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DEFAITE D’ABOUKIR

suite dans la mosquée de Salahieh, où il établit une ambulance sédentaire h

Cette sanglante affaire eut pour résultat de rejeter Ibrahim en Syrie et de débarrasser l’Égypte d’un ennemi dangereux. Mais les bagages du bey échappèrent , et les soldats furent privés de la riche proie sur laquelle ils comptaient déjà. Ils se dédommagèrent par la capture d’une importante caravane, chargée de précieuses marchandises de l’Inde , qui était tombée entre les mains d’ibrahim, et dont ses mameluks n’avaient pu emporter qu’une partie1 2.

Au moment où Bonaparte quittait Salahieh pour retourner au Caire, il apprit le désastre d’Aboukir, 14 thermidor an VI (1er août 1798). Brueys, malgré les ordres qu’il aurait reçus de retourner à Corfou , s’il ne pouvait se mettre en sûreté dans le port d’Alexandrie, s’était laissé surprendre par Nelson au mouillage d’Aboukir, dans des conditions d’embossage qui permirent à l’amiral anglais de faire passer ses vaisseaux entre le rivage et l’escadre française, prise entre deux feux3. La flotte fut détruite. Ce désastre entraînait d’in-

1 Larrey, Rapport aux citoyens inspecteurs généraux du Service de santé,

1er fructidor an VI. Ms. B. N.

« « Le général en chef, dit Larrey, avait d’abord eu l'intention de faire porter au Caire toutes ces marchandises pour les faire vendre régulièrement au profit des soldats. Mais, comme nous étions assez loin en Syrie et qu’on manquait de moyens de transport, cette mesure ne put être prise, et la vente se fit sur le terrain même où la caravane avait été arrêtée et pillée par les mameluks. J’achetai six beaux châles de cachemire et plusieurs pièces d’étoffe en mousseline de l’Inde pour six louis en or.

« Les soldats coupaient ces riches et rares étoffes et ces beaux châles pour se faire des bretelles, des ceintures et des bonnets de nuit. Les cantinières se firent surtout de précieux magasins.

« On trouva aussi dans les caisses de cette caravane beaucoup de perles fines et de pierreries qui furent gaspillées et vendues à vil prix. On n’en connaissait pas la valeur. » (Larrey, Notes manuscrites. Mémoires et campagnes , t. I, p. 200.)

3 Nous avons vu plus haut que Dupetit-Thouars, dans un déjeuner qu’il donna à son bord à Larrey, l’avant-veille du départ pour l’Égypte, lui exprima ses appré-

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

calculables conséquences militaires, puisqu’il enlevait à l’armée ses communications avec la métropole et les moyens de se rembarquer, qu’il la privait d’un puissant auxiliaire dans ses opérations ultérieures en Syrie, et qu’il ouvrait les côtes de l’Égypte à l’Angleterre. Bonaparte, dont la déception personnelle dut être cruelle, car il comptait se servir de l’escadre pour rentrer en France1, en fut profondément affecté. Mais elle ne lui fit pas perdre sa résolution de poursuivre et de conserver sa conquête. La nécessité de maintenir la confiance des troupes, qu’un semblable événement était bien fait pour altérer, lui rendit vite son énergie et son impassibilité ordinaires, et il se montra, comme tant de fois plus tard, à la fin de son extraordinaire carrière, supérieur à la mauvaise fortune. Son premier soin fut de rassurer son entourage et de lui exposer que l’Égypte offrait suffisamment de ressources pour que l’armée pût se suffire à elle-même. Il l’invita à l’aider à la préserver d’un découragement qui serait

hensions sur l’incapacité de Brueys, et lui prédit la perte de la flotte et sa propre mort à lui-même. Il fut, en effet, tué sur son banc de quart.

Savary dit que, lorsque les Anglais furent maîtres d’Alexandrie, ils firent sonder les passes du port, et trouvèrent que celle du milieu avait au moins cinq brasses d’eau. « Si l’escadre n’avait pas perdu un mois sans chercher à s’en assurer, elle aurait évité la destruction. » ( Mémoires du duc de Rovigo. Note. Tome I, p. 72.)

D’après le rapport du capitaine Barré, chargé d’exécuter des sondages dans les passes d’Alexandrie (13 juillet, 25 messidor), la flotte pouvait passer.

On a dit que Bonaparte avait prescrit à Brueys de se retirer à Corfou. Après la prise du Caire, l’amiral avait déjà épuisé les approvisionnements de l’escadre et n’aurait pu faire la route. Les vraies fautes de Brueys sont : la première, de ne pas avoir tenté de pénétrer dans le port, comme le lui avait recommandé Bonaparte (lettres du 9 et 12 thermidor), en améliorant les passes, s’il le fallait, comme l’indiquait le capitaine Barré; la seconde, — étant resté à Alexandrie, — de ne pas avoir rectifié la position vicieuse de ses bâtiments, dès que les voiles suspectes lui furent signalées (20 juillet). La bataille n’ayant eu lieu que le 14 thermidor (2 août), le temps ne lui manquait pas. Mais nous connaissons le désarroi qui régnait alors dans la marine, et dont on ne peut avoir une idée qu’en lisant les rapports du temps. « C’est un cadavre infect, » disait à Kléber le capitaine de vaisseau de Casabianca, qui périt à Aboukir avec son fils. Kléber, qui la voyait de près, dans son commandement d’Alexandrie, ajoute « qu’il ne se trompait pas ». ( Kléber à Menou, 28 thermidor an VI, 15 août 1798.) Les témoins intelligents, comme les membres de la Commission des sciences et des arts, ne sont pas moins affirmatifs : « C’est à la faute de Brueys, dit Geoffroy-Saint-Ililaire, que nous devons notre défaite. Il était difficile de se plus mal embosser. » (Geoffroy-Saint-Hilaîre, Lettres écrites d’Égypte, publiées par le docteur Hamy. Paris, 1901.)

1 Lettre à son frère Joseph du 7 thermidor ( Correspondance interceptée). Cette lettre a été un moment contestée, mais elle paraît bien authentique.

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