‹ Napoléon et LarreyChapitre 64 sur 319 · EMPOISONNEMENT DES PESTIFÉRÉS DE JAFFA · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT DES PESTIFÉRÉS DE JAFFA

gés sur le Caire à travers le désert. Un certain nombre de fiévreux étaient si gravement atteints, que leur évacuation parut à Des Genettes « inutile et dangereuse ». Il fit part au général en chef de la gravité de leur état et de la nécessité où il se trouvait de les abandonner à Jaffa.

Ici se présente l’épisode historique de l’empoisonnement des pestiférés de Jaffa, qui a servi longtemps de thème aux plus vives attaques contre Bonaparte. On sait qu’on a prétendu que, pour ne pas les laisser entre les mains des Turcs, il les avait fait empoisonner. L’authenticité de cet acte, qui repose sur le témoignage un peu vague de Des Genettes et sur des assertions anglaises, — entre autres celle de Wilson, — est vivement contestée par Larrey. Établissons d’abord la version courante. Des Genettes rapporte que le général en chef lui demanda de faire cesser les souffrances des pestiférés, qu’il disait ne pouvoir évacuer, en leur administrant une dose d’opium... Le médecin s’y refusa, on le comprend, et répondit noblement que son métier était de conserver les malades et non de les achever. On remarquera cependant qu’en donnant le conseil de les abandonner, il les vouait à une mort peut-être aussi certaine et, en tous cas, deux fois plus horrible. En face de cette éventualité, il semble qu’il eût été préférable de les embarquer, quel que fût leur état. Cependant jusqu’à présent le récit de Des Genettes, confirmé par Napoléon, est exact. Bonaparte lui proposa réellement d’empoisonner les malades qu’il laisserait à Jaffa, et nous savons, par les exemples de faits analogues qui se sont reproduits depuis, que le mobile auquel obéissait le commandant de l’armée était parfaitement excusable1.

pour soigner les officiers blessés, Giraud, Ravanate, Laugier, André, Glaise et Moranges, embarqués sur divers bâtiments. » (Larrey, Correspondance. Ms. B. N.)

Une partie du convoi arriva à destination , l’autre fut capturée par les Anglais.

1 Nos guerres coloniales récentes ont offert des exemples où les blessés demandaient eux- mêmes à être achevés plutôt que d’être abandonnés aux mains de l’ennemi. N’est-ce pas hier, du reste, que les ministres étrangers assiégés dans les légations de Pékin avaient pris la résolution de se tuer et de donner la mort à leurs femmes et à leurs enfants plutôt que de tomber avec eux entre les mains

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

Mais Des Genettes ne s’en tint pas là. Dans une autre édition de son livre, il alla plus loin et dit que la proposition fut acceptée par un autre que par lui et qu’il sait qu’on donna aux pestiférés une dose de laudanum. Quelques-uns guérirent, — ce qui prouve que leur état était loin d'être aussi désespéré qu'il l’avait cru , — et racontèrent ce qui s’était passé1.

Cette seconde partie de son récit est démentie par Napoléon, qui prétendit qu’aucune suite ne fut donnée à la pensée qu’il avait conçue , et, de son côté , Larrey lui oppose d’énergiques dénégations, avec preuves à l’appui.

Ces preuves sont : l’incendie qui gagna l'hôpital et fit périr les quelques pestiférés qui y restaient encore, l’absence absolue d’opium, de laudanum et de tout autre médicament dans l’armée, le manque de moralité et la lâcheté du pharmacien en chef qui prétendit avoir reçu de Bonaparte la mission d’empoisonner les malades abandonnés, et l’invraisemblance que le général en chef eût donné pour une telle mission sa confiance à un homme qu’il avait voulu faire fusiller, et qu’il méprisait profondément 2.

des Chinois, et que les agences anglaises publièrent sensationnellement des informations comme celle-ci :

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