KLÉBER ET LA CONVENTION D’EL-ARICH
de la garnison française par les Turcs, commandés par un officier anglais, ne modifient pas la résolution de Kléber, et c’est sur les ruines mêmes du fort, teint encore du sang français, que le 10 nivôse (30 décembre) est signé l’acte diplomatique qui rend 1 Égypte à la Porte, sans aucune compensation pour la France.
Mais survient alors l’incident célèbre dans lequel le gouvernement de la Grande-Bretagne est pris au piège de sa mauvaise foi. Il refuse, en effet, de ratifier le traité, et, par une singulière ironie des choses, c’est sur la foi des lettres de Kléber et de ses officiers qu’il se base pour réclamer une reddition à merci. Le général en chef n’a-t-il pas écrit que 1 armée n’avait ni poudre, ni munitions, ni vêtements, ni argent, qu’elle était décimée par la maladie et hors d’état de résister à l’ennemi? Cette armée, soi-disant démoralisée et sans resources , est cependant la plus brave , la plus aguerrie et la plus solide de la France. Jamais proie plus belle et, en apparence, plus facile, — comment ne le croirait-on pas? - — ne s’offrit aux convoitises anglaises!... Ne nous plaignons pas du langage de Kléber, qui causa ces illusions. Si contraire à la vérité qu’il ait été, c’est lui qui a fait échouer la misérable convention d’El-Arich et a permis à ce vaillant soldat de racheter sa défaillance en ajoutant une dernière et mémorable page à son passé militaire.
A la réception de l’ultimatum de Keith, le lion se réveille, en effet, et le sang bouillonne au visage du vieux soldat; il froisse le papier de l’amiral anglais : « Demain, monsieur, dit-il à l’envoyé, vous aurez ma réponse. » Sa réponse fut le document adressé à l’armée sous forme de proclamation et suivi de cette phrase laconique, mais significative : « Soldats, on
lers avec 1 ennemi. Malgré la résistance de Cazals et des soldats fidèles, les insurgés livrèrent un bastion aux Turcs et leur facilitèrent l’entrée du fort.
C’est alors qu’il se produisit un acte qui sauva l’honneur de l’armée d’Orient et qui est resté un des plus glorieux épisodes de l’expédition. Un sergent, — Pierre Triaire, indigné de la conduite de ses camarades, se renferma dans le magasin à poudre et le fit sauter. Sous les ruines du fort furent ensevelis avec lui un giand nombre de Turcs. La ville du Vigan, dont Pierre Triaire était originaire, lui a élevé une statue, non loin de celle de d’Assas, — le héros de Clostercamp, à qui elle a également donné le jour.
EXPÉDITION D’ÉGYPTE
ne répond à de telles insolences que par des victoires; préparez-vous à combattre. »
Ceci se passe le 1er ventôse an VIII (19 février 1800). Dès ce même jour, Kléber fait regarnir les forts, donne contreordre à son armée, qui avait commencé son mouvement de concentration sur Alexandrie, la ramène sur le Caire, et le 29 (20 mars) il livre la bataille d’Héliopolis, qui rejette l’armée ottomane dans le désert. Le Caire avait profité de ces événements pour se révolter. Après avoir dispersé l’armée turque, Kléber revient sur cette ville et la fait capituler, après s’être emparé de Boulaq. L’Égypte est reconquise, et les Français, qui, la veille, ne possédaient, suivant l’expression de Kléber, que le terrain qu’ils foulaient sous leurs pieds, reprennent possession de toutes ses provinces.
La prise du Caire coûta plus cher que la dispersion de l’armée ottomane. Le siège, qui dura un mois, fut pénible et occasionna un grand nombre de morts et blessés; parmi ceuxci étaient les généraux Aimeras et Belliard. Le premier avait été atteint d’une balle qui lui traversa la cuisse, et le second d’un coup de feu dans le bas-ventre. Tous deux guérirent. Un des médecins militaires, Calvi, fut massacré par les insurgés. Des Genettes, qui était resté dans la ville, fut luimême en péril. Pour se sauver, lui et ses collègues durent incendier leur propre maison. Dans la bagarre, il reçut une blessure, heureusement légère, à la tête.
La victoire d’Héliopolis décida définitivement du sort de l’Égypte. Soustraite aux interventions militaires de la Porte, elle entra dans une période d’apaisement et de prospérité qu’elle n’avait pas encore connue, et les Égyptiens se résignèrent définitivement à l’occupation française. C’est à ce moment que Kléber montra qu’il était non seulement un grand homme de guerre, mais aussi un habile administrateur. Par les mesures énergiques qu’il adopta, il fit rentrer rapidement les provinces dans l’obéissance et rétablit en quelques semaines la sécurité dans toute l’étendue du pays. Il frappa de contributions extraordinaires le Caire et les principales villes de l’Égypte. Il simplifia et régularisa,