‹ Napoléon et LarreyChapitre 294 sur 319 · LISZT · texte numérisé non relu

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Pariset, le secrétaire perpétuel de l’Académie, et Andral, professeur à la Faculté, qui avait été le médecin de Murat dans sa jeunesse. Des Genettes n’était plus que l’ombre de lui-même; il portait sur ses traits et dans sa démarche les stigmates de la maladie, — une hémorragie cérébrale, — qui 1 avait frappé l’année précédente et devait peu de temps après le conduire au tombeau. 11 avait conservé, avec sa belle intelligence, le cynisme un peu débraillé de sa jeunesse ; mais ce brillant causeur ne s’exprimait plus que difficilement.

Hippolyte Larrey nous représente Liszt d’une maigreur d’ascète, les yeux brillants et brûlés par la fièvre, les traits tirés et encadrés par une longue et épaisse chevelure, comme celle des étudiants allemands. Il arrivait de Suisse, où l’avait entraîné une aventure romanesque. Très versé dans les questions de philosophie et de physiologie, il recherchait volontiers la société des hommes de science et discutait ces sujets avec autant de feu que s’il se fût agi de quelque question artistique. Quel était le motif qui avait fait faire au merveilleux compositeur la connaissance du savant aliéniste? Larrey, — très attaché à Liszt, — se pose la question avec inquiétude... «Je n’ai pas osé lui demander comment il connaissait M. Esquirol, parce que j’avais craint plus d’une fois qu’il ne vînt à le connaître. »

Dans la soirée, Pariset, qui était comme on le sait l’orateur attitré de l’Académie de médecine, lut à ses convives l’éloge de Bourdois de la Mothe, qui venait de mourir et qu’il devait prononcer devant la compagnie. Bourdois, né sous Louis XV, en 1754, ancien docteur régent de la Faculté avant la Révolution, avait représenté au xvme siècle, avec une grâce infinie et une noble et affectueuse aisance, les praticiens de l’ancien régime. Après avoir été médecin du comte de Provence, de Madame Victoire, il avait été emprisonné sous la Terreur, tiré de son cachot par le dévouement de sa femme et envoyé à l’armée des Alpes, où, comme Des Genettes, il rencontra Bonaparte, avec lequel il se lia. Ce fut le point de départ de sa nouvelle fortune. L’Empereur n’ou-

SOUS LE GOUVERNEMENT DE JUILLET

blia pas l’ami de sa jeunesse; il le nomma médecin du roi de Rome. Ce titre le mit en évidence; il soigna toute la cour impériale, et sut garder sous la Restauration une haute situation.

Après avoir entendu la lecture de ce travail, les auditeurs de Pariset revinrent sur la carrière de Bourdois et en discutèrent quelques épisodes. On rappela 1 influence que lui avait donnée son titre de médecin du prince de Talleyrand, et Larrey raconta qu’après Iéna, au moment du remaniement des principautés allemandes, tous les princes des bords du Rhin, accourus à Paris pour défendre leurs intérêts, feignaient d’être malades, afin de faire appeler Bourdois et de l’intéresser à leur cause. « Ce fut aussi, ajouta-t-il, celui de nous tous qui a reçu le plus de riches tabatières , et c’est avec le produit de leur vente qu’il a acheté son beau château de Marne. » Pariset, séance tenante, rectifia son discours et y ajouta ces détails.

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