‹ Napoléon et LarreyChapitre 46 sur 319 · LES AMBULANCES A DROMADAIRES · texte numérisé non relu

LES AMBULANCES A DROMADAIRES

justice aux dépens d’un autre chirurgien plus méritant h

Après avoir organisé les services de l’armée et les ambulances, Larrey s’ocupa des moyens de transport. Il ne suffisait pas, en effet, de panser les blessés sur le champ de bataille, il fallait encore qu’ils fussent enlevés avec une extrême rapidité pour les mettre hors d’atteinte des Arabes , ou les empêcher de périr misérablement de faim et de soif. Il ne fallait pas songer dans le désert aux fameuses ambulances volantes de l’armée d’Italie. Une seule voiture existait dans toute l’armée, c’était celle de Bonaparte. Il eut alors une de ces idées géniales comme il en concevait parfois quand le sort de ses blessés était en jeu.

Le général en chef venait d’instituer le corps de dromadaires montés qui se mobilisait avec une rapidité et une résistance à la fatigue supérieures à celles de la cavalerie , et atteignait à l’improviste les Arabes jusque dans leurs retraites les plus éloignées. Ce régiment d’un aspect si nouveau devint une sorte de police du désert et contribua pour une grande part à la pacification du pays. Desaix, dans son commandement

1 Larrey, Correspondance générale. Lettre à Bonaparte, 30 nivôse an VIL

Mss. B. N.

Voici la lettre qu’il lui adressa, elle devrait servir de modèle à tous les chefs de service , sous toutes les formes de gouvernement.

« Le Caire , 30 nivôse an VII.

« Au général en chef Bonaparte, a Citoyen général ,

« Il n’y a que soixante places de chirurgiens de première classe dans toute la République, destinées à ceux qui ajoutent au zèle, au courage, de longs services, des talents distingués , des connaissances profondes reconnues par des épreuves opératoires.

« Le citoyen Cousté n’a point encore assez d’expérience ni d’acquis pour passer à ce grade. Cependant sa conduite est digne d’éloges, et il a apporté du zèle à surveiller les malades de son hôpital ; mais les réponses qu’il a faites aux examens que je viens de faire subir aux officiers de santé de la 18e demi -brigade n’ont point le mérite de celles du citoyen Vattat, que j’ai chargé de la direction du service dans ledit corps, plus ancien d’ailleurs dans le service militaire et exerçant la chirurgie avec distinction depuis trente ans.

« Salut et respect.

« Le chirurgien en chef ,

« D. J. Larrey. »

(Larrey, Correspondance. Mss. B. N.)

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

de la haute Égypte, imita cette innovation, qui lui rendit de grands services dans sa poursuite de Mourad.

L’idée de Larrey consista à utiliser ces animaux dans le transport des blessés et à constituer avec eux un corps d’ambulanciers, comme Bonaparte avait organisé un corps de cavaliers. Le dromadaire, qui porte aisément les plus lourdes charges, qui est d’une docilité parfaite, qui se couche et se relève au signal, et dont la sobriété est inestimable, convenait admirablement pour ce service. Larrey obtint du général en chef les montures nécessaires. Il fit construire cent paniers disposés en forme de berceaux et suspendus par des liens élastiques de chaque côté de la bosse de l’animal. Chaque chameau portait deux paniers. Ces appareils étaient agencés de façon à ne gêner en rien leur marche et leurs mouvements, et leurs dimensions permettaient d’y placer un blessé couché dans toute sa longueur.

Avant de partir, il accomplit un de ces actes d’humanité envers les prisonniers qui se répétèrent si souvent dans sa carrière. Une frégate anglaise s’étant échouée, quelque temps auparavant, sur la côte d’Alexandrie, l’état-major, avec les équipages, — considérés comme prisonniers de guerre, — avaient été enfermés dans les souterrains de la citadelle du Caire, dont le gouverneur, Dupas, était connu pour son extrême dureté. Larrey avait visité plusieurs fois ces prisonniers, qu’il avait trouvés dans de détestables conditions d hygiène , privés d’air, de lumière , entassés les uns sur les autres et malades pour la plupart. Il réclama auprès de Dupas, qui refusa d’améliorer leur situation. Ne voulant pas les laisser entre ses mains pendant l’absence qu’allait faire

armée, il fut trouver le général Bonaparte, lui décrivit l’état

des détenus et lui représenta combien il était inhumain de maintenir dans une étroite et sévère captivité des hommes que le hasard, — et non des faits de guerre, — lui avait livrés. Il fit valoir tous les motifs, — arguments politiques et raisons d humanité , — de nature à plaider en faveur de leur

mise en liberté. Impressionné par ces paroles qui étaient empreintes dune haute droiture, Bonaparte prescrivit de

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