‹ Napoléon et LarreyChapitre 90 sur 319 · LA BATAILLE DE GANOPE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE GANOPE

ceux de ses prédécesseurs. Le 20 ventôse (10 mars), arrive un nouveau courrier au quartier général. L’armée anglaise a débarqué à Aboukir. Friant, n’ayant que des forces insuffisantes, n’a pu empêcher le débarquement. Repoussé après avoir perdu quatre cents hommes, il s’est reformé en avant d Alexandrie sur les hauteurs de Nicopolis. Menou comprend alors toute 1 étendue de la faute qu’il a commise ; il rappelle le général Reynier et prend avec l’armée la direction d’Aboukir. Mais il ne marche pas avec la foudroyante rapidité de Bonaparte, et il n’arrive devant Alexandrie que le 29 ventôse (19 mars).

Pendant ce temps, Friant et Lanusse avaient subi un nouvel échec en essayant de déloger l’armée anglaise ; cinq cents hommes avaient été tués ou faits prisonniers, et le fort d’Aboukir, assiégé par les Anglais, avait capitulé. Ainsi, dans ce début des hostilités, on avait déjà perdu par le feu de 1 ennemi plus d hommes que Bonaparte et Kléber dans aucune des batailles rangées qu ils avaient livrées pour la conquête ou la possession de l’Égypte.

Menou engagea, le lendemain même de son arrivée, 30 ventôse , la bataille de Canope , dont le plan aurait été concerté entre Reynier et Lanusse. L’armée anglaise comptait treize mille combattants; l’armée française n’atteignait que dix mille hommes. Mais c’étaient les meilleurs soldats du monde, et, avec un autre commandement, le sort de la bataille n’eût pas été douteux. Ce fut au contraire un échec , qui équivalait par ses conséquences à une grave défaite. La mort des principaux généraux , surtout celle du brave Lanusse et de Roize, le commandant de la cavalerie , la confusion dans les colonnes d’attaque , l’inertie de Reynier, qui ne donna pas et resta immobile avec sa division, sous prétexte qu’il n’avait pas reçu d’ordres, furent, d’après Larrey, les causes qui compromirent le succès de la journée *. R faut ajouter

1 Larrey , Journal de campagne. Larrey ménage beaucoup Menou , qu’il sauva (le la peste et auquel peut-être, à cause de cette circonstance et malgré ses défauts et ses fautes, il resta très attaché. 11 était du reste reconnaissant à ce général de l’immense latitude qu’il lui avait laissée dans le service chirurgical de l’armée. < ■

EXPÉDITION D’ÉGYPTE

la cause capitale : l’impéritie et le défaut d’autorité du général en chef *.

Cette défaite était la première que subissait l’armée d’Orient. Jamais cependant ces vaillantes troupes n’avaient montré plus d’héroïsme. Presque tous ses généraux et ses chefs de brigade furent tués ou mis hors de combat. La plupart des officiers furent blessés. La cavalerie avait chargé avec une intrépidité qui l’emporta à travers les lignes jusque dans le camp anglais. Un officier de dragons fit irruption dans la tente du général en chef Abercromby, se prit corps à corps avec lui et le blessa mortellement. Roize, qui commandait la charge, fut tué. Trois cent cinquante hommes, dont trois généraux et cinq chefs de brigade, restèrent sur le champ de bataille. Il y eut treize cents blessés, qui, réunis aux six cents provenant des combats précédemment engagés, portèrent leur nombre à dix-neuf cents, chiffre énorme pour une aussi petite armée.

Larrey ne s’attendait pas à un aussi grand nombre de blessés; mais il n’était jamais pris au dépourvu, et son service fonctionna avec l’ordre et la régularité ordinaires. Il l’avait organisé de la façon suivante : trois divisions d’ambulance marchaient avec la colonne d’attaque. Une quatrième, destinée à secourir les blessés qui n’auraient pas été rencontrés par les ambulances divisionnaires, était à la porte de Rosette. Vingt chirurgiens de marine avaient été débarqués sur sa demande et placés sous ses ordres dans onze hôpitaux qui avaient été disposés à Alexandrie pour recevoir les blessés à leur départ de l’ambulance, où ils devaient recevoir les premiers secours. La méthode de Larrey était, en effet, d’opérer et de panser aussitôt que possible, sur le champ de bataille même, et il professait avec raison que moins il y a de temps écoulé entre la blessure et l’intervention, plus les chances de guérison sont considérables. ' .

1 Mais ce qui est plus grave, c’est que toute l’armée est convaincue que ce désastre n’est dû qu’à l’absence d’un plan quelconque. Menou engagea follement quelques brigades pendant qu’il refusait obstinément à la division Reynier l’ordre de marcher. (De Villiers , op. cit., p. 289.)

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