‹ Napoléon et LarreyChapitre 35 sur 319 · FONDATION DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE · texte numérisé non relu

FONDATION DE L’INSTITUT D’ÉGYPTE

tions : les mathématiques, la physique, l’économie politique, la littérature et les beaux-arts. Le nombre des membres fut fixé à quarante -huit.

Larrey ne figura pas sur la liste élaborée par les fondateurs. L’art chirurgical fut d’abord représenté par Antoine Dubois, que son titre de membre de la Commission des sciences et des arts recommandait de préférence à leur choix. Mais, Dubois ayant obtenu de rentrer en France, le chirurgien en chef de l’armée fut élu à sa place, dans la séance du 16 messidor an VIL Des Genettes, au contraire, avait fait partie de la commission des membres fondateurs. Rien ne convenait mieux à ce médecin lettré, qui parlait et écrivait avec une égale facilité et chez lequel le talent d’observation, — fruit de ses études et de sa pratique médicales, — s’unissait à une brillante culture littéraire. Il prit une part très active aux travaux de l’Assemblée et la présida souvent.

Bonaparte mit à la disposition de l’Institut et des membres de la Commission des sciences et des arts deux palais du Caire , qui gardèrent le nom de leurs anciens possesseurs : Hassan-Kachef et Cassim-bey. Ces deux habitations étaient réunies par de vastes jardins, qui faisaient de ce coin du Caire une oasis de verdure. La première était le siège officiel de l’Institut, le lieu de ses séances, et comprenait, — avec des laboratoires, des galeries pour les collections d’histoire naturelle et des cabinets de travail, — le logement particulier de Monge, de Berthollet et des principaux membres de la Compagnie. La seconde était réservée à la Commission des sciences et des arts ; mais elle devint vite un centre commun aux Français, — une sorte de club littéraire et scientifique, — où se réunissaient les savants des deux catégories.

Autour de ces palais s’élevèrent des ateliers de mécanique, l’hôtel de la Monnaie, l’École de botanique, et l’imprimerie où furent publiés les journaux de la colonie, la Décade et le Courrier d'Égypte, et tous les travaux administratifs. Après l’insurrection du Caire, au cours de laquelle les savants

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

avaient failli périr, on construisit un fort destiné à les protéger contre l’éventualité des émeutes. Tous ces établissements formèrent le quartier de l'Institut, le milieu où se mouvaient et travaillaient les savants, quand ils n’étaient pas en expédition.

Je ne puis ici, — malgré le puissant intérêt qu’offrirait une semblable étude, — exposer la tâche à laquelle se livra la nouvelle société. Ce fut réellement une œuvre de Titan, qui nous confond aujourd’hui d’étonnement par le nombre, la variété, l’étendue et la profondeur des sujets qu’elle a embrassés. Elle aboutit, comme on le sait, au magnifique ouvrage dont la conception revient à Kléber, mais dont l’exécution fut ordonnée par le premier consul. C’est là que furent consignés les immenses travaux des savants, véritable description de l’Égypte qui ne laisse aucun point dans l’ombre et procède successivement à l’étude de l’État moderne, aux recherches sur l’État antique et à la description des lieux et des monuments. Jamais on n’avait fait et jamais on n’accomplira, sans doute, une œuvre semblable. Jamais on n’avait vu et jamais on ne reverra un pays exploré, mesuré, fouillé, analysé et étudié en si peu de temps et avec autant de compétence, dans les multiples conditions qui avaient gouverné son passé et qui présidaient à son existence actuelle.

Durant tout le séjour de Bonaparte en Égypte, l’Institut est dans ses mains, et on voit que, pour lui, il n’est pas uniquement un instrument de civilisation de sa conquête, mais aussi un puissant moyen de gouvernement. Pendant qu’on ne note pas, en effet, une seule fois l’apparition de ses successeurs, Kléber et Menou, au palais d’Hassan-Kachef ; que le premier, préoccupé d’abord de quitter l’Égypte, puis obligé ensuite de la conquérir une seconde fois et de la réorganiser, n’a pas le temps de s’occuper des savants, et que le second, qui se rend compte que sa pauvre tête est percée à jour par ces intelligences d’élite, est plutôt hostile, Bonaparte assiste à la plupart des séances, témoignant à leurs débats et aux travaux de ses membres un intérêt passionné.

Page 1