‹ Napoléon et LarreyChapitre 77 sur 319 · BATAILLE D’ABOUKIR · texte numérisé non relu

BATAILLE D’ABOUKIR

et par l’organisation d’une flottille qui marchera à la hauteur de l’armée, sera munie de brancards, d’appareils à pansement, de cordiaux, et servira au transport des blessés par eau.

Bonaparte, de son côté, après avoir visité Alexandrie, s’être rendu compte de l’état de la place et de la situation de l’ennemi, part pour Aboukir, non sans avoir au préalable vivement blâmé Marmont de son inertie en face du débarquement de l’armée turque.

Le 7 thermidor (25 juillet), à la pointe du jour, l’armée prend ses dispositions pour l’attaque. L’avant- garde, composée de quatre cents cavaliers et des trois bataillons de Destaing, est commandée par Murat; l’aile droite par Lannes, l’aile gauche par Lanusse. La division Kléber, attendue dans la journée, mais qui arrivera trop tard, formera la réserve. En attendant il n’y en a pas, et Bonaparte répond à Berthier, qui venait lui demander quel corps il fallait affecter à la réserve :

« Une réserve! Me prenez-vous pour Moreau? Il faut aujourd’hui que chacun de ces braves gens combatte pour vaincre ou mourir. »

En face des retranchements, sur les points principaux de la ligne, Larrey a établi trois grandes ambulances. 11 est luimême, selon son habitude, à l’ambulance du centre, qu’il a placée le plus près possible du fort, et à laquelle, à la fin de l’action, il réunira les ambulances des deux ailes, pour mieux réaliser l’unité et la surveillance du service. Il a fait débarquer ses brancards de jonc flexible, ses appareils, des caisses de linge et de charpie.

Par sa flottille, il est à son hôpital de débarquement, et par celui-ci à ses hôpitaux sédentaires d’Alexandrie, et de là aux hôpitaux d’évacuation qu’il a fait préparer sur la route du Caire à Barkelt et à Bahmanieh. Le demi-cycle de retour est ainsi complet. Nous avons là, cent ans à l’avance, un tableau de l’organisation moderne qu’on croirait extrait du règlement contemporain du service de santé en campagne. Cette organisation, le génie éclairé et lucide de Larrey la créa de toutes pièces bien avant nous, et il l’appliqua, toutes

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les fois que ce fut possible, pendant les guerres du Consulat et de l’Empire.

Il a décrit, dans son Journal, la bataille dont il dit qu’elle fut la plus extraordinaire de toutes celles que livra Napoléon. On connaît cet étonnant fait d’armes, qui vengea, à la place même où il eut lieu, le désastre d’Aboukir, et qui renvoya à la flotte anglaise , en terribles et magnifiques représailles , les cadavres des soldats de cette armée turque qu’ils avaient jetés sur la plage.

Jamais victoire ne fut plus complète, jamais armée ennemie ne fut plus radicalement détruite. L’action comprend deux phases rapides et sanglantes que je ne ferai que rappeler. Dans la première, Lannes et Destaing enlèvent brillamment la ligne avancée de retranchements. Murat les tourne et, pris entre l’infanterie qui les fusille et la cavalerie qui les sabre, huit mille Turcs, plus de la moitié de l’armée ottomane, sont poussés dans la Méditerranée. Dans la seconde phase, Lannes et Destaing atteignent les lignes intérieures des retranchements. Accueillies par un feu meurtrier, les troupes françaises plient et se reportent vers le village d’Aboukir. Un incident décide alors de l’issue du combat. Poussés par l’appât de la récompense qui leur est promise pour chaque tête de Français, les Turcs sortent de leurs lignes pour décapiter les morts et les blessés abandonnés sur le terrain. Bonaparte saisit ce moment avec une merveilleuse rapidité de décision. 11 lance sur la redoute la division de Lannes, qui s’en rend maîtresse. Pendant ce temps Murat, qui joue dans cette journée un rôle considérable, lance sa cavalerie entre la redoute et la plage. Pris de nouveau entre deux feux, les Turcs sont fusillés, sabrés et finalement jetés à la mer.

Murat attaque alors et force le village. Il pénètre jusque dans la tente de Mustapha-pacha, qui commande l’expédition. Au moment où il se dirige vers lui, le général turc lui décharge son pistolet dans la figure. Un des cavaliers qui accompagne Murat riposte par un coup de feu qui atteint à la main le pacha et lui enlève un doigt; il est aussi-

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