d’une armée. » (Bonaparte, Lettre au Directoire exécutif, 6 thermidor an VI.)
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
redoutable, s était porté sur la Syrie par Belbeïs et Salahieh, il marcha en personne contre lui. Larrey l’accompagnait.
Le 24 thermidor (11 août), l’avant-garde atteignit Ibrahim à Salahieh, au moment où il allait s’enfoncer dans le désert avec le personnel de sa maison , ses trésors et une immense quantité de bagages. Quoique l’infanterie fût encore à une lieue de distance, Bonaparte n’hésita pas à attaquer; mais il n’avait que trois cents cavaliers, et les chevaux étaient fatigués par les trois jours de marche qu’ils venaient de faire. Les mameluks opposèrent une très vive résistance et le combat fut acharné. Entraînés par leur ardeur, les officiers les plus braves de l’armée coururent les plus grands dangers : Murat, Duroc, Arrighi, Lasalle furent enveloppés et ne se dégagèrent que par des prodiges de valeur. Lasalle laissa tomber son sabre au milieu de la charge , mit pied à terre , le ramassa , se remit en selle et tua un mameluk qui l’assaillait au même moment. Auguste de Colbert, qui servait avec ses deux frères dans l’armée d’Égypte et qui devait devenir un des plus remarquables commandants de cavalerie de l’Empire, chargea, à côté de Murat, sur un cheval qui venait d’être pris à l’ennemi et dont la selle était dépourvue d’étriers. Il fut mis à 1 ordre du jour pour sa brillante valeur. Il y eut cinquante blessés. Larrey signale l’extrême gravité des blessures portées avec une violence inouïe par les terribles damas des mameluks. Chez les uns, le moignon de l’épaule était emporté ; d autres avaient des membres presque entièrement détachés, ou les muscles extenseurs de la tête sectionnés jusqu aux apophyses épineuses des vertèbres cervicales, ou encore des portions de crâne absolument enlevées. Des cavaliers offraient jusqu’à quarante blessures. Destrée, chef d’escadron du 7e hussards, qui fut fait chef de brigade le soir de la bataille , reçut quatorze coups dè sabre et une balle dans la poitrine. Sulkowski, — l’aide de camp de Bonaparte, — fut atteint de huit à dix coups de sabre et de plusieurs coups de feu. Tous deux guérirent.
Larrey pansa les blessés sur le sable et les fit porter en-