APPUI PRÊTE A LARREY PAR BONAPARTE
que ceux qu’avaient improvisés Larrey et Des Genettes en face de 1 ennemi , dans une contrée lointaine où manquaient la plupart des éléments nécessaires à l’entretien des malades. Ce simple fait en dit long. Ce sera là la plaie du régime ; elle subsistera , et nous n aurons que trop souvent l’occasion de la signaler dans le cours de cet ouvrage. Bonaparte prescrivit à l’ordonnateur de remédier immédiatement à ces abus S et prit un arrêté qui augmentait et améliorait l’alimentation des malades1 2.
La peste et la campagne de Syrie avaient éclairci les rangs des chirurgiens. Larrey, dont l’initiative ne connaissait pas d’obstacles, et qui avait déjà créé, — comme nous l’avons vu, — une école de chirurgie où se perfectionnaient dans leur art les jeunes médecins de l’armée, conçut la pensée de fonder une école nouvelle toute spéciale destinée à former et à instruire des chirurgiens indigènes, qui seraient chargés d’assurer dans l’avenir le recrutement du service de santé en Égypte, et exposa son projet à Bonaparte.
Celui-ci lui demanda un rapport d’organisation, qu’il lui adressa le 3 messidor3. Il est curieux de retrouver, dans ce programme en six articles, le plan qui a été depuis adopté par le ministre de la guerre pour l’ancienne École spéciale du service de santé militaire de Strasbourg, aujourd’hui transférée à Lyon. Les élèves sont internés, instruits, nourris et habillés aux frais de l’État. Ils sont placés sous une discipline militaire. Ils portent un uniforme. Ils suivent les cours de l’École de chirurgie de Rôda. Ce sont là, — exactement, — les grandes lignes qui ont présidé à la conception des Écoles de médecine militaire moderne.
Pour toutes ces questions, Larrey possède les encouragements et l’appui persévérant du général en chef. C’est qu’elles touchent à la santé des troupes et que tout ce qui peut améliorer leur bien-être, leur hygiène, leur salubrité,
1 Bonaparte, Lettre du 7 messidor.
2 Bonaparte, Arrêté du 23 messidor.
3 Larrey au citoyen Daure, le Caire , 3 messidor. Projet d’organisation sur une école de chirurgie indigène. Ms. cit. B. N.
EXPÉDITION D'EGYPTE
les protéger contre les maladies, reste une des grandes et constantes préoccupations de Bonaparte. Jamais celui-ci n’exerça mieux qu’à cette époque de sa vie les fonctions de chef d’armée, dans leurs multiples conditions de commandement, d’administration et de surveillance, se faisant saisir de toutes les affaires soulevées par les divers services , des mesures d’hygiène comme des autres, étudiant ces dernières et les discutant avec Larrey ou Des Genettes et prenant ensuite les décisions qui lui paraissaient les plus conformes aux intérêts de l’armée. Ce fut un de ces sujets spéciaux soulevés à propos de la peste qui suscita entre lui et Des Genettes une violente altercation qu’il n’est pas sans intérêt de rapporter ici.
C’était le 11 messidor (29 juin), dans la première séance de l’Institut qui eut lieu après le retour de Syrie. Au fond, l’objet du débat ne méritait pas l’importance qui lui fut plus tard donnée; mais l’esprit de parti s’en saisit, l’altéra et s’en fit une arme contre Bonaparte. Sous la Restauration, l’anecdote plus ou moins altérée se trouvait, avec l’affaire de Jaffa, dans tous les pamphlets qui furent publiés en France et en Angleterre. Nous possédons aujourd’hui les moyens d’apprécier cette scène et de la réduire à ses véritables et exactes proportions.
Dans le but d’imprimer aux travaux de la société une plus grande activité, Bonaparte avait voulu assister à cette réunion. Il se rendit au palais accompagné de son escorte de guides. Selon l’habitude qu’il avait adoptée quand il se rendait à l’Institut, aucun insigne militaire ne décelait son rang. Il était simplement vêtu de cette redingote grise qui devint si célèbre dans la suite, et qu’il ne portait guère alors que dans les séances académiques ou dans les réunions familières où il voulait qu’on oubliât l’autorité dont il était investi. Berthollet présidait. La salle était comble, car la présence du général en chef attirait toujours un auditoire considérable.
Les travaux de l’assemblée commencèrent comme d’habi-