DÉBARQUEMENT D’UNE ARMÉE TURQUE A ABOUKIR
elle avait égorgé la garnison. Elle avait cerné le fort qu’elle n’avait pu emporter encore, et s’était établie dans la presqu’île, où elle se fortifiait. Marmont, qui avait déjà commis la faute de ne pas détruire ce village, comme le lui avait ordonné Bonaparte, n’avait osé ni s’opposer au débarquement, ni attaquer ensuite les troupes turques pour tenter de les jeter à la mer, et s’était enfermé dans Alexandrie.
A la réception de ces nouvelles, Bonaparte rentre dans sa tente, et de suite son parti et son plan sont arrêtés. Renonçant à regret à la poursuite de Mourad, il dicte immédiatement les ordres de marche de l’armée sur Alexandrie et ses instructions aux troupes qui restent à l’intérieur du pays. B écrit à Destaing de se rendre à Alexandrie, à Kléber de marcher sur Rosette, à Desaix de se rapprocher du Caire, à Reynier et à Lagrange, cantonnés sur la frontière de Syrie, de se tenir prêts à venir le rejoindre au premier signal, à Poussielgue pour lui faire ses recommandations sur l’administration de l’Égypte.
A trois heures du matin, il a achevé de dicter ses dispositions, et à quatre heures il est à cheval à la tête des troupes qu’il a sous la main : les divisions Bon, Lannes et Murat. A la rapidité de la décision se joint celle de l’action, et il accomplit une de ces marches foudroyantes qui devaient tant de fois surprendre ses ennemis. Parti le 28 messidor (16 juillet) des Pyramides, il est le 1er thermidor (19 juillet) à Rahmanieh, et le 5 (23 juillet) à Alexandrie. Sept jours lui avaient suffi pour accomplir ce trajet considérable, dont une partie à travers le désert.
Larrey, pas plus que lui, n’était jamais surpris par les événements; il était toujours prêt, même pendant les moments de la plus profonde tranquillité, à se mettre en route avec ses ambulances, et, bien avant les médecins militaires de nos jours, il avait inventé la mobilisation des services sanitaires, si l’on entend par ce terme avoir toujours ses ambulances au complet et en état de partir. Sa propre initiative et son activité n’étaient pas inférieures à celles de son général , et ce fut un des traits les plus étonnants de sa carrière, qu’il ne
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
fut jamais trouvé en défaut dans quelque partie de son service , et qu’il ne put jamais être accusé d’avoir une seule fois manqué de prévoyance, de régularité, d’assiduité, de vigueur physique même, ou de santé, par le maître le plus prévoyant, le plus minutieux, le plus actif, le plus endurci aux fatigues, le mieux portant et aussi le plus difficile à contenter qui ait jamais existé.
Informé par Bonaparte, le 27 messidor à huit heures du soir, de la marche sur Alexandrie, il passe, comme le général en chef, la nuit à rédiger ses ordres et à prendre ses dispositions. Il désigne les chirurgiens qui partent et ceux qui restent; il affecte à chacun son service. Il donne à Casablanca, qui le remplace au Caire, ses instructions sur ce qu’il doit faire en son absence; inspecte ses ambulances, visite ses caisses d’instruments, de linge, de médicaments, et le matin, ayant tout préparé, tout examiné, tout vu par lui-même, il est à cheval avec l’état-major.
Le long de la route il continue à prendre ses dispositions en vue de la prochaine bataille. Il établit un hôpital d’évacuation à Rahmanieh, où il laisse deux chirurgiens; un autre de cent lits dans une mosquée, à Barkelt1, localité située entre Alexandrie et Aboukir, près d’El-Ouah, où est le centre même de l’armée. A Alexandrie, il organise deux grands hôpitaux, dont il confie la direction à Mauban, chirurgien de première classe qui avait remplacé l’infortuné Masclet; il ordonne la confection d’une grande quantité d’appareils à pansements et invite les chirurgiens disponibles de la marine2 a se rendre dans les hôpitaux militaires pour en remplacer le personnel. Il complète ces préparatifs par un hôpital de débarquement, — nous dirions aujourd’hui de répartition3, qui devra recevoir les blessés à leur arrivée, pour les sélectionner et les répartir dans les hôpitaux d’Alexandrie,
1 Larrey, Correspondance générale, op. cit. Lettre à Massé; Rahmanieh, le 4 thermidor.
Lettre au citoyen T Mars, chirurgien en chef de la marine; 6 thermidor, Alexandrie. Op. cit.
Lettre à l ordonnateur en chef; Alexandrie, 6 thermidor. Op. cit.