BATAILLE DU 22 JUIN
à qui on ne put plus dénier le rôle de combattant, puisqu’il s’exposait sans armes au milieu de la mêlée1.
L’ambulance volante acquit vite une immense popularité. Son chef se fit remarquer dans tous les engagements par son brillant entrain, son habileté chirurgicale, et l’audace avec laquelle il exposait sa vie pour venir au secours des blessés. 11 se couvrit de gloire à la bataille que livra Beauharnais pour délivrer Mayence (22 juin 1793). Il rallia et ramena au feu des soldats qui avaient fléchi, et enleva ses blessés de la mêlée avec une intrépidité qui suscita l’admiration de l’armée2. Le général en chef le mit à l’ordre du jour et signala sa belle conduite dans le rapport qu’il adressa à la Convention3. C’était la première fois qu’un chirurgien militaire recevait du commandement un témoignage officiel de sa satisfaction.
Après la perte de Wissembourg, l’armée française s’étant retirée sous les murs de Strasbourg, où elle prit ses cantonnements d’hiver, Larrey fut envoyé à Paris par les représentants du peuple en mission à l’armée (avril 1794). Le Conseil de santé, qui avait suivi avec intérêt la campagne du jeune chirurgien, l’accueillit avec faveur, le félicita sur sa brillante conduite, le couvrit d’éloges pour sa création des ambu-
1 Cf., pour l’organisation des ambulances volantes, la première édition de cet ouvrage, p. 54.
2 II a raconté ce fait dans son Journal inédit de campagne :
« Ce jour-là fut pour moi le plus beau de ma vie, non seulement parce que je ralliai et conduisis à l’ennemi des soldats qui s’étaient dispersés, mais aussi par les services efficaces que j’apportai à nos braves défenseurs jusque sous le feu de l’ennemi. Je me féliciterai toujours d’avoir été enlever sous le feu d’une batterie ennemie, à la tête d’une escorte de cinq dragons que m’avait donnée Landremont, quatre volontaires qui gisaient dans la mêlée, les jambes fracassées, et que des barbares étaient en train de dépouiller. Les Prussiens avaient alors l’habitude d’enlever les habits de nos blessés et de les égorger ensuite. Je chargeai ces cannibales avec mes dragons, les dispersai et enlevai les blessés à demi morts dans mon ambulance volante, malgré la volée de coups de canon que nous envoya la batterie. Je n’eus qu’un dragon démonté. Je les conduisis dans un ravin qui était à l’abri du feu, et les opérai immédiatement avec le plus grand succès, et ils guérirent tous les quatre.
« Ces braves républicains, avec tant d’autres dans cette journée, trouvèrent leur salut dans l’ambulance volante. Elle était, du reste, connue de toute l’armée par les secours importants qu’elle rendit dans tous les combats. »
3 Séance de la Convention du 25 juillet 1793. Présidence de Danton. Le rapport de Beauharnais fut couvert d’applaudissements.
6 JEUNESSE DE LARREY
lances volantes et lui donna la mission de les organiser dans les autres armées de la République. A peine s était-il mis à l’oeuvre, que le gouvernement ayant institué une quatorzième armée, — l’armée de Corse, — destinée à reprendre cette île aux Anglais, il en fut nommé le chirurgien en chef, et reçut l’ordre de se rendre immédiatement à Toulon.
Il eût été heureux de cette nomination , qui constituait un avancement exceptionnel , sans la condition du départ immédiat qui l’accompagnait. Après deux ans d’absence, il désirait, en effet, faire un court séjour à Paris. Voici pourquoi. Avant son départ pour l’armée du Rhin, alors qu’il était attaché sous Sabatier à l’hôtel des Invalides, le jeune homme avait été introduit dans la famille de Le Roulx de Laville, qui avait été ministre des contributions publiques, le 30 juillet 1792, au moment même où l’Assemblée allait décréter l’arrestation du roi. Ce ministre, qui a laissé la réputation d’un homme intègre et courageux, avait trois filles, que leur beauté avait rendues célèbres1 II : Henriette,
I René Le Roulx de Laville fut appelé, en 1775, au concours établi pour la place d’adjoint au premier commis du département de l’Inde. N’ayant pas été installé, il fut nommé, en 1782, directeur des Salines, et plus tard adjoint à l’administration des Fermes. Pendant la Révolution, il remplit plusieurs fonctions importantes aux départements des colonies et des finances, et fut nommé, en 1792, ministre des contributions, dans le ministère girondin qui fut le dernier cabinet de la monarchie.
Sur son ministère voir Gazette nationale ( Moniteur universel), mercredi 1er août 1792, et Montjoie, Histoire de Marie- Antoinette , 3e édit. Paris, 1816, II, 82.
Leroulx de Laville fut ensuite consul de France à Rotterdam, où il mourut en 1798 ou 1799. 11 avait épousé, à Toulouse, Mlle Lombard, morte en 1817.
II eut quatre filles :
1° Une fille morte jeune;
2° Marie -Guillelmine- Emilie, née en 1768, mariée à Pierre -Vincent Eenoît, morte le 8 novembre 1826;
3“ Marie-Élisabeth, née en 1770, mariée à Dominique Larrey, morte le 24 juillet 1842;
4° Henriette, née vers 1772, mariée au docteur Coutanceau, médecin en chef des armées, morte en 1823.
Son frère puîné était Joseph Le Roulx de Laville, député de Lorient aux États généraux, membre de l’Assemblée des notables, de l’Assemblée constituante et du Sénat conservateur, mort le 3 avril 1803 , frappé d’apoplexie en descendant le grand escalier des Tuileries. Figure dans le tableau de David, qui reproduit le Serment du Jeu de Paume.
Parmi les descendants de Le Roulx de Laville, on compte aujourd’hui les familles si connues et si justement estimées des Delaville- Leroulx (l’orthographe