CAMPAGNE DU PALATINAT
ministre de la marine les témoignages les plus flatteurs de l’intendant général et du Conseil de santé de Brest.
Mais déjà éclataient dans la France entière les préludes de la Révolution. Comme tous les esprits généreux de l’époque, Larrey applaudit, enthousiaste, aux événements de 1789; il prit part avec les élèves du Châtelet et de la Bazoche et les étudiants du Collège de chirurgie, ayant à leur tête Boyer, qui devait être un jour le chirurgien de Napoléon et le plus grave professeur de la Faculté, à l’assaut de la Bastille et à toutes les journées de 1789 h Ces jeunes gens, qui étaient loin d’être des émeutiers, se donnaient la tâche de maintenir l’ordre et d’assurer le respect des propriétés nationales1 2.
Cependant, bientôt admis, d’abord en qualité d’élève, puis de sous -aide, à l’hôpital des Invalides, dirigé alors par le sage et vénéré Sabatier, Larrey suivait sa carrière, perfectionnant sous ce maître habile et respecté, — un des plus considérés du xvme siècle, — son instruction chirurgicale pratique, admis à soigner les blessés et à exécuter les opérations sous sa surveillance. Il fréquentait en même temps l’Hôtel-Dieu, dont l’illustre Desault, entraînant sur ses pas la foule des étudiants et des médecins, avait fait le plus grand théâtre de la chirurgie du temps.
La guerre, qui éclata au commencement de 1792, vint l’arracher à ses études et l’enlever au modeste emploi qu’il occupait aux Invalides, pour le placer dans les conditions qui convenaient le mieux à son tempérament et à ses brillantes facultés. Sur la proposition de Sabatier, le Conseil de santé l’envoya à l’armée du Rhin avec le brevet d’aidemajor (avril 1792). J’ai exposé dans la première édition de ce livre cette campagne du Palatinat dont les brillants débuts
1 30 juin. Délivrance des gardes-françaises enfermés à l’Abbaye.
'12 juillet. Renvoi deNecker, affaire des Tuileries et charge du prince de Lambesc. 14 juillet. Prise de la Bastille, et 6 octobre. Émeute de Versailles.
2 Mes Loisirs , ou Journal d’événements tels qu’ils parviennent à ma connaissance, par le libraire parisien Hardy, de la rue Saint-Jacques, 1764-1769. Du mardi 14 juillet.
JEUNESSE DE LARREY
suivis du revers , — que Hoche devo.it effacer 1 année suivante, — inaugurèrent les triomphes militaires de la Révolution : la prise, par Custine, de Spire, de Francfort, de Mayence, puis l’échec sur Coblentz et la perte de Mayence et du Palatinat entier, suivis de la reddition de Wissembourg1.
Je n’ai à y revenir que pour signaler une innovation de Larrey, qui constitua la réforme la plus heureuse et la plus humanitaire qui ait été jamais apportée à l’assistance des blessés.
Les règlements militaires de l’ancien régime plaçaient les ambulances à une lieue de l’armée. Les blessés restaient sur le terrain jusqu’après le combat; ils devaient alors être relevés et réunis dans un local favorable, où l’ambulance se rendait aussi promptement que possible. Mais il arrivait qu’entre celle-ci et les combattants s’interposaient les équipages et les gens de suite, et que sa marche était tellement entravée qu’il lui fallait quelquefois vingt- quatre heures, et même plus, avant d’arriver aux blessés. La plupart de ceuxci périssaient faute de soins et, en cas d’échec, étaient misérablement abandonnés. Aussi la mortalité était-elle effrayante. Larrey, à la suite d’une affaire où ses blessés étaient tombés entre les mains des Prussiens '2, conçut la pensée de leur porter désormais secours sur le terrain même du combat, d’aller les relever et les panser sous le feu de l’ennemi, et il obtint du général en chef, qui était alors Houchard, la création d’une ambulance rapide, analogue aux batteries d’artillerie volantes qui étaient alors en usage dans les armées de la République.
Ce fut là l’idée géniale de Larrey, le point de départ de l’œuvre qu’il perfectionna progressivement et qui fut plus tard appliquée à la Garde consulaire et à la Garde impériale. Elle sauva de la mort des milliers d’hommes, affermit le moral des soldats et ennoblit les fonctions de chirurgien,
1 Larrey et les campagnes de la Révolution et de l'Empire, pp. 21 à 44.
2 Cf. la première édition, retraite de Houchard, après l’échec de Custine sur Coblentz, p. 30.