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LE BARON TAYLOR

chai Soult, qui avait vendu au duc de Sunderland, — un Anglais, — des chefs-d’œuvre espagnols qu’il n’aurait dû céder qu’à un musée français. Mais le duc de Sunderland a été le plus offrant, et le duc de Dalmatie a accepté de lui trois cent mille francs. »

Ces tableaux avaient été pris en Espagne, et Larrey, qui n’aime pas Soult et dont le père est revenu les mains nettes de cette guerre de la péninsule qui donna lieu à tant de rapines de la part de beaucoup de généraux, ne dissimule pas le sentiment de mépris que lui inspire l’origine de ces tableaux. Soult et les Larrey vivaient du reste en fort mauvais termes. Le duc de Dalmatie n’avait pas oublié l’incident de Lutzen, où Larrey le confondit aux yeux de l'Empereur dans l’affaire des soldats mutilés, et pendant son passage au ministère de la guerre, sous le gouvernement de Juillet, il lui manifesta plus d’une fois son ressentiment'.

Hippolyte Larrey donne ensuite son impression enthousiaste sur Taylor. « Taylor sait tout, parle de tout avec cet esprit sûr et juste des connaissances acquises par soi-même et non par le récit des autres. Je ne l’avais pas encore rencontré, et j’ai trouvé en lui un de ces hommes rares qui grandissent au lieu d’être diminués quand on les considère de près. Il a voyagé partout et a tout vu et tout retenu. Sa conversation est une des plus brillantes qu’on puisse entendre. On le regarde et on l’écoute à la fois en subissant par ses paroles une sorte d’influence magnétique. » Puis cet éloge, le plus significatif qu’on puisse faire d’un causeur : « On l’écoute encore quand il ne dit plus rien. »

« M. Taylor voudrait que la grande rue projetée par Napoléon Ier fût enfin entreprise. S’il en était l’architecte, il la construirait avec des arcades, des portiques, des colonnes, des façades, qui représenteraient tous les édifices connus anciens ou modernes. Il parle de déplacer Saint-Germainl’Auxerrois, comme si l’église n’était qu’une seule pierre, et il

1 Entre autres marques de mauvais vouloir, il refusa, — je l’ai dit, — de décorer H. Larrey, qui s’était brillamment conduit au siège d’Anvers et avait été proposé par ses chefs.

542 SOUS LE GOUVERNEMENT DE JUILLET

la transporterait pour élargir la voie sur l’emplacement de la maison Dupuytren. «... C’est à lui que nous devons l’obélisque, mais il nous fait observer que ce n’est pas lui qui l’a fait pencher; car le monument s’incline un peu, et ce n’est même pas vers l’Orient.

« Lui aussi plaide pour la statue de l’Empereur sur la colonne, telle qu’elle était autrefois et non telle qu’on nous l’a faite à la révolution de Juillet.

« ...M. Taylor prouve que la religion protestante, avec la simplicité de son culte, a tué le sentiment des arts chez les nations qui la professent. Pas de peintres, pas de sculpteurs, pas de musiciens en Angleterre. Il faut à l’inspiration de l’artiste le spectacle et la variété solennelle des scènes religieuses. »

On sait que les Larrey, par Élisabeth de Laville et sa sœur Emilie, touchaient au monde artistique. J’ai fait connaître leur liaison avec David, le grand peintre de la Révolution et de l’Empire, et leur étroite intimité avec Girodet, l’auteur des portraits de Dominique et d’Isaure. Larrey et sa femme, restés fidèles aux goûts de leur jeunesse, étaient en relations avec les anciens élèves de ces peintres, — devenus euxmêmes des maîtres, — et particulièrement avec Gérard, Gros et le sculpteur David d’Angers.

Gérard étant venu à mourir, Ii. Larrey accompagna son père à la vente de ses œuvres. Le peintre officiel des souverains de l’Europe et de toutes les illustrations françaises laissait un grand nombre de tableaux. Toute la sainte Alliance était là : les portraits des souverains, des empereurs Alexandre et François, du roi Guillaume de Prusse, de leurs ministres, Metternich, Schwarzenberg, Kourakine. Puis, les célébrités françaises représentées par les portraits de Ney, de Corvisart, d’Antoine Dubois, de Mlle Mars, de Mme de Staël, de Talma, de Fourcroy, de Humboldt. Il n’était pas un de ces personnages qui n’eût connu Larrey et qui n’éveillât dans sa mémoire un monde de souvenirs, et devant le vieillard se dressa un moment son brillant et douloureux passé. Son fils note cette impression et esquisse quelques traits de Gérard, qu’il doit évidemment aux souvenirs de son père et surtout de sa mère.

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