DÉPART DE BONAPARTE POUR LA FRANCE
ments de tous les chefs de son armée et des hauts fonctionnaires de son gouvernement, annonçait que son inspection ne durerait que quelques semaines et adressait à chacun les recommandations d’usage sur les soins à apporter au service dont il était chargé pendant son absence. Presque tous s’y trompèrent, quelques-uns cependant, comme Larrey, surent à quoi s en tenir, mais ils eurent la prudence de garder pour eux le secret qui leur avait été confié ou qu’ils avaient deviné. Parmi ces derniers fut Étienne Geoffr -y- Saint- Hilaire. Le jeune savant comprenait bien que le choix des compagnons du général en chef était arrêté et qu’il n’y avait pas à Espérer à se faire adjoindre à eux; il était, du reste, à cette époque plein d enthousiasme pour son œuvre et ne songeait pas encore à quitter l’Égypte. Mais il voulut cependant profiter de 1 occasion qui se présentait de faire parvenir de ses nouvelles à sa famille et au Muséum, et il parvint par un prodige de sagacité et de diplomatie à en charger Bonaparte lui-même. Le général en chef accepta de ses mains nn paquet de lettres qu’il fit remettre à leurs destinataires en arrivant à Paris h Cependant à peine ses invités étaient-ils partis, que Bonaparte quittait son palais et allait s’embarquer, à Boulaq, sur le bateau armé en guerre qui lui servait d’ordinaire pendant ses explorations sur le Nil. Il était accompagné des généraux Berthier, Andréossi, Murat, Lannes, Marmont, de son aide de camp Lavalette, de son secrétaire Bourrienne et des membres de l’Institut qui, appartenant à son intimité, avaient été mis par lui au courant de ses projets : Monge, Berthollet et Denon. Junot, que sa blessure empêchait de partir, était. resté au Caire. Mais Bonaparte devait laisser à Kléber l’ordre 'de le faire embarquer dès que son rétablissement le permettrait. Il manquait également Desaix, qu’il était impossible d’enlever à son commandement actuel; Bonaparte prescrivit de le renvoyer en France dès que les circonstances le permettraient.
1 Quatre lettres datées des 28 et 29 thermidor (15 et 16 août), publiées par le Dr Hamy, membre de l’Institut. ( Lettres d’Égypte, Hachette, Paris, 1901.)
Il prit la direction de Rosette, descendit, à Menouf, chez le général Lanusse, qui discerna, malgré ses dénégations, le véritable but de son voyage, et il se dirigea sur Alexandrie, par Rahmanieh et Berket. Ne voulant pas pénétrer dans Alexandrie, il s’arrêta au puits de Beidah, qui n en est distant que de trois lieues. C’est là qu’il rédigea, le 5 fructidor, sa fameuse lettre à Kléber, dans laquelle il lui laissait, avec ses dernières instructions, le commandement en chef, et où il dicta ses adieux à l’armée d’Orient. Il écrivit également au Divan et remit tous ces documents à Menou, qu’il avait mandé auprès de lui, avec ordre de ne les envoyer au Caire que quarante -huit heures apres son départ.
La petite escadre destinée à transporter Bonaparte et ses compagnons de voyage avait été préparée par Ganteaume. Elle se composait des frégates le Muiron et le Carrère et de trois petits navires destinés à servir d’éclaireurs. Ces bâtiments étaient mouillés hors de la passe du port neuf d’Alexandrie et prêts à appareiller au premier signal. Bonaparte, de Beidah, gagna la côte entre Aboukir et Alexandrie, fut rejoint par Menou et Ganteaume, auxquels il avait assigné rendez-vous, et s’avança jusqu’à une portée de canon de la ville, à la porte orientale du port neuf. A un endroit nommé le Pharillon , il trouva une embarcation envoyée par la frégate. Il était nuit noire. Les chaloupes se firent attendre, et il fallut brûler des amorces pour les avertir de sa présence. En quittant Menou pour monter dans sa chaloupe : <r Mon cher, lui dit-il, vous autres, tenez-vous bien ici. Si j’ai le bonheur de mettre le pied en France, le régné du bavardage est fini1. t>
On rejoignit la frégate à neuf heures du soir. Sur le Muiron, destiné à transporter Bonaparte, prirent passage avec lui le contre -amiral Ganteaume, Berthier, Andréossi, l’aide de camp Lavalette, Bourrienne, Monge et Berthollet.
Le Carrère embarqua Lannes, Murat, Marmont et Dumanoir. 11 fit calme plat toute la nuit, et ce n’est que le lende-
1 Las Cases, t. VI, p. 23.