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ENTRÉE DE L’ARMÉE AU CAIRE

héroïques. Il était juste qu’un accueil honorable leur fût réservé. D’un autre côté, il était politique de frapper les populations égyptiennes qui auraient pu être impressionnées par les relations turques ou anglaises publiées sur l’expédition. Tout fut organisé avec le général Dugua, qui commandait au Caire en son absence , pour lui ménager une réception triomphale. Ce général, avec la garnison, les musiques, les fonctionnaires français , le Divan , les principaux chefs et notables indigènes, les aghas, les janissaires, sortit du Caire le 27 au matin et se rendit en grande pompe au-devant de Bonaparte. Celui-ci l’attendait au faubourg de la Koubeh, à la tête de l’armée de Syrie, rangée en bataille. Dugua et les chefs égyptiens le complimentèrent. Le cheik El-Bekry lui offrit un jeune Arabe et un magnifique cheval noir richement harnaché. Le jeune Arabe fut ce mameluk si connu nommé Roustan, qui à partir de ce moment fut attaché à sa personne et ne le quitta plus. Après ces formalités, il fit son entrée au Caire par la porte de Bab-el-Nasr (porte de la Victoire), au milieu des acclamations d’une foule immense qui l’accompagna jusqu’à son palais de la place Esbekieh.

Ces héros, qui défilaient dans les rues du Caire noircis par le soleil du désert, amaigris par les privations et les souffrances, les vêtements en lambeaux, les pieds nus, mais cependant la tête haute, le corps redressé et ayant conservé leur attitude militaire, étaient méconnaissables. Les chirurgiens restés au Caire étaient venus au-devant de Larrey; ils aperçurent au quartier général un personnage enveloppé d’une étoffe de drap écarlate, maintenue autour des reins par un châle de cachemire et coiffé d’un casque analogue à celui d’Alexandre. C’était Larrey, qui avait remplacé comme il avait pu son uniforme usé. Ils lui demandèrent des nouvelles du chirurgien en chef de l’armée, et lui dirent que le bruit courait de sa mort. « Non, dit Larrey, il n’est pas mort, allez plus loin, vous le trouverez au centre de l’armée. » Il fallut qu’il les rappelât et se nommât pour se faire connaître, tant il était transformé.

La campagne de Syrie était considérée comme une faute de Bonaparte. Ce ne fut une faute que parce que le but ne fut pas atteint.

Elle eut cependant pour compensation l’anéantissement de l’armée du pacha au mont Thabor et la destruction des forteresses turques. Elle comportait en outre des enseignements qui eussent permis plus tard de renouveler l’expédition avec des garanties de succès, si l’incapable Menou n’eût succédé à Kléber. L’armée, comme toujours, fit des prodiges de valeur; son intrépidité devant l’ennemi n’eut d’égale que son endurance pendant les pénibles trajets qu’elle accomplit à travers les déserts de l’Égypte et les campagnes de la Syrie. La rapidité de la marche des troupes fut extraordinaire et montre leur magnifique endurance. Il y a cent vingt- trois lieues du Caire à Acre, dont cinquante -deux lieues dans le désert. Cette route fut franchie au départ en trente -huit jours, dont il faut déduire trois jours pour le siège d’El- Arich et quatre jours pour celui de Jaffa, ce qui fait trente jours seulement de marche effective à six heures et demie par jour.

Mais le voyage de retour fut plus remarquable encore, surtout si l’on réfléchit que l’armée était encombrée de blessés et de malades. Elle accomplit le trajet légèrement modifié, — cent dix-neuf lieues au lieu de cent vingt-trois, — en vingtcinq jours, dont huit jours de séjour et dix-sept en marche, ce qui fait sept lieues (l’étape normale en France) en temps moyen, et en temps..., neuf heures vingt et une minutes1.

Les sacrifices ne furent pas aussi terribles qu’on l’a dit et restent bien au-dessous, toutes proportions gardées, du chiffre de mortalité des expéditions coloniales modernes. L’armée perdit cinq cents hommes par le feu de l’ennemi2 et sept cents par la peste 3. C est à peine le douzième de son effectif4, ce

1 Costaz, Courrier d’Égypte, n°s 31 et 32. An VII.

2 Larrey, op. cit.

3 Des Genettes, op. cit.

Cependant, depuis son arrivée en Égypte jusqu’à son retour en messidor an VII, 1 armée avait perdu cinq mille trois cent quarante-quatre hommes. (Rapport de Bonaparte au Directoire , du 14 messidor.)

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